Edgar Morin en 2019.
Edgar Morin en 2019.  ©AFP - PASCAL GUYOT
Edgar Morin en 2019. ©AFP - PASCAL GUYOT
Edgar Morin en 2019. ©AFP - PASCAL GUYOT
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Le sociologue Edgar Morin raconte comment la jeunesse est devenue son sujet d'étude dans les années 1960. Dans "Changeons de voie : Les leçons du coronavirus", il analyse les conséquences de la crise du coronavirus sur les jeunes d'aujourd'hui.

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Ce matin, nous recevons un témoin privilégié de notre époque mais aussi un grand acteur du 20 siècle. Il est le père de la pensée complexe, auteur d’une œuvre transdisciplinaire. Il a connu toutes les crises de ces cent dernières années, des conséquences de la grippe espagnole à la pandémie du coronavirus, à travers lesquelles il continue inlassablement son travail de résistance intellectuelle. Il signe “Changeons de voie. Les leçons du coronavirus” (éd. Denoël), (avec la collaboration de Sabah Abouessalam) dans lequel il invite à réfléchir au « monde d’après ».

Le jour où il découvre la modernité

Ça se passe en 1963 et c'est ce qu'on appelle la nuit de la Nation. C'était quoi ? C'était une radio qui avait une émission très populaire chez les adolescents et qui avait organisé une nuit, une soirée de fête, place de la Nation.

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Et là, stupéfaction générale. Cette fête joyeuse se transforme en une fête un peu de casseurs, on arrache les grilles des arbres, on renverse des gens. C'est alors que le rédacteur en chef du Monde, qui s'appelait Jacques Fauvet, me demande si je peux interpréter ce phénomène.

Pourquoi? Parce qu'à l'époque, pour les gens qui faisaient de la sociologie, la jeunesse était une classe sociale, mais pas une classe d'âge. Ils n'avaient pas vu ce phénomène que j'avais commencé à voir en tant que cinéphile.

C'est l'apparition de héros de l'adolescence qui n'existaient pas avant, comme James Dean ou Marlon Brando, des rebelles, des révoltés, et en même temps, des gens inspirants avec une grande tendresse. [...] Je voyais qu'apparaissait une classe d'âge entre le cocon de l'enfance et l'intégration dans le monde adulte. 

La jeunesse en crise

Les jeunes font leur monde dans cette crise gigantesque et ils subissent non seulement la précarité générale, mais leur précarité propre. Brusquement, ils sont arrêté dans leur recherche de la vie.

Bien que ce soit un phénomène très singulier et unique, la seule ressemblance que je trouve avec un peu ma propre jeunesse, qui fut marquée par l'invasion nazie et le régime de Pétain, est l'occupation.

Étudiant, on sortait du restaurant universitaire on crevait de faim parce que il n'y avait pas de matière grasse et on se débrouiller pour manger. Je vois qu'aujourd'hui, le phénomène est pareil, les jeunes ont besoin de manger. 

Un combat universel 

L'humanité vit une époque de périls incroyables et en même temps, de possibilités de dépasser les choses. C'est pour ça qu'il ne faut pas être aveugle, il ne faut pas être optimisme de façon niaise, mais il faut être présent parce que c'est notre vie. 

Notre destin est lié au destin collectif et dans cette pandémie là aussi. Elle nous révèle cette solidarité de tous les peuples. Tous les peuples sont frappés, tous sont menacés et donc nous vivons la même aventure. 

Aujourd'hui, nous avons nos patries à garder et défendre. Mais il y a aussi la terre patrie qui nous enveloppe. Pensez à cette terre patrie dont vous êtes les enfants. Nous sommes tous des enfants de la terre. Nous devons défendre notre terre.

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Élodie Piel
Collaboration
Léa Capuano
Collaboration
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation
Sophie Alavi
Collaboration