En France et en Chine, la lutte contre le Covid, test pour le pouvoir politique

Les gens font la queue pour passer un test PCR à Shanghai, en Chine, le 16 octobre 2022.
Les gens font la queue pour passer un test PCR à Shanghai, en Chine, le 16 octobre 2022. ©Maxppp - ALEX PLAVEVSKI
Les gens font la queue pour passer un test PCR à Shanghai, en Chine, le 16 octobre 2022. ©Maxppp - ALEX PLAVEVSKI
Les gens font la queue pour passer un test PCR à Shanghai, en Chine, le 16 octobre 2022. ©Maxppp - ALEX PLAVEVSKI
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À l'heure où Elisabeth Borne préconise le retour du port du masque et la vaccination des plus fragiles pour contrer la neuvième vague, en Chine, les manifestations continuent contre le maintien de la politique "zéro Covid".

Avec
  • Anne-Claude Crémieux Infectiologue
  • Sébastien Berriot Correspondant de Radio France en Chine
  • Philippe Le Corre chercheur au Carnegie Endowment for International Peace et à la Harvard Kennedy School, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et professeur invité à l’ESSEC

Guillaume Erner reçoit Anne-Claude Crémieux, infectiologue, professeure en maladie infectieuse à l’hôpital Saint-Louis, autrice de Les citoyens ont le droit de savoir (Fayard, 2022), Sébastien Berriot, journaliste, correspondant de Radio France en Chine, et Philippe Le Corre, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace et à la Harvard Kennedy School, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et professeur invité à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC).

Une neuvième vague de Covid couplée avec d’autres épidémies hivernales

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« Les personnes âgées avec des comorbidités qui n’ont pas une vaccination à jour, c’est-à-dire avec une dernière vaccination qui daterait de plus de 6 mois voire d’un an » sont particulièrement exposées explique Anne-Claude Crémieux. Actuellement, « ces personnes arrivent en général à l’hôpital avec des formes atténuées » du Covid 19 mais dans un état respiratoire qui rend « obligatoire » leur hospitalisation continue l'infectiologue. Néanmoins la médecin souligne que "les formes de Covid que nous accueillons en ce moment dans les services hospitaliers sont moins graves que celles constatées en 2020 ou en 2021. »

« Pendant les hivers 2021 et 2022, il y a eu relativement peu d’infections respiratoires en dehors du Covid » rappelle le Docteur Crémieux, et cela signifie que « la population est moins immunisée contre ces infections respiratoires hors-Covid » à la veille de l’hiver 2023. Par conséquent, le personnel hospitalier s’attend à des épidémies hivernales – au premier rang desquelles la grippe et la bronchiolite – « plus importantes cet hiver qu’au cours des deux derniers », prévient l'infectiologue.

Durant la crise, « on a demandé beaucoup de sacrifices aux jeunes générations : protéger les populations fragiles en portant des masques, en se confinant, en se testant avant de rencontrer les personnes âgées dans leur entourage, ce qu’ils ont fait volontiers » rappelle l'infectiologue. Actuellement, « alors que nous avons maintenant les vaccins et les masques en quantités suffisantes, nos messages, en faveur de la vaccination, ciblent les personnes à risque ». Celles-ci doivent se protéger en se revaccinant et ainsi empêcher ou limiter qu’à nouveau, « l’ensemble de la population fasse l’objet de mesures dont elle est lassée » explique la médecin.

Faut-il réintégrer les soignants non vaccinés ?

Alors qu’une proposition de loi défend la réintégration des soignants non-vaccinés, le Dr Crémieux voit dans cette possibilité « un vrai problème » étant donné que « l’Académie de médecine est contre pour plusieurs raisons : D’abord, il y a « un devoir d’exemplarité des soignants ». Ensuite, il est nécessaire de « faire un cocon dans l’hôpital autour des personnes immunodéprimées qui voudraient bénéficier de la protection du vaccin mais ne le peuvent pas ». Enfin, « il y a un problème plus général de la vaccination du personnel soignant contre les infections respiratoires dont la grippe. Beaucoup de travaux scientifiques ont montré que, pour contrôler la transmission de ces virus respiratoires à l’hôpital, il fallait rendre obligatoire en pratique la vaccination et évidemment le port du masque » explique-t-elle.

La difficulté de planifier sur le long terme la gestion d’une crise sanitaire

« Les solutions qui sont proposées aujourd’hui le sont pour le très court terme. On aimerait entendre une ambition de long terme pour le système de santé. L’intérêt extrême du personnel de santé pour sa mission et leur enthousiasme pour soigner les patients ont été constitutifs du ciment qui a fait tenir l’hôpital. Aujourd’hui ce ciment ne tient plus, les briques s’effondrent et c’est pour cette raison que la crise a pris une telle ampleur » explique Anne-Marie Crémieux.

« ‘’Pourquoi je me sacrifierais, pourquoi je sacrifierais le temps avec mes enfants ?’’ » sont en droit de se questionner des soignantes qui ont fait « trois heures de trajet quotidien pendant la grève des transports » souligne l'infectiologue. Ce personnel de santé travaille « au sein d’un système dans lequel l’Etat n’investit pas, dans lequel il n’y a aucune reconnaissance. Au fond, on nous enlève ce qui fait l’intérêt de notre métier : l’initiative et la responsabilité » conclut le Dr Crémieux.

En Chine, une gestion de la crise sanitaire qui se mêle à la colère contre le régime

Même s’« il n’est pas question de manifester sur la place Tiananmen, précise Philippe Le Correle Covid est l’excuse numéro une pour tenir ces manifestations qui critiquent le régime, directement parfoisOn est dans la Chine de Xi Jinping, au pouvoir depuis 10 ans et qui vient d’être renommé pour cinq ans, après avoir modifié la constitution chinoise. Je ne pense pas que cela suscite une joie particulière de la part des étudiants chinois ou des classes moyennes. » Les manifestations sont, pour certains citoyens chinois l’occasion, de manifester contre le régime et « sa façon de diriger le pays. La politique zéro Covid, le parti communiste et son leader Xi Jinping forment un tout » contre lequel des manifestants se mobilisent aujourd’hui, explique le correspondant de Radio France en Chine Sébastien Berriot, qui nuance toutefois en disant que cette position est loin d’être « majoritaire ».

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