Entre désinformation et biais cognitifs : le défi de l’information sur le climat

Une activiste de "Truth Tuesday" devant les quartiers généraux de Fox News, Manhattan, 21 septembre 2021.
Une activiste de "Truth Tuesday" devant les quartiers généraux de Fox News, Manhattan, 21 septembre 2021. ©Getty - Erik McGregor
Une activiste de "Truth Tuesday" devant les quartiers généraux de Fox News, Manhattan, 21 septembre 2021. ©Getty - Erik McGregor
Une activiste de "Truth Tuesday" devant les quartiers généraux de Fox News, Manhattan, 21 septembre 2021. ©Getty - Erik McGregor
Publicité

Le changement climatique a beau être une certitude, les réponses à apporter sont soumises à l’opinion et à l’adhésion. Tous ne se renseignent pas de la même façon, et surtout, certains se mobilisent activement pour désinformer.

Avec

Comment s'organisent la désinformation ? Pourquoi les réseaux sociaux en sont-ils un lieu privilégié ? Pour comprendre les différents enjeux qui entourent l'information sur le climat, Guillaume Erner reçoit Laurent Cordonier, docteur en sciences sociales, directeur de la recherche de la Fondation Descartes, chercheur associé au Groupe d'Études d'Analyse Sociologique de la Sorbonne (GEMASS), et coordinateur de l’étude « Information et engagement climatique » de la fondation Descartes, et David Chavalarias, mathématicien, directeur de recherche au CNRS et au Centre d'analyse et de mathématique sociales de l’EHESS, directeur à l'Institut des Systèmes Complexes, et auteur de Toxic Data, comment les réseaux sociaux manipulent nos opinions (Flammarion, 2022).

Une partie de la population française remet toujours en question l’existence du dérèglement climatique

À propos de la prise de conscience des Français de l'urgence climatique, le sociologue Laurent Cordonier qui a mené une étude sur le lien entre information et engagement climatique, observe que “une très grande majorité est convaincue de l’existence du dérèglement climatique et que la cause de celui-ci est humaine". Néanmoins, continue-t-il, "un tiers de la population continue de penser que les facteurs naturels jouent un rôle aussi important que les facteurs humains dans le dérèglement climatique”.

Publicité

Les réseaux sociaux, espace favorable à la désinformation

Laurent Cordonier insiste sur le fait que “la désinformation climatique est présente sur les réseaux sociaux et que Twitter est un des lieux où elle circule" mais "certainement pas le pire” ajoute-t-il. En effet, sur l'application Tiktok, “20 % des contenus sur des sujets d’actualité sont de la désinformation. Et c’est d’autant plus problématique que ce réseau s’adresse à un public très jeune” continue le chercheur.

Pour David Chavalarias, mathématicien spécialiste des mathématiques sociales et des systèmes complexes, dissèque la mécanique de la désinformation en affirmant que les réseaux sociaux Twitter, Tiktok et Facebook “sont des lieux où, soit des acteurs arrivent à fédérer des communautés assez larges et à les entraîner dans des directions souvent contraires à ce que dit la science, soit l’infrastructure même du réseau - les algorithmes de recommandation – profite des biais cognitifs des individus, et les enferme dans des sortes de bulles d’information”.

En termes de mobilisation climatosceptique sur les réseaux et d’impact dans la vie réelle, l’auteur de  Toxic Data, comment les réseaux sociaux manipulent nos opinions explique qu’ ”un cœur actif de comptes se mobilise, souvent pour créer de la défiance de manière générique contre les gouvernements, les scientifiques ou les journalistes. Ces acteurs sont plutôt transversaux, ils cherchent à semer la division et déstabiliser des système”. Comme le met en avant le mathématicien, “les actes coordonnés sur les réseaux sociaux visent à semer le doute. Et, sur l’ensemble de ces sujets, y parvenir est terriblement efficace, car quand vous doutez, vous êtes moins enclins à accepter des mesures qui vont contre votre confort”.

Améliorer l’information et sa diffusion

Pour distinguer désinformation volontaire et procrastination délétère, Laurent Cordonier précise que “la désinformation est un aspect du problème” mais que “l’information elle-même en est un autre”. “Aujourd’hui on est en dessous de ce qu’il faudrait faire” en termes de qualité et de fiabilité de l'information, insiste le chercheur : “il va falloir augmenter la complexité de ce qui est présenté à la population. Celle-ci est armée pour la gérer mais il faut simplement que l'information soit présentée de façon sérieuse, articulée et réfléchie”. David Chavalarias conclut : "il faut davantage de science dans l’espace médiatique mais également prendre du recul et montrer comment la circulation de l’information s’organise de manière générale”.

L'équipe