Jeudi 17 février un retrait du Mali des forces françaises de l’opération « Barkhane »
Jeudi 17 février un retrait du Mali des forces françaises de l’opération « Barkhane »
Jeudi 17 février un retrait du Mali des forces françaises de l’opération « Barkhane » ©AFP - DAPHNÉ BENOIT
Jeudi 17 février un retrait du Mali des forces françaises de l’opération « Barkhane » ©AFP - DAPHNÉ BENOIT
Jeudi 17 février un retrait du Mali des forces françaises de l’opération « Barkhane » ©AFP - DAPHNÉ BENOIT
Publicité
Résumé

L’armée française va quitter le Mali pour mieux se redéployer dans les pays voisins. Les soldats français et européens vont-ils céder la place aux milices russes et laisser s’installer à nouveau les djihadistes ?

avec :

Niagalé Bagayoko (Docteure en science politique, diplômée de l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris et spécialiste des politiques internationales de sécurité et de la réforme des systèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest), Pascal Airault (Journaliste à Jeune Afrique).

En savoir plus

Réunie hier soir à l’Elysée avec ses partenaires africains et européens, la France concrétise le départ de ses troupes armées du Mali pour se redéployer dans la région.

Après presque dix ans de présence sur place, l’armée française et ses alliés européens doivent se retirer du pays, estimant que ses dirigeants, installés suite à une succession de coups d’Etat, ne sont plus des interlocuteurs amicaux.

Publicité

Intervenus dans le pays tels mais sans avoir réussi à le stabiliser, les soldats français y ont perdu leur popularité. Là bas, le gouvernement s’est même montré hostile à leur présence, préférant faire de la place à une milice russe. Quelles forces vont remplacer la France au Mali ? Est-ce un signe de son effacement sur la scène internationale ?

Niagalé Bagayoko est politologue et présidente de l’African Security Network.

Pascal Airault est journaliste au service international de L’Opinion, co-auteur de l’ouvrage “Le Piège africain de Macron”, avec Antoine Glaser (Fayard, 2021).

Le sentiment d’échec de l’intervention française

Cette fin était-elle inévitable ?

Oui, je pense que ce retrait est inscrit dans le droit fil de la dégradation extrêmement profonde de la relation politico-diplomatique entre Bamako et Paris qui ne date pas du coup d’état dans le coup d’état du 24 mai dernier mais qui remonte à mon avis à deux ans sous le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Niagalé Bagayoko

L’armée française doit démentir le sentiment d’échec qui prédomine aujourd’hui.

Il y a aujourd’hui le sentiment que la France, par son intervention militaire, n’a pas réussi à enrayer la dégradation continue, l’enracinement de ces groupes djihadistes et leur expansion géographique jusqu’au nord des pays côtiers. C’est là qu’on mesure la difficulté d’avoir mobilisé un instrument militaire qui, il faut le rappeler, a eu un nouveau mandat puisque l’opération Serval est ensuite devenue l’opération Barkhane qui avait une extension géographique beaucoup plus large. On est passé à un mandat sous-régional qui couvrait les cinq pays du Sahel. Cette extension et un mandat beaucoup moins ciblé que celui de l’opération Serval a dilué les objectifs politiques poursuivis. Niagalé Bagayoko

La présence Russe au Mali

Le sommet de Pau, durant lequel Emmanuel Macron a convoqué les chefs d’États sahéliens en janvier 2020, a été mal accueilli par certains Maliens. Depuis, se développent une alternative et un tropisme pro-russe au Mali avec l’arrivée des mercenaires Wagner, qui sont une présence non-officielle.

Il y a deux types de présence russes. La Russie, à travers la coopération du Mali avec l’Union Soviétique, qui est un partenaire historique. Parmi les élites maliennes, il y a beaucoup de personnes civiles ou militaires qui ont été formées dans le pays et qui en pratiquent la langue. Il y a donc un terreau extrêmement favorable et on ne peut pas parler de nouveaux arrivants. D’autre part, des accords bilatéraux parfaitement officiels ont été signés d’abord par le président Traoré, ensuite par le président IBK, et enfin élargis par les autorités actuelles. Niagalé Bagayoko

La question qui se pose est de savoir s’il y a une contractualisation de cette société militaire privée Wagner, dont les liens avec le Kremlin sont avérés, mais difficiles à démonter juridiquement. La question est aussi de savoir quel type de personnel est associé à des fonctions combattantes ou non. Niagalé Bagayoko

La Russie va-t-elle prendre l’espace laissé vacant par les Européens ?

Pour la Russie et pour les paramilitaires de Wagner, c’est un théâtre piégeux et très dangereux. Ce que l’armée française, qui est l’une des plus puissantes du monde, avec des soutiens occidentaux et notamment des Américains ou des Anglais, n’a pas réussi à faire en neuf ans, on peut douter que Wagner puisse le faire et pacifier toute la zone du centre et du nord du Mali. À moins qu’un travail politique soit fait sur le terrain pour obtenir des compromis avec les groupes djihadistes. Pascal Airault

Une rhétorique anti-française

Comment est perçue la France dans l’opinion publique sahélienne ?

La France se retrouve dans une posture extrêmement délicate. Aux yeux d’une grande partie des populations, elle n’apparaît plus comme une garantie de sécurité mais au contraire comme un risque sécuritaire. Le moyens massifs déployées, y compris d’un point de vue technologique, ont suscité énormément d’attentes localement. Il y a eu une véritable foi et un enthousiasme en 2013 qui peu à peu ont été déçus. Récemment, c’est de la colère et de l’exaspération qu’on a vues s’exprimer. Niagalé Bagayoko

La France est le bouc émissaire idéal pour un pouvoir qui a fait un double coup d’État et qui cherche à se légitimer, à durer dans le temps et à ne pas remettre le pouvoir aux civils. La France n’a pas réussi mais elle n’est pas seule et c’était à l’armée malienne de faire le travail sur le terrain pour reconquérir son territoire. Pascal Airault

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation