Fusion nucléaire, ARN messager : les nouvelles promesses de la science

Une étudiante du CNRS travaille dans l'un des laboratoires IS2M (Institut de Science des Matériaux de Mulhouse) de la faculté de Mulhouse, le 1 décembre 2022.
Une étudiante du CNRS travaille dans l'un des laboratoires IS2M (Institut de Science des Matériaux de Mulhouse) de la faculté de Mulhouse, le 1 décembre 2022. ©Maxppp - Vincent VOEGTLIN
Une étudiante du CNRS travaille dans l'un des laboratoires IS2M (Institut de Science des Matériaux de Mulhouse) de la faculté de Mulhouse, le 1 décembre 2022. ©Maxppp - Vincent VOEGTLIN
Une étudiante du CNRS travaille dans l'un des laboratoires IS2M (Institut de Science des Matériaux de Mulhouse) de la faculté de Mulhouse, le 1 décembre 2022. ©Maxppp - Vincent VOEGTLIN
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Deux nouvelles découvertes scientifiques récentes font espérer des avancées importantes dans les domaines différents de l'énergie, pour la fusion, et de la santé, pour l'ARN messager.

Avec
  • Etienne Klein Physicien, producteur de l'émission "Le pourquoi du comment ?" sur France Culture
  • Bruno Pitard Directeur de recherche CNRS et chercheur Inserm au centre de recherche en immunologie Nantes-Angers

Côté énergie, tout d'abord : le gouvernement américain annoncé il y a quelques jours que  des chercheurs du laboratoire national Lawrence Livermore avaient réussi à dépasser le seuil d’ignition qui correspond au seuil de rentabilité de la réaction de  fusion nucléaire - à ne pas confondre avec la fission. C'est à dire que l'énergie utilisée par les lasers pour conduire à la fusion d'atomes a été moindre que l'énergie libérée par l'opération. Cette expérience, encore au stade de laboratoire, est une première étape importante pour développer cette source d'énergie réputée propre et abondante.

Côté biologie et santé, l'ARN messager à la base des deux vaccins les plus efficaces contre le SARS-CovV-2, ceux de Moderna et de Pfizer/BioNTech pourrait être utilisé contre d'autres maladie, dont certains cancers et des maladies héréditaires. Moderna communiquait il y a quelques jours les résultats d'essais cliniques encourageants sur son utilisation contre une forme de cancer de la peau. D'autres recherches sont en cours, avec la même technologie, pour lutter contre le Sida ou d'autres maladies héréditaires.

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Voici les nouvelles frontières de la science, avec les espoirs suscités et leurs limites que nous explorons, avec nos invités Etienne Klein, physicien, directeur de recherches au CEA, professeur à CentraleSupélec de Paris et producteur à France Culture, et Bruno Pitard, directeur de recherche CNRS, chercheur Inserm au sein du laboratoire modulation des réponses immunitaires et inflammatoires à l’université de Nantes

Fusion : de belles promesses mais beaucoup de patience

La fusion nucléaire inertielle, dont les Américains ont repoussé les limites il y a peu, constitue un horizon dans la production d'énergie, car “le deutérium, qu’on retrouve dans l’eau de mer” et le tritium qui sont “les combustibles dont on aurait besoin sont disponibles en quantité énorme” sur Terre, explique Etienne Klein. Il continue : “l'intérêt de la fusion, outre le fait que le combustible est très abondant, est qu’il n’y a pas de risque de réaction en chaîne”.

Pourtant le physicien invite à ne pas se réjouir trop vite : “il va falloir des années, voire des décennies, pour que la fusion inertielle devienne une filière électrogène. Les Américains font un tir par jour avec leur dispositif. Pour que ce soit industrialisable, il faudrait non seulement dix tirs par seconde, 24h/24, mais aussi augmenter le rendement de l’opération d’un facteur au moins 100”. Il salue la “prouesse expérimentale qui constitue un pas important” tout en ajoutant que “le chemin qui reste pour que ce soit producteur d’énergie à l’échelle industrielle est très, très long”.

Il ne faut ainsi pas compter sur la fusion comme solution miracle et à court terme pour la transition énergétique. En effet, autant l’expérience des Américains (fusion inertielle) que le projet ITER (fusion magnétique) “ne sont pas des solutions pour la transition énergétique à l’horizon 2050. Pour après éventuellement” affirme Etienne Klein.

ARN messager : agir sur différents types de pathologies

Utilisé et globalement “validé et accepté” pour les vaccins Moderna et Pfizer/BioNtech, l’ARN messager pourrait également l’être dans les traitements de cancers, car il est possible de “lui faire transporter une information génétique qui va par exemple être une protéine de la cellule cancéreuse” avance Bruno Picard. L’adoption de la technique de l’ARN messager est “toujours à l’étude” explique le chercheur : “Moderna a tenté la phase 2, qui s’est bien déroulée, il s’agit d’un bon début, les résultats sont prometteurs. Ce résultat n’est par ailleurs pas complètement inattendu, on sait qu’en laboratoire, ils arrivent à faire régresser des tumeurs chez les animaux”.

Avec l'utilisation de l'ARN, messager, il existe également “la possibilité, beaucoup plus futuriste, de s’en servir pour exprimer une protéine dans une maladie génétique rare comme la mucoviscidose, la myopathie de Duchêne ou l’hémophilie” poursuit Bruno Picard.

Science : confiance ou défiance ?

A propos de la confiance en la technologie de l’ARN messager utilisée dans un vaccin, Bruno Picard explique que la défiance initiale peut être due au fait que “tout ce qui est nouveau fait peur. Pourtant, les chercheurs travaillent sur cette molécule depuis une trentaine d’années”. L’enjeu pour le chercheur est que l’on “change de paradigme, car l’ARN messager amène une information génétique à l’individu, dans sa cellule, pour qu’elle produise elle-même la protéine virale”.

Etienne Klein, quant à lui, s’interroge sur la confiance portée à la science à partir des résultats d’un rapport du conseil économique d’octobre 2021 : “elle s’est maintenue partout, à 90%, sauf en France où l’on a perdu 22 points de confiance en 18 mois donc à partir du printemps 2020. Ce qui veut dire qu’il y a peut-être là une exception culturelle qu’il faudrait questionner”. Il rassure néanmoins : “mais contrairement à ce qu’on entend partout, la défiance n’est pas si grande. La confiance dans les scientifiques est plus forte que pour beaucoup d’autres professions”.

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