Scène Dystopique ©Getty - Robert Brook
Scène Dystopique ©Getty - Robert Brook
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Résumé

Quinze ans après la parution de « La Horde du Contrevent », l’écrivain Alain Damasio publie « Les Furtifs » un roman d’anticipation qui pointe du doigt les dérives de l'usage des technologies numériques et de la montée en puissance des géants du net.

avec :

Alain Damasio (écrivain).

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Dans une critique poétique d’un monde économiquement ultralibéral, l’auteur décrit une société du contrôle où chacun est pisté en permanence. Mais loin de coller à la théorie de l’effondrement, Alain Damasio plante dans cette dystopie proche du réel, les graines de la révolte, avec des militants de tous bords qui cherchent à se soustraire du système d’encadrement, et des créatures capables d’échapper à ce « monde hypertracé».  

Nous recevons l’écrivain Alain Damasio, également co-auteur avec Yan Péchin de de l’album Entrer dans la couleur composé pour accompagner le livre Les Furtifs

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Je ne suis pas opposé à la violence d’un point de vue moral, surtout quand on voit que c’est la police qui monopolise la violence. Il faut remettre en vulnérabilité ceux qui exercent cette violence. Si ça ne suffit pas il faut se poser la question du renouvellement de ces modes de lutte. On ne peut pas se révolter sans colère, quand on n’est pas écoutés, qu’on est exploités pendant des années. Nos parents ont vécu les Trente Glorieuses,  je pense que nous vivons "les trente honteuses".

Les gilets jaunes sont pour moi une divine surprise : des gens qu’on pensait écrasés, dépolitisés, ont tout à coup relevé la tête. Après le passage de la loi travail, et le rouleau compresseur mis en place par Emmanuel Macron, je ne pensais pas que ça arriverait. 

Avec l’intelligence artificielle, plein de métiers même intellectuels vont pouvoir être automatisés : il ne restera alors que les travaux créatifs. On peut rêver de ça, de la disparition des bullshit jobs, de la disparition des jobs routiniers, pour que seuls les emplois créatifs perdurent. Je trouve que ça amène une réflexion intéressante : qu’est-ce que ça veut dire créer dans le cadre du travail ?

Deleuze avait anticipé la société du contrôle. Je crois que quand les régimes disciplinaires ont été contrés par les régimes démocratiques, le pouvoir a muté, il a fallu trouver une autre forme de contrôle, un autre registre. On oublie de dire à quel point on est acteurs de ce contrôle, on l’accepte. On a en nous cette pulsion du contrôle : c'est l'exemple du père qui veut être ami avec sa fille sur Facebook, du nouveau salarié dans une entreprise qui cherche son patron sur Google. On a besoin de conjurer l’angoisse et l’incertitude d’une société instable et individualiste. On met en place ce que j’appelle le "serf service" : le vice de la servitude volontaire. Ce contrôle ne s’exerce pas que verticalement. 

Et plus vous vous protégez, plus le sentiment d’insécurité augmente. Moins vous vous confrontez aux menaces, plus quand ça survient, vous êtes terrorisé. On s’habitue ainsi à la réduction des degrés de nos libertés au profit de plus de sécurité : on accepte toujours plus de codes pour accéder aux immeubles, toujours plus de portiques à l’entrée des quais de gare et des métros..

Le capitalisme est un système totalisant. On ne peut pas le retourner d’un seul bloc. Le système est bien plus complexe et tissé. Il faut libérer des zones et des territoires comme des ZAD, créer des expériences sociologiques concrètes, ça peut passer par exemple par l’occupation de toits d’immeubles, de forêts, d’îles... Il faut acheter des terrains... Un de mes rêves serait d’acheter 200 hectares entre forêts et champs, de permettre aux gens de s’y installer, de développer des modes de développement sociaux. 

Il n’y a plus de lendemains qui chantent, il y a des aujourd’hui qui bruissent. 

La couche rationnelle s’épuise : on a beau expliquer, analyser, ça ne donne plus envie de lutter. Les ouvrages théoriques ne suffisent plus. Là où la fiction a un rôle à jouer, c’est que grâce à elle on peut opérer des miracles en créant des personnages, en mettant en scène et en émotion. Il faut mener une guerre des imaginaires. Par l’imaginaire on peut faire éprouver un monde meilleur. Ce qui m’intéresse c’est de donner l’envie aux gens de se battre. Les artistes ont cette responsabilité.

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Roman Bornstein
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Collaboration
David Jacubowiez
Réalisation