Des candidats se préparent avant une épreuve, lycée technique Diderot, Paris, 11 mai 2022.
Des candidats se préparent avant une épreuve, lycée technique Diderot, Paris, 11 mai 2022. ©AFP - Thomas SAMSON
Des candidats se préparent avant une épreuve, lycée technique Diderot, Paris, 11 mai 2022. ©AFP - Thomas SAMSON
Des candidats se préparent avant une épreuve, lycée technique Diderot, Paris, 11 mai 2022. ©AFP - Thomas SAMSON
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À l'occasion de la journée internationale de l'éducation, Les Matins interrogent l'action de l'État concernant les inégalités scolaires. Les politiques mises en place ont-elles changé la donne ?

Avec
  • Vincent Peillon Philosophe et homme politique
  • Mara Goyet Autrice, romancière, professeure d'histoire géographie au collège
  • Youssef Souidi Docteur en économie, co-auteur avec Julien Grenet d’un rapport sur la ségrégation sociale dans les collèges parisiens

Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (2012-2014), Mara Goyet, professeure d’histoire-géographie, autrice de  Finir Prof. Peut-on se réconcilier avec le collège ? (Robert Laffont, 2022), Youssef Souidi, économiste, coauteur d’un rapport sur la ségrégation sociale dans les collèges parisiens.

La France, pays de l'inégalité scolaire ?

Pour Vincent Peillon, “En France, les déterminismes sociaux sur la réussite scolaire sont plus forts que dans les autres pays.” L’ancien ministre de l’Éducation estime que "c’est ancien et que nous avons beaucoup de mal à le corriger. Il serait important que l’on comprenne que l’essentiel de l’éducation, c’est une rencontre entre un professeur et des élèves, et donc que la pédagogie soit vraiment au centre de toutes les réformes."

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Mara Goyet explique l'importance d'aller "par delà les slogans et les vérités que nous connaissons tous, et constater les inégalités telles qu’elles sont à l’intérieur d’une classe." Selon elle, "si l’on saute cette étape, ce seront juste des coquilles vides, des réformes qui tournent à vide. Il y a aussi toute une dimension pragmatique et pédagogique dans la lutte contre les inégalités scolaires." La professeure considère que l'on devrait “être obsédé par cette question des inégalités dès la première année de maternelle. L’idée n’est pas vraiment prise au sérieux. On ne manque pas de dispositifs mais on manque d’action.”

Public/privé : un clivage qui s’accentue

On parle peu des établissements publics des quartiers favorisés.” constate Mara Goyet. "Un collège public dans un quartier chic est vu à la limite comme un espace de relégation, les parents qui nous confient leurs enfants ont l’impression de faire un acte héroïque, or ce sont des établissements formidables.”

Selon Youssef Souidi, "Aujourd'hui il y a une ségrégation entre le public et le privé. En moyenne, les privés ont une composition sociale bien plus favorisée que les publics. Au-delà de ça, on peut constater qu’au sein même des collèges publics, on peut trouver des différences de composition sociale. On peut penser que c’est dû à la ségrégation résidentielle, mais on trouve également des collèges proches géographiquement, mais différents socialement.

"Si l’on prend l’ensemble de l’école française, nous avons quand même des lieux de concentration des difficultés, et des lieux ou les choses sont plus diverses, plus mixtes, plus partagées", nuance Vincent Peillon.

Quels outils pour plus de mixité sociale ?

Youssef Souidi explique que “Les IPS, indices de position sociale, publiés en open data, indiquent à quel point un élève vit dans un contexte favorable à la réussite éducative. L'IPS est calculé à partir de la catégorie socioprofessionnelle des responsables légaux des élèves. C’est le contexte économique, social, culturel qui compte. Plus l’IPS d’un collège est élevé, plus sa composition sociale est favorisée." L'économiste estime que “des politiques ont récemment fait leurs preuves, comme Affelnet, un algorithme qui a tout de même permis de réduire fortement la ségrégation sociale entre lycées et la ségrégation scolaire”

Il y a une réussite de nos systèmes, plus de gens ont accès à la culture et aux études" reconnaît Vincent Peillon, "mais ils ont toujours été construits à partir du point d’arrivée - polytechnique, l’ENA etc... - et avant c’est la “machine à trier”, les 600 000 élèves de l’enseignement professionnel, par exemple, on n'en parle jamais. Quand on leur enlève 70 heures d’enseignement général, c’est gravissime.”

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