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Résumé

La pandémie de Covid-19 nous presse à adopter des modèles agricoles plus soutenables et conduit le gouvernement à plaider en faveur de la souveraineté alimentaire, un concept jusque-là en vogue dans le mouvement altermondialiste.

avec :

François Purseigle (sociologue spécialiste du monde agricole, professeur à l'École Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse), Vincent Chatellier (ingénieur de recherche en économie agricole à l'INRA.).

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Pandémie oblige, pas de Salon de l’agriculture cette année. Pourtant, l’agriculture, elle passionne ces temps-ci. Le gouvernement s’est rallié au principe de « souveraineté alimentaire » et la société civile elle, exige une agriculture soutenable. De jolis principes, dont les paysans rappellent qu’ils sont la clé de voûte. Et ils souffrent, les agriculteurs, les maraîchers et les éleveurs… Pourquoi ? 

Cette situation inédite s’arrime à une tendance profonde dans la société, toujours plus exigeante dans sa consommation. Alors peut-on imaginer un cercle vertueux qui marierait préservation de l’environnement et bonne santé publique ? Oui, répondent ceux qui sont au centre de l’équation ; agriculteurs, maraîchers et éleveurs… et qui s’étonnent de devoir supporter seuls les efforts d’un virage global. Pour eux, pas de mystère : le soutien à leur profession endommagée est le point de départ.

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L'agriculture française en temps de crise

On a vu des Français se tourner vers des circuits courts, de proximitélorsqu’ils en avaient la possibilité. Un nombre d’agriculteurs ont su s’adapter, mettre en oeuvre des dispositifs d'alimentation. François Purseigle

L’année 2020 a été marquée par un courant d’importation équivalant à 2019. Elles n’ont baissé que de 2 ou 3% l’année dernière et les exportations ont à peine baissé. Donc en dépit de la fermeture des échanges commerciaux, il y a quand même eu un mouvement d’importation. Il ne faut pas surestimer les mouvements de circuits courts qui existent de plus en plus mais il faut les remettre dans leur contexte. Vincent Chatellier

Nous sommes dans un marché où il n’y a aucune protection commerciale entre les pays européens. Ce système nous permet d’exporter beaucoup de spiritueux et de lait par exemple mais nous sommes déficitaires de fruits et légumes importés du sud. La France pourrait potentiellement nourrir les Français mais pas avec la diversité d’aliments qu’on nous propose aujourd’hui. Vincent Chatellier

Les agriculteurs face à la crise

Les agricultures françaises n’ont pas changé en un an. Ce sont des agricultures diverses et éclatées, ou le recours au travail familial est plus difficile. Pour les circuits courts et la proximité il faut plus de salariés et ce n’est pas simple. La crise révèle les fragilités de l’organisation autour de la production agricole, dans ses dynamiques mais aussi ses problèmes liés à un recours difficile à la main d’oeuvre dont les agriculteurs sont dépendants, comme les travailleurs saisonniers. François Purseigle

Les agriculteurs ont montré qu’ils ont une forte capacité d’adaptation au marché, au prix et aux mécanismes de la PAC. Mais l’agriculture est un secteur où la transition se fait dans la durée. La rigidité des cycles de production conduit naturellement à ce que les transitions doivent s’organiser dans la durée. L’agriculture réagit sur une dizaine d’années, c’est pourquoi dans la politique agricole les objectifs sont fixés sur 5 à 7 ans. Vincent Chatellier

Les exploitations familiales disparaissent, même si elles répondent à la demande de circuits courts, car elles sont en difficultés pour trouver des bras mais aussi des repreneurs. Si on veut que ces petites et moyennes exploitations s’adaptent et basculent il faut leur donner les moyens. L’idée que ces exploitations soient résilientes n’est pas forcément vraie car cette agilité repose sur des formes de travail disparues. Vincent Chatellier

L'hétérogénéité du monde paysan

Le revenu des exploitants repose essentiellement sur celui du conjoint ou de la conjointe. Ces revenus sont le fruit de bricolage. Les agriculteurs s’en sortent parfois, essentiellement en louant leur terre. On a du mal à voir comment se construit un revenu. On parle de 1,5% de la population active, il n’y a jamais aussi peu eu d’agriculteurs. Et ils sont très divers : petits commerçants, patron de petites entreprises et grosses entreprises. Les écarts n’ont jamais été aussi grands dans cette population. François Purseigle

Sur la question de la mesure de l’hétérogénéité de l’agriculture française, on a produit pour le ministère de l’agriculture un rapport où on a essayé de décortiquer la manière de mesurer les revenus en agriculture et rendre compte de cette existence d’hétérogénéité. Vincent Chatellier

70 000 euros par an pour les 10% meilleurs et 8 000 euros pour les 10% moins bons. Les revenus n’ont pas assez augmentés au regard de la production qu’ils développent. Le revenu au prorata du chiffre d’affaires est décroissant. Globalement il y a une détérioration du niveau de revenu. Vincent Chatellier

Où sont les jeunes agriculteurs ?

1 million d’hectares sont libérés chaque année, 500 000 partent à l’installation de nouveaux exploitants, 400 000 à la concentration, l’agrandissement et 100 000 à l’urbanisation. Derrière le marché foncier des logiques se jouent et il est de plus en plus difficile d’obtenir des terres. Il y a des familles agricoles qui jouent contre l’agriculture familiale : pour des raisons patrimoniales, ils privilégient l’installation d’un tiers plutôt que l’installation d’un jeune. François Purseigle

On a besoin de réguler et de trouver un moyen de continuer à produire sur des terres où on ne trouve pas jeunes agricultures. Il y a des jeunes qui se projettent différemment dans l’agriculture, ils ont du mal à se projeter dans les structures déjà en place, parce qu’ils ont une autre expérience ou sont issus d’un autre milieu socio-professionnel. Il y a une inadéquation entre les projets des pères et des fils, des cédants et des reprenants. […] 1/3 des agriculteurs en âge de partir à la retraite n’ont pas de repreneurs pour l’exploitation. François Purseigle

Désespoir paysan

Des agriculteurs sont en situation d‘anomies, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à déterminer leur rôle dans la société. Ils ne savent plus qui ils sont et cette incertitude marque toute la filière. François Purseigle

Dans toutes les populations il y a une fraction qui vit un désespoir. Chez les paysans le désespoir est lié au fait que les agriculteurs vivent d’aides directes alors qu’ils veulent vivre de leur métier. Ils ont le sentiment de faire des efforts pour mieux intégrer des dimensions sociétales et ils constatent que les critiques à leur égard sont très dures et très décalées des réalités. Enfin, l’amélioration d s revenus en agriculture passe trop par une augmentation des volumes et les agriculteurs aimeraient dégager davantage de revenus sur la qualité. Mais ce désespoir n’est pas généralisé. Vincent Chatellier

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Elodie Piel
Collaboration
Léa Capuano
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation