Manifestation à Marseille le 24 mars pour réclamer une hausse des pensions de retraite et un meilleur accès aux services de santé.
Manifestation à Marseille le 24 mars pour réclamer une hausse des pensions de retraite et un meilleur accès aux services de santé.
Manifestation à Marseille le 24 mars pour réclamer une hausse des pensions de retraite et un meilleur accès aux services de santé. ©Getty - SOPA Images
Manifestation à Marseille le 24 mars pour réclamer une hausse des pensions de retraite et un meilleur accès aux services de santé. ©Getty - SOPA Images
Manifestation à Marseille le 24 mars pour réclamer une hausse des pensions de retraite et un meilleur accès aux services de santé. ©Getty - SOPA Images
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Résumé

Le philosophe Jacques Rancière publie « Les Trente Inglorieuses » aux éditions La Fabrique et y poursuit sa réflexion sur les marges, les exclus, les illégitimes…

avec :

Jacques Rancière (philosophe, professeur émérite à l'Université de Paris VIII (Saint-Denis)).

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Jacques Rancière est philosophe, ancien élève d’Althusser, et sa pensée est d’autant plus prolifique qu’elle s’étend à différents domaines : des marges et des luttes sociales au domaine de l'art et de l’esthétique. Ses réflexions pourraient avoir pour point commun l'émancipation politique. 

Mais dans un système démocratique comme le nôtre, de qui ou plutôt de quoi devons-nous nous émanciper ? 

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Guillaume Erner reçoit Jacques Rancière philosophe, professeur émérite à l'Université de Paris VIII. Son dernier essai « Les Trente Inglorieuses. Scènes politiques » est paru aux éditions La Fabrique en 2022. 

"Les Trente Inglorieuses" ou la transformation progressive des idéaux progressistes et socialistes   

"J’appartiens à une génération qui a connu une grande expansion du marxisme et de toutes les idéologies progressistes avec une grande foi dans la révolution mondiale". Mais après un certain nombre de déceptions et depuis une trentaines d’années, ces espérances déçues se sont transformées, constate le philosophe. "Des gens qui étaient pour la révolution mondiale et l'émancipation ont commencé à dire que tout ça n’était pas si bon, que la révolution, c’était le terrorisme ou encore que la Révolution française, c’était la terreur". Jacques Rancière estime que les grands idéaux comme celui de la justice sociale se sont déplacés. "Au lieu de défendre le socialisme, on s’est mis à défendre la République, l’égalité, l’école, le savoir qui allait transformer tout le monde". Et ça a encore glissé ajoute-t-il . "C_ette foi en une République chargée de former un peuple d’égaux s’est transformée en une sorte de rejet de ceux considérés comme des obstacles au fonctionnement de la République. Les grands idéaux égalitaires sont devenus peu à peu une arme de discrimination"_. 

La démocratie ou la rupture de l’ordre normal du pouvoir 

"Fondamentalement, la démocratie a dans soi-même comme un désordre par rapport à un ordre normal des choses où les gens qui ont les qualités pour gouverner - l’argent, la science, les titres, l’influence sociale - gouvernent", selon Jacques Rancière. Platon fait la liste de tous les titres de supériorité qui fondent un gouvernement, explique le philosophe. "Mais la démocratie est la situation dans laquelle personne n’est qualifiée pour gouverner. C’est une rupture par rapport à tout ordre normal des choses". Elle n’est pas liée à l’affrontement ou à l’existence de la droite et de la gauche. "Mais avec la démocratie, une règle du jeu est brutalisée par le fait même de l’existence des égaux"