Ghaziabad, dans l'État de l'Uttar Pradesh, le 26 avril 2021. ©AFP - SAJJAD HUSSAIN
Ghaziabad, dans l'État de l'Uttar Pradesh, le 26 avril 2021. ©AFP - SAJJAD HUSSAIN
Ghaziabad, dans l'État de l'Uttar Pradesh, le 26 avril 2021. ©AFP - SAJJAD HUSSAIN
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Résumé

L'Inde subit une flambée épidémique sans précédent. La gestion de la crise par le premier ministre Narendra Modi subit des critiques.

avec :

Philippe Amouyel (directeur de la fondation Alzheimer, épidémiologiste, professeur de santé publique au CHU de Lille.), Christophe Jaffrelot (Directeur de recherche au CERI-Sciences Po/CNRS et co-directeur de l'Observatoire franco-allemand de l'Indo-Pacifique).

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La pandémie n’avait pas encore frappé avec une telle férocité. L’Inde est submergée par le coronavirus. Ce ne sont plus les seuls hôpitaux qui sont débordés, peinant à mettre la main sur des bouteilles d'oxygène, mais des cheminées de crématorium mêmes qui se fissurent pour avoir fonctionné à une cadence trop importante des heures durant. 

Le triomphalisme de cet hiver du Premier ministre Narendra Modi est mis en cause et ce dernier a été obligé de reconnaître ce 25 avril que l’épidémie est une “tempête qui ébranle la nation”. Le Premier ministre est aussi accusé de ne s’intéresser qu’au scrutin en cours au Bengale-Occidentale où son parti affronte une de ses principales rivales politiques, et d’avoir encouragé des meetings inconséquents. 

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Si le variant indien, possiblement plus contagieux ou plus résistant que d’autres formes de la maladie, joue peut-être un rôle dans cette flambée épidémique, c’est aussi tout un système de santé très fragile et peu doté qui est dévoilé. 

Christophe Jaffrelot est chercheur au CERI-Sciences Po/CNRS, auteur de "L’Inde de Modi. National-populisme et démocratie ethnique", (Fayard, 2019). 

Philippe Amouyel est professeur de santé publique au CHU de Lille, épidémiologiste et ancien directeur de l’Institut Pasteur de Lille. 

Des chiffres à contextualiser

Il y a entre 300 et 350 000 contaminations par jour en Inde, un chiffre qui pourrait ne pas sembler extraordinaire pour un pays d'un milliard 400 millions d'individus.  

Ces chiffres sont à mettre en rapport avec la capacité d'absorption du système de santé. Les hôpitaux indiens sont totalement débordés. Il y a des problèmes d'accès à l'oxygène. Les hôpitaux en sont à moduler l'oxygène des patients de manière à ce que tous en aient un peu. Ça ne suffit pas toujours, loin s'en faut. Il y a un taux de mortalité considérable. Christophe Jaffrelot

A quoi s'ajoute aussi, la tendance. La courbe est quasiment verticale. Nous n'avons pas eu un seul pays depuis que cette épidémie a commencé qui ait connu une accélération de la contamination aussi rapide.  Christophe Jaffrelot

Des chiffres de contaminations et de décès sous-évalués

Pour évaluer le nombre de morts, on en est réduit à se fier aux incinérations, au nombre de bûchers funéraires. Les journalistes d'ailleurs comptent à partir de drones qui survolent les lieux où cela se passe. Les chiffres officiels sont tous systématiquement sous-évalués. Christophe Jaffrelot

Sur le plan politique, qu'est-ce que cette épidémie raconte de l'état du pays ?  

C'est une loupe. Des tendances, déjà présentes, ont tout à coup été magnifiées par l'épidémie. Christophe Jaffrelot

Cela révèle que le nationalisme hindou est devenu dominant. A tel point que la grande fête de Kumbh Mela, aux sources du Gange, qui regroupe des millions de pèlerins et qui aurait dû être maintenue à la date où elle devait avoir lieu, en 2022, a été avancée pour des raisons astrologiques et politiques. Cette fête a été un accélérateur de contamination. Christophe Jaffrelot

Que sait-on du variant indien ?

Il s'agit du variant B.1.617. Les informations que l'on a viennent des données du séquençage qui éclairent sur sa structure. Ce variant accumule un certain nombre de mutations qu'on a retrouvées dans d'autres virus : la mutation L 452, présente dans le virus californien, ainsi qu'une mutation qui ressemble à celle du virus sud-africain, la mutation E 484 Q. L'hypothèse est donc la présence d'un double mutant, provenant de deux autres virus. Cela expliquerait que le virus pourrait mieux se fixer et donc être plus transmissible_._ Philippe Amouyel

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Léa Capuano
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation