Eric Zemmour lors d'une séance de dédicaces à Toulon pour son dernier livre, "La France n'a pas dit son dernier mot" (17 septembre 2021).
Eric Zemmour lors d'une séance de dédicaces à Toulon pour son dernier livre, "La France n'a pas dit son dernier mot" (17 septembre 2021). ©AFP - Nicolas Tucat
Eric Zemmour lors d'une séance de dédicaces à Toulon pour son dernier livre, "La France n'a pas dit son dernier mot" (17 septembre 2021). ©AFP - Nicolas Tucat
Eric Zemmour lors d'une séance de dédicaces à Toulon pour son dernier livre, "La France n'a pas dit son dernier mot" (17 septembre 2021). ©AFP - Nicolas Tucat
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Le polémiste d’extrême-droite Éric Zemmour dévoile ses ambitions politiques. D’où viennent, et jusqu'où peuvent aller, sa stratégie et son discours identitaire ?

Avec
  • Frédéric Says journaliste à la rédaction internationale de Radio France
  • Gérard Noiriel Historien, directeur d'études à l’EHESS, spécialiste de l’immigration et de l’histoire de la classe ouvrière.

Était-ce le lancement d’une campagne qui ne dit pas son nom ? Ce week-end, le polémiste d’extrême-droite Éric Zemmour a rencontré son public à Toulon et à Nice, lors d’événements qui s’apparentaient à des meetings politiques mais lors desquels il n’aura toujours pas annoncé sa possible candidature à l’élection présidentielle.  

Dans les jours précédents, son départ de la chaîne CNews et sa proposition d’interdiction des prénoms de culture étrangère l’ont placé au centre de l’attention médiatique. 

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Du côté de la classe politique, de la majorité présidentielle au Rassemblement national, on se demande quels pourraient être les effets d’une candidature Zemmour en matière d’arithmétique électorale. 

Mais de quoi Zemmour est-il le nom ? On lui cherche des alter ego à l’étranger ou dans l’histoire. Le polémiste ne cache pas son admiration pour Boris Johnson, quand certains de ses soutiens dressent le parallèle avec Donald Trump. L’historien Gérard Noiriel, lui, l’a comparé, dans un livre, Le venin dans la plume, au journaliste antisémite et nationaliste Édouard Drumont. 

Au-delà du personnage, il y a l’époque. Zemmour surfe sur une droitisation du débat public et la montée en force d’un discours identitaire, dont il représente sans doute le visage outrancier, mais dont il n’est pas le seul animateur. 

De ses thèmes de prédilection à ses soutiens politiques et financiers, Frédéric Says, journaliste au service politique de la rédaction de France Culture, et Gérard Noiriel, historien et directeur d’études à l’EHESS, replacent le discours de Zemmour dans son contexte pour comprendre d’où il vient et ce qu’il peut avoir comme effets. 

L'évolution d'Eric Zemmour

Gérard Noiriel, vous avez publié il y a deux ans Le Venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République, puis une tribune dans Le Monde où vous reprochiez à Eric Zemmour de "tenter de discréditer tous les historiens de métier". Mais aujourd'hui, son projet a changé, il ne cherche plus vraiment à concurrencer les historiens. 

Quand même, dans son dernier livre, il s'en prend à Patrick Boucheron, à moi. Mais depuis deux ans, il y a en effet une radicalisation : il passe du discours à l'action. Il estime avoir fait le bon diagnostic, en s'appuyant sur l'histoire, et à partir de là, il annonce une éventuelle candidature. C'est assez inédit ; car Edouard Drumont, lui, avait créé un parti. Gérard Noiriel

Pour Drumont, l'intégration était impossible pour les Juifs. Mais pour Zemmour, il reste la possibilité d'une assimilation.

En filigrane oui, notamment avec une querelle sur les prénoms. Mais il n'y a pas de vraie réflexion sur ce que peut vouloir dire une assimilation. Il nous discrédite, nous, les historiens de l'immigration, pour avoir réfléchi à ce que c'est que l'intégration ou l'assimilation. Gérard Noiriel

Une histoire identitaire

Comment qualifiez-vous l'histoire identitaire que propose Zemmour ?

Les individus réels, dans leur complexité, n'y existent pas, mais ce sont des personnages qui s'affrontent. Le récit construit des ennemis identitaires, comme le musulman qui a toujours voulu détruire notre civilisation depuis 732 et Charles Martel. C'est adapté à une conjoncture, c'est-à-dire à des faits divers comme les attentats qui en effet, sont dramatiques, mais qui sont intégrés au récit de façon fantasmatique. Gérard Noiriel

Que change le fait que Zemmour appartient lui-même à une religion minoritaire, alors que Drumont était catholique ?

On voit bien qu'il intègre cela à ses livres : il se présente comme quelqu'un qui fait l'effort de s'assimiler, et donc une preuve validant son discours. Gérard Noiriel

Une bulle médiatique ?

Une des polémiques sur Eric Zemmour, c'est la question de savoir si l'on en parle trop, si c'est une bulle médiatique. Qu'en pensez-vous ?

La bulle médiatique participe de cette ascension : il a été sur I-Télé, sur France 2, et depuis 2019, il était présent cinq soirs par semaine sur CNews. Jusqu'à présent, il pouvait jouer sur les deux tableaux : éditorialiste, et homme public. Il n'hésite pas à se placer parfois dans la lignée de Victor Hugo ou Chateaubriand. Frédéric Says

Derrière, il y aura des choses plus concrètes qu'une bulle : il faut trouver les 500 signatures de maires, ce qui n'est pas facile quand on n'est pas de structure partisane, mais aussi beaucoup d'argent, la campagne n'étant remboursée que si l'on atteint les 5%. Frédéric Says

Zemmour et Marine Le Pen

Un des arguments d'Eric Zemmour, c'est que Marine Le Pen ne pourrait pas être élue, et selon lui, elle le sait elle-même. Faut-il faire un rapport entre l'écho que rencontre le polémiste et un certain affaiblissement du Rassemblement national ?

Dans le propre camp de Marine Le Pen, il y a des membres qui disent qu'ils ne croient plus dans leur patronne, et qu'il aurait fallu faire une campagne plus identitaire, plus choquante pour attirer plus les médias, le système médiatique étant ainsi fait que les propositions les plus iconoclastes sont celles qui trouvent le plus d'écho. Mais soyons prudents : nous ne sommes qu'en septembre, il y a un moment Zemmour autour de son livre mais il est arrivé souvent qu'il y ait des bulles autour d'un candidat à l'automne avant qu'il ne perde beaucoup d'attention, comme Jean-Pierre Chevènement. Frédéric Says

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
Valentin Denis
Stagiaire
Vivien Demeyère
Réalisation