Administration Biden : nouveau jeu, nouvelles cartes. Avec Laurence Nardon et Isabelle Lasserre

Joe Biden arrive pour s'adresser à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021.
Joe Biden arrive pour s'adresser à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021. ©AFP - POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Joe Biden arrive pour s'adresser à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021. ©AFP - POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Joe Biden arrive pour s'adresser à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021. ©AFP - POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Publicité

Affaire des sous-marins, retrait d'Afghanistan, relance économique : pour qui Joe Biden joue t-il ?

Avec
  • Isabelle Lasserre Correspondante diplomatique du Figaro, rédactrice en chef adjointe au service étranger du Figaro
  • Laurence Nardon Responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri, productrice du podcast hebdomadaire "New Deal" sur Slate

Bientôt un an après son élection, et suite à la rupture du "contrat du siècle" entre l'Australie et la France sous pression états-unienne, la politique extérieure de Biden frappe par son unilatéralisme et donc par une certaine continuité avec le style de ses prédécesseurs, à commencer par Donald Trump lui-même.

C'est donc l'occasion de s'interroger sur la cohérence entre le programme annoncé de Joe Biden et son action effective : dans quelle mesure a-t-il imprimé, à la fois en politique intérieure et en politique extérieure, de nouvelles idées et un nouveau style de gouvernement ? Que peut-on attendre, à cet égard, des trois prochaines années, notamment s'agissant des relations entre la France et les Etats-Unis ?

Publicité

Nous tentons de répondre à ces questions en compagnie de Laurence Nardon. Docteur en science politique, chercheuse et responsable du programme Amérique du Nord de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), elle analyse chaque mercredi les enjeux de la politique états-unienne dans le podcast « New Deal », produit en partenariat avec Slate.fr et la lettre d’information Time to Sign Off (TTSO). Elle est rejointe en seconde partie d'émission par Isabelle Lasserre ; correspondante diplomatique et rédactrice en chef adjointe au service étranger du Figaro, elle a signé plusieurs ouvrages dont le dernier en date est Le Réveil des armées (JC Lattès, 2019).

Le monde selon Joe Biden

A la faveur ou à cause de cette rupture de contrat avec la France pour cette fourniture de sous-marins, on découvre (ou on feint de découvrir) un Joe Biden qui serait, finalement, un Trump rhabillé, un Trump qui aurait certes des mœurs et des manières plus respectables, mais qui au fond, ne changerait pas vraiment de politique ? Peut-être faudrait-il commencer par une esquisse de la représentation du monde qui est celle de Joe Biden.

Joe Biden fait partie d'un establishment de la politique étrangère qu'on a connu sous Clinton ou Bush père. Aujourd'hui, avec cette rupture de contrat, il y a plusieurs manières de lire les choses. En fait, l'administration Biden tient à maintenir les intérêts du pays, et elle veut aujourd'hui tout réorganiser en fonction de la menace chinoise, qui est vraiment l'alpha et l'oméga de la vision du monde états-unienne, dans les deux grands partis. Laurence Nardon

Mais n'y a-t-il pas encore des différences qui singularisent le style d'un Biden ?

Sur la méthode, oui, il y a vraiment des différences entre partis et au sein des partis. Les trumpistes, eux, sont plutôt pour un nationalisme de repli. C'est quelque chose qui existe aussi dans la gauche du parti démocrate, autour de Sanders. C'est pourquoi on retrouve ce centrisme démocrate qui lui, veut continuer à intervenir à l'étranger. C'est pourquoi le retrait d'Afghanistan peut être lu de deux façons : comme un désir de se concentrer sur la politique intérieure et les classes moyennes ; comme un moyen de récupérer des forces pour se redéployer autour de la Chine, dans un objectif d'encadrement militaire. Laurence Nardon

La politique intérieure

A l'échelle intérieure, là aussi, on a le même sentiment d'avoir affaire à une continuité de la politique de Trump. Il y a eu ces images choquantes de la police vis-à-vis des migrants. Est-ce qu'il y a continuité sur le plan de la lutte contre l'immigration ?

Là aussi, on retrouve les mêmes failles entre la ligne Biden et les autres. Il doit se garder sur au moins trois fronts : contre le parti républicain, mais chez les démocrates, à la fois contre la gauche du parti qui veut un accueil inconditionnel alors que les lois du pays l'interdisent, et enfin contre les démocrates modérés, qui refusent de voter les projets de loi les plus ambitieux qu'il a posés. Laurence Nardon

Qu'en est-il de ces autres grands projets de loi ?

La loi sur les infrastructures a été votée à une large majorité au Sénat, au mois d'août. Elle doit maintenant être votée par la Chambre, où ce sera beaucoup plus serré. Il y a un second projet de loi sur les infrastructures "humaines" (éducation, etc.), qui est beaucoup plus cher. Et un autre projet de loi est enrayé, le projet "For the people", qui vise à remettre en route le droit de vote des minorités dans les Etats. Il est à l'arrêt depuis juin parce que même les modérés du parti démocrate n'en veulent pas, parce qu'ils sont obligés de suivre leur électorat à tendance républicaine. Laurence Nardon

La rupture du "contrat du siècle"

On sait que l'on ne peut pas expliquer par une moindre qualité le fait que ce contrat ait été rompu. Quel est votre regard sur cet événement ?

Il y a d'une part la rupture d'un contrat ; après tout, cela ne se fait pas entre alliés, mais il peut arriver dans la vie qu'on ait des intérêts stratégiques qui divergent et ne soient plus les mêmes. L'Australie, aujourd'hui, se sent en état d'insécurité. Mais il y a d'autre part la méthode, et ce dont ont fait preuve l'Australie et les Etats-Unis c'est une manière de traiter qui d'habitude, appartient à des pays qui ne sont pas des alliés. Jusqu'au 15 septembre, les Australiens assuraient aux Français par écrit qu'il n'y avait aucun problème. Ces deux pays ont menti à la France pendant 18 mois. Isabelle Lasserre

Parce que la France ne compte pour rien ? S'ils nous ont menti si longtemps...

D'abord, ce n'est pas vrai dans la zone indopacifique, car la France a des territoires, des bateaux et a saisi la perche que lui tendaient les Américains pour développer son influence. C'est aussi sur la France que s'appuient les Etats-Unis pour la lutte antiterroriste. Jusqu'à aujourd'hui, elle était considérée comme le meilleur allié des Etats-Unis, et ce titre a été ravi par l'Australie. Isabelle Lasserre

L'équipe