Activités d'Attac lors d'une manifestation à Fournes contre l'implantation d'un nouvel entrepôt Amazon (30 janvier 2021).
Activités d'Attac lors d'une manifestation à Fournes contre l'implantation d'un nouvel entrepôt Amazon (30 janvier 2021). ©AFP - Sylvain Thomas
Activités d'Attac lors d'une manifestation à Fournes contre l'implantation d'un nouvel entrepôt Amazon (30 janvier 2021). ©AFP - Sylvain Thomas
Activités d'Attac lors d'une manifestation à Fournes contre l'implantation d'un nouvel entrepôt Amazon (30 janvier 2021). ©AFP - Sylvain Thomas
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Avec le coronavirus on se sera rendu compte des tenants et des aboutissants concrets de l’économie mondiale dont nous dépendons. Nos invités de ce matin en ont fait toute une histoire.

Avec

La crise du coronavirus aura permis aux populations de prendre conscience de l’importance de la mondialisation dans leur quotidien. De la pénurie de masques fabriqués en Chine à l’impossibilité pour la France de subvenir elle-même à ses besoins en médicament, le contre-pied de ce constat aura donc été de revaloriser la production locale et la souveraineté nationale de l’industrie. 

Pourtant, si l’économie française est aujourd’hui tant valorisée - à travers le secteur imbattable du luxe par exemple, ou encore les appellations AOC sur les produits agricoles et d’élevage - elle le doit à la mondialisation, qui non seulement lui permet de s’exporter mais aussi de prétendre à une image haut-gamme vis-à-vis des autres États.

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C’est ici la thèse de Quentin Deluermoz, qui a dirigé l’ouvrage «D’ici et ailleurs. Histoires globales de la France contemporaine” (La Découverte, 2021) insistant sur une construction de la France comme produit et producteur de la mondialisation. Le phénomène économique mondiale aura donc conditionné la construction de la France, de la même manière que son développement aura contribué à l’organisation de la société et de l’État français, comme le décrit Jean-Marc Daniel dans son « Histoire de l’économie mondiale » (Tallandier, 2021).

Quentin Deluermoz est historien, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris, co-auteur de “D’ici et ailleurs. Histoires globales de la France contemporaine” (La Découverte, 2021)

Jean-Marc Daniel est économiste, professeur émérite à l'ESCP Europe. Auteur de “Histoire de l’économie mondiale. Des chasseurs-cueilleurs aux cybertravailleurs” (Tallandier, 2021).

Crise sanitaire et économie

Les économistes nous promettaient une sortie du Covid sous forme de marasme, mais pour l'instant tout le contraire se passe. Comment expliquer cela ?

Notre profession a été prise de court. Il y a eu un "choc exogène" qui était imprévisible pour les économistes, alors qu'ils sont plus doués pour comprendre les mécaniques endogènes. Jean-Marc Daniel

Au plan économique, le pire est-il derrière nous ?

Si l'on met les hypothétiques variants de côté, oui. Nous ne sommes pas en guerre pour trois raisons : 1) l'appareil productif à continuer à exister ; 2) au point financier, l'essentiel des conséquences a été assumé par l'Etat de telle sorte qu'on continue à travailler comme avant ; 3) les entreprises ont pris du retard dans leurs investissements, et vont se rattraper à présent. Jean-Marc Daniel

Une démondialisation de l'économie française ?

On a l'habitude d'avoir affaire à quelque chose d'inédit : il faudrait rapatrier des entreprises en France, etc. Est-ce quelque chose qu'on a déjà vécu ?

Les processus d'industrialisation et de désindustrialisation, oui. Mais ce qui est intéressant, c'est que la pandémie est mondiale, et qu'elle a ravivé des sentiments d'identité nationale : nombreux sont celles et ceux qui pensent que la crise se gère mieux à cette échelle. Quentin Deluermoz

Les économistes ont souvent dit qu'il fallait mieux avoir une économie mondialisée. Est-ce qu'aujourd'hui, on en tourne la page ou est-ce que c'est du discours ?

Je pense que c'est purement du discours. En juin 2020, le Président dit que l'après-Covid sera écologique, souverain et solidaire. Puis on voit qu'il y a des nécessités : relocaliser, c'est accepter une hausse des coûts, par exemple. C'est vrai que la France, de 1750 à nos jours, a été assez systématiquement protectionniste. Quand l'Angleterre choisit le libre-échange en 1840, la France s'y refuse. Jean-Marc Daniel

Dans votre livre, Quentin Deluermoz, comment apparaît la France de ce point de vue ?

C'est plutôt une autre image qui ressort : la France a mobilisé un impérialisme informel et souvent économique, qui se distingue de l'impérialisme colonial où le rapport de domination est direct. La France l'a beaucoup pratiqué, mais on s'en rend moins compte parce que cet impérialisme est fondé sur les produits de luxe et de demi-luxe. En fait, la France est la seconde puissance commerciale et industrielle du XIXe siècle. Plutôt que d'être strictement protectionniste, elle est partie prenante des formes de capitalisme industriel qui se sont développées. Les tensions entre libéralisme et protectionnisme sont constantes dans la société française mais n'empêchent pas une augmentation progressive et générale des échanges. Quentin Deluermoz

Quelle histoire de la mondialisation ?

Comment a évolué le regard des historiens sur la mondialisation ?

Avec la pandémie actuelle je pense qu'il faut penser d'autres formes de mondialisation. Dans les années 2000, les historiens se sont dits qu'ils avaient vendu une image trop positive de la mondialisation avec l'apparition d'un électorat de type trumpiste. L'histoire globale a élargi son approche, en intégrant une dimension plus politique, sociale et culturelle, plutôt qu'une approche éthérée de la mondialisation ; il faut rappeler qu'elle est structurée par des rapports de force, et qu'elle a des impacts sociaux et environnementaux très forts. Quentin Deluermoz

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
Valentin Denis
Stagiaire
Vivien Demeyère
Réalisation