Vladimir Poutine préside une réunion avec les membres du Conseil de sécurité à Moscou, le 21.02.22
Vladimir Poutine préside une réunion avec les membres du Conseil de sécurité à Moscou, le 21.02.22
Vladimir Poutine préside une réunion avec les membres du Conseil de sécurité à Moscou, le 21.02.22 ©AFP - ALEXEY NIKOLSKY / SPUTNIK / AFP
Vladimir Poutine préside une réunion avec les membres du Conseil de sécurité à Moscou, le 21.02.22 ©AFP - ALEXEY NIKOLSKY / SPUTNIK / AFP
Vladimir Poutine préside une réunion avec les membres du Conseil de sécurité à Moscou, le 21.02.22 ©AFP - ALEXEY NIKOLSKY / SPUTNIK / AFP
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Résumé

Le Sénat russe a approuvé hier le déploiement de soldats russes en soutien aux séparatistes du Donbass. Le Président Zelensky a réagi en assurant que les Ukrainiens ne céderaient pas "une seule parcelle du pays".

avec :

Anna Colin Lebedev (Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, spécialiste de l'Ukraine et de la Russie post-soviétique), David Teurtrie (Docteur en géographie, chercheur associé au Centre de Recherche Europes Eurasie (CREE) de l'INALCO et actuellement en poste dans le Sud-Caucase).

En savoir plus

Vladimir Poutine a annoncé lundi 21 février lors d’une allocution télévisée reconnaître l’indépendance des territoires séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine et a ordonné à l’armée russe de "maintenir la paix" dans ces territoires.  La décision a été condamnée à l’unanimité par les Occidentaux tandis que le Président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré que les Ukrainiens ne céderaient pas "une seule parcelle du pays". Les États-Unis et l’Union européenne commencent à mettre en place des sanctions tandis que la Chine n’a pas condamné explicitement les agissements russes.

Le jeu de la Russie est risqué. Le Kremlin veut-il obtenir des concessions de la part des États-Unis et des Européens ? Ou s’agit-il véritablement d’une étape supplémentaire vers le conflit armé et le passage à l’acte en Ukraine ? Qu'en dit la population russe ? Quelles seront les sanctions de la communauté internationale ?

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Guillaume Erner s'entretient avec :

Anna Colin Lebedev :  chercheuse à l’Institut des sciences sociales du politique, maîtresse de conférences à Paris Nanterre, spécialiste de l'Ukraine et de la Russie post-soviétique.

David Teurtrie : Docteur en géographie, chercheur associé au Centre de Recherche Europes Eurasie (CREE) de l'INALCO et actuellement en poste dans le Sud-Caucase. Auteur de “Russie - Le retour de la puissance” (Armand Colin, 2021).

La signification de la reconnaissance des républiques séparatistes

Que signifie la reconnaissance par Vladimir Poutine de l’indépendance des territoires séparatistes pro-russes du Donbass ?

Il y a en réalité une grande ambiguïté de la part du pouvoir russe sur la question des territoires reconnus. (…) Les termes de Donetsk et de Lougansk renvoient à deux régions ukrainiennes qui sont l’objet du conflit séparatiste. Les séparatistes contrôlent environs un tiers de ces régions. L’ensemble de ces régions renvoie à ce qu’on appelle le Donbass, un bassin minier très industrialisé et très peuplé avant le début du conflit. David Teurtrie

Tout l’enjeu, une fois que la Russie a reconnu ces républiques, et de savoir si elle les reconnaît dans le territoire qu’elles contrôlent, ce qui veut dire que leurs frontières correspondraient à la ligne de front entre séparatistes et troupes ukrainiennes, ou si elle les reconnaît au même titre que les régions ukrainiennes dans leur ensemble. David Teurtrie

Nier l’existence de l’Ukraine

Vladimir Poutine semble considérer que les russes en Ukraine sont menacés par l’État ukrainien.

Il y a deux récits dans ce conflit. Le récit ukrainien de l’intégrité territoriale et des populations menacées et victimes d’une invasion russe et le récit des séparatistes russes qui parlent d’une volonté de se distinguer d’une Ukraine dite nationaliste. David Teurtrie

Dans le long discours d’une heure de Vladimir Poutine dans lequel il déclare reconnaitre l’indépendance des républiques, quelques minutes seulement à la fin sont consacrées aux républiques de Donetsk et de Lougansk. Dans le reste du discours, Poutine parle en long, en large et en travers de l’Ukraine. D’une Ukraine qui n’existe pas selon lui, qui est une Ukraine artificielle avec un leadership totalement dominé par l’Occident, les États-Unis en premier lieu, l’OTAN comme force armée, et sans évoquer véritablement les Européens. La reconnaissance des républiques séparatistes joue un rôle totalement instrumental, l’enjeu étant l’Ukraine. Anna Colin Lebedev

Selon Vladimir Poutine, l’Ukraine est anti-russe et nationaliste.

Vladimir Poutine parle d’anti-Russie au sens où, pour lui, les Russes et les Ukrainiens ne sont qu’un seul peuple. Il va beaucoup plus loin que sous l’ère soviétique. En Union Soviétique, on parlait de peuples frères. Là, il remonte en un sens à l’ère impériale. David Teurtrie

La politique russe et la question du soutien des populations

Il semble qu’il y a deux populations en Ukraine, l’une qui se tourne vers l’Europe et l’autre vers la Russie. Vladimir Poutine souhaite-t-il fondre ces deux populations au sein d’une seule et même entité qui aurait vocation à revenir sous le giron russe ?

On constate que la population ukrainienne est en réalité, à chaque action successive de la Russie sur son territoire, de moins en moins tournée vers Moscou et de plus en plus unifiée dans un projet qui rechercherait son avenir et sa sécurité vers l’ouest. Anna Colin Lebedev

Que pense la population russe des annonces de son président  ?

Poutine s’adresse à la population russe contemporaine pour créer une sentiment d’adhésion à la politique qu’il souhaite mettre en oeuvre. Et, dans son discours, il dit qu’il n’a aucun doute quant au soutien de la population russe. En réalité, la situation est bien plus compliquée que ça. On est bien loin de l’enthousiasme populaire et du soutien qui a pu être manifesté en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. Anna Colin Lebedev

Pourquoi le soutien est-il moindre ?

Les Russes ont bien d’autres préoccupations aujourd’hui. On est en période post-covid, ils sont préoccupés par la hausse des prix, par la baisse de leurs revenus, par des problèmes sociaux. Il y a une certaine lassitude face à la domination du sujet ukrainien dans la politique intérieure russe. Anna Colin Lebedev

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation