Menacé de dissolution en mars après les incidents de Sainte-Soline, le mouvement Les Soulèvements de la Terre publie ce 9 juin un ouvrage collectif, soutenu par des chercheurs et des intellectuels de renom. La lutte écologique est-elle en train de connaître un tournant en France ?
- Léna Lazare Activiste écologiste, membre des Soulèvements de la terre
- Lucile Schmid Essayiste, femme politique
- Jean-Baptiste Fressoz Historien des sciences, des techniques et de l'environnement
Qui sont “Les Soulèvements de la Terre” ?
“Les Soulèvements de la Terre, c’est une dynamique qui est portée par les organisations du mouvement climat, des organisations paysannes mais aussi des luttes locales écologistes. C’est une dynamique contre l’agro-industrialisation des terres”, explique Léna Lazare.
Pour Jean-Baptiste Fressoz, "c’est un mouvement qui s’inscrit dans une dynamique plus large de lassitude. Depuis quarante ans, les entreprises sont devenues vertes, elles sont éco-responsables, socialement responsables, mais il n’y a pas grand-chose qui change dans les modes de production”, constate l’historien*.* Et d’ajouter :“ il est difficile d’avoir une prise sur le changement climatique. C’est tellement énorme, cela dépasse tout un chacun. Parler des Soulèvements de la Terre re-territorialise, permet à la lutte de s’ancrer dans un lieu bien précis.”
La radicalité : le seul mode d’action politique à la hauteur des enjeux climatiques ?
Selon Léna Lazare, “la radicalité peut être utilisée de manière extrêmement péjorative, mais c’est revenir aux racines du problème. L’écologie est dans toutes les bouches, on ne sait plus exactement de quoi parlent les gens quand ils parlent d’écologie. Quand j’ai commencé à me revendiquer de l’écologie radicale, explique-t-elle, c’était justement pour dire que je n’étais pas du bord de l’écologie libérale. On a accusé les Soulèvements de la Terre d’éco-terrorisme. Mais cette écologie se base justement sur les travaux scientifiques, que ce soit en sciences humaines et sociales, ou en sciences dures, et elle est juste à la hauteur des enjeux. Si l’on ne suit pas cette vision de l’écologie, on continue à aller droit dans le mur.”
L'inertie des institutions à l'épreuve de l'urgence climatique
Léna Lazare ""estime que “ce n’est pas la voie politique institutionnelle qui va nous permettre de gagner. Les grandes victoires s’obtiennent sur le terrain par les mouvements sociaux”.
Lucile Schmid ajoute que “la question de l’urgence modifie évidemment la relation à l’action. Elle modifie également la relation aux institutions et la responsabilité des institutions." L’essayiste considère que “la question paradigmatique c’est pourquoi les institutions sont inertes ? Chaque jour, on fait des annonces, on fait des lois. Mais ni la loi ni les annonces ne modifient le système économique et social. Il faut changer à la fois l’économie, avoir de la justice sociale, et créer les conditions pour que le respect de la nature soit inscrit dans notre loi.”
Jean-Baptiste Fressoz rappelle que “l’État s’est construit comme un État développementaliste depuis longtemps, surtout dans les domaines agricoles. Il est normal que l’on désigne à un moment l’État comme ennemi sur ce genre de luttes. Un énorme changement de cap est nécessaire.”
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