Les éditions Gallimard publient le roman "Guerre" de Louis-Ferdinand Céline ©AFP -
Les éditions Gallimard publient le roman "Guerre" de Louis-Ferdinand Céline ©AFP - ©AFP - Christophe Archambault
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Les éditions Gallimard publient le roman "Guerre" de Louis-Ferdinand Céline ©AFP - ©AFP - Christophe Archambault
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La droite a-t-elle le monopole du bon style ? De Stendhal à Bernanos, ce lieu commun a la vie dure… Dans un ouvrage qui vient de paraître, Vincent Berthelier remonte aux origines de cette revendication, jusqu'à en démasquer les fausses prétentions.

Avec
  • Vincent Berthelier Maître de conférences en littérature française à l’université Paris Cité

Que nous apprend le style des écrivains ‘de droite’ dans la littérature française ? C'est la question que pose Vincent Berthelier dans un essai paru le 19 août aux éditions Amsterdam, Le style réactionnaire. De Maurras à Houellebecq.

Le style au service des idées de la réaction

L'opposition à la réification - de l'argent, du sexe -  est un trait d'union reliant de nombreux auteurs réactionnaires, H. P. Lovecraft autant que Michel Houellebecq, pour qui les êtres humains sont réduits à leur "efficacité économique et leur potentiel érotique". Pour Vincent Berthelier, ce qui distingue les auteurs réactionnaires aux auteurs progressistes formulant la même critique, c'est la réponse à cette réification : "chez Houellebecq, la réponse à la réification réside dans un appel au retour d'une autorité morale. Houellebecq, dans ses derniers écrits publics, parle de la restauration souhaitable de l'église catholique. Et dans le diagnostic, la cause de cette réification est trouvée dans des mouvements comme mai 68' et pas simplement l'exploitation capitaliste." Si l'ironie est une constante de l'œuvre de Houellebecq "il faut envisager l'ironie non comme le contraire de ce qu'on pense; mais comme un degré d'adhésion. On offre des catégories pensables, des imaginaires qui sont possibles."

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À l'origine du style réactionnaire, le penseur du nationalisme intégral, Charles Maurras, entretient lui un rapport d'inimitié avec l'ironie. Maurras s'oppose également à un style ornemental : "pour Maurras, faire du style pour le style, c'est quelque chose de détestable, c'est de l'esthétisme, c'est ce qu'il appelle de la calligraphie. Dans la perspective de Maurras, le style doit être une manière efficace de s'exprimer et d'exprimer clairement sa pensée, en l'occurrence une pensée réactionnaire, nationaliste et royaliste."

Des exceptions stylistiques dans la galerie réactionnaire

Louis-Ferdinand Céline, qui est identifié comme nul autre à une littérature réactionnaire, fait en fait figure d'exception de par son style oral, explique Vincent Berthelier : "cette situation, qui s'explique aussi en soi par le fait que Céline est un très grand auteur dans le panthéon littéraire, elle masque un peu la réalité de l'histoire littéraire qui est que la plupart des écrivains réactionnaires n'écrivent pas comme Céline, et au contraire sont tributaires de Maurras, de l'Action française et ont une pratique du style beaucoup plus classique et moins transgressive."

Plus tard, c'est Renaud Camus, aujourd'hui identifié à la thèse complotiste du "Grand Remplacement" qui étonnera par la diversité de son œuvre, tantôt nourrie de l'avant-garde, tantôt des grands noms réactionnaires. Vincent Berthelier : "ce qu'on lit de lui aujourd'hui n'est qu'une très petite partie de sa production. Renaud Camus est un auteur extrêmement prolifique, et si on lit ses romans des années 70 ou 80, on tombera sur des productions littéraires tributaires de toutes les inventions langagières du structuralisme ou du Nouveau Roman, dont Renaud Camus propose une synthèse radicalisée tout à fait surprenante."

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