Fake news
Fake news ©Getty - John Lamb
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Hier, la commission « Lumières à l’ère numérique » rendait son rapport de lutte contre la désinformation au président Emmanuel Macron.

Avec
  • Romain Badouard Maître de conférences et chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris II Panthéon-Assas
  • Jean Garrigues historien, président du comité d'histoire parlementaire, membre de la commission "Les lumières à l'ère numérique"

Les membres de la commission « Les lumières à l’ère numérique » créée il y a trois mois, ont rendu hier leur rapport au président Emmanuel Macron. Il est question de lutte et de prévention contre les fausses informations dans la période propice à leur diffusion que représente la campagne présidentielle.

En 2017, Emmanuel Macron dénonçait déjà l’influence que la désinformation pouvait avoir sur les élections, en particulier lorsqu’elle est générée par des États étrangers. Cinq ans plus tard, et deux ans après le début de la pandémie, le même problème est posé, mais il prend désormais un nouveau visage, avec de nouveaux canaux de diffusion.

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Comment la pandémie a-t-elle insufflée une nouvelle ère de la désinformation ? Quelles menaces les fausses nouvelles représentent-elles pour les démocraties ? Nous en parlons ce matin en compagnie d’une des membres de la commission, l'historien Jean Garrigues, et du chercheur en science de l’information et de la communication, Romain Badouard.

Un rapport attendu en période de crise sanitaire

Un vague d'"infodémie" a accompagné la propagation du coronavirus dans le monde. Néologisme proposé par l'OMS, l'infodémie englobe les fausses informations concernant le covid-19, comme une partie des discours anti-vaccins.

Notre démarche est une recherche dans la confrontation des points de vue en essayant d’aller vers un discours de compétences, d’expertise et en essayant de confronter les idées avec la réalité des faits. Ce qui nous pose problème c’est la tentation pour les réseaux sociaux de privilégier ces discours en empêchant leur confrontation avec le réel et la science. Jean Garrigues

Sur les réseaux sociaux les discours anti-vaccin sont privilégiés, créant un déséquilibre réel par rapport à la recherche de la vérité scientifique. Lorsque ces discours sont en décalage absolu avec les faits et la réalité, alors il faut les contourner. Non pas les interdire mais les expliquer, donner les moyens à ceux qui les reçoivent de savoir qu’il y a une vérité scientifique. Jean Garrigues

Doit-on parler d’une sur-représentation des discours complotistes ou d’une confrontation de points de vue ?

Le mouvement antivax ne peut pas être résumé à une seule exposition à de la désinformation, même si elle existe. Ce qui change avec les réseaux sociaux, c’est la question de la confrontation à des arguments contradictoires. La manière dont l’information est diffusée repose sur la préférence de leurs usages. En fonction de notre historique de recherche par exemple, ils vont nous proposer des contenus qui ressemblent à ce qu’on connaît déjà. Plus je consomme des contenus qui vont dans un seul sens, plus on m’en proposera. Dans le cadre de la crise sanitaire on a vu des plate-formes mettre en place des mécanismes d’information spécifiquement sur ces questions sanitaires. Romain Badouard

Sur la difficulté de légiférer sur la question :

La loi contre la manipulation des l'information est complexe à mettre en œuvre et elle pose des questions d’ordre philosophique sur la légitimité de ceux qui se prononcent sur la réalité d'un événement. L’État n’est pas le levier le plus puissant pour lutter contre la désinformation, il y a aussi le marché publicitaire, les plate-formes, l’éducation au média , etc. Tous ces leviers sont nécessaires. Romain Badouard