L'Institut Pasteur de Paris
L'Institut Pasteur de Paris
L'Institut Pasteur de Paris ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
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Résumé

L’année prochaine nous fêterons le bicentenaire de la naissance de Louis Pasteur. Comment la recherche scientifique a-t-elle avancé depuis 200 ans ? Nous en parlerons avec le directeur général de l’Institut Louis Pasteur, le professeur Stewart Cole.

avec :

Stewart Cole (Directeur général de l'Institut Pasteur).

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En 2022 nous fêterons le bicentenaire de la naissance de Louis Pasteur, figure incontournable de la recherche scientifique à qui l’on doit entre autre la découverte du vaccin. Désormais considéré comme la solution privilégiée pour lutter contre la pandémie du Covid-19, le vaccin, et le travail scientifique en général, sont plus que jamais liés au progrès social. 

Marqué par un premier échec dans le développement d’un vaccin contre le Covid-19 ébranlant jusqu’à sa réputation, l’Institut Pasteur n’a pas dit son dernier mot dans la course et poursuit ses travaux autour de deux vaccins en phase pré-clinique. Quel est aujourd’hui l’héritage de Louis Pasteur dans le domaine de la recherche ? Et dans notre société, plus que jamais dépendante de la science ? Pour en parler, notre invité est Stewart Cole, Directeur Général de l’Institut Pasteur et microbiologiste spécialiste de la tuberculose et de la lèpre.

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Les limites du vaccin contre le Covid-19 de l'Institut Pasteur

Nous avons commencé des recherches contre le covid-19 dès l’annonce par le gouvernement chinois de cette nouvelle maladie. Nous voulions alors utiliser un système de plate-forme et le candidat le plus avancé était celui du vaccin contre la rougeole. Une plate-forme est un outil générique qu'on peut utiliser pour différente maladie.

Le vaccin contre la rougeole est l’un des plus vieux au monde, utilisé en milliard de doses, facile à produire et très peu couteux. En modifiant le génome du virus de la rougeole, on peut insérer des gènes issus du SARS-CoV-2, ce qui a été fait à l’Institut Pasteur.

La plate-forme rougeole a donné lieu à une série de candidats, l’un d’eux a été sélectionné, et il a fait l'objet d'un essai clinique. Cet essai clinique du vaccin a été réalisé de A à Z, il n'avait pas d'effets secondaires mais son immunité n'était pas suffisante pour aller plus loin.

Les pistes thérapeutiques

Il y a des anticorps monoclonaux capables de neutraliser le SARS-CoV-2 et une de nos équipes en a identifié un issu d’un sujet convalescent. Il est capable d’inactiver la souche classique du SARS mais également les nouveaux variants. [...] Les monoclonaux utilisés par Trump ne sont pas actifs contre les variants, alors que le nôtre est capable de les inactiver.

C’est une technologie utilisée couramment en oncologie pour le traitement du cancer, mais peu utilisée en infectiologie. Cela pourrait être une technologie révolutionnaire pour le traitement des maladies infectieuse, mais à ce stade c’est extrêmement couteux. 

Cependant, le coût est appelé à baisser avec le temps et les économies d’échelle. Je suis extrêmement optimiste dans le rôle des anticorps monoclonaux dans la lutte contre les maladies infectieuse, voire contre le coronavirus.

Pour une campagne de vaccination mondiale

Il y a des variations car beaucoup de gens sont infectés et plus la population est grande plus il y aura de variants.

Je suis optimiste pour vaincre la pandémie si nous arrivons à implémenter la vaccination à une échelle mondiale. Je crois qu’il est essentiel que tout le monde soit vacciné pour éviter des zones où le virus reste et perdure.

Je ne suis pas capable de dire combien de temps cela va prendre, mais si on a une campagne de vaccination large et efficace, nous maitriserons la pandémie.

Les sociétés pharmaceutiques sont en train de construire de nouveaux vaccins qui portent les mutations caractéristiques des nouveaux variants. Il y a de grands espoirs pour que la deuxième génération de vaccin soit plus efficace contre les variants.

Les conséquences du Covid-19 sur les autres maladies infectieuses

Le covid 19 a eu un impact sur beaucoup de maladies infectieuses. Pendant la première vague le nombre de cas déclarés de tuberculose en Afrique du Sud, en Russie, en Inde et en Chine a remarquablement diminué. C’es parce qu’on avait besoin de toutes les ressources humaines pour lutter contre le Covid-19. 

Nous risquons de voir apparaître de nouveaux problèmes et l’OMS prédit qu’avec ces interruptions, il y aura une hausse de ces maladies. Nous reviendrons au niveau de 2012, soit la perte de huit ans de travail.

Vers un traitement personnalisé du cancer

Il y a eu beaucoup d’avancées avec les anticorps monoclonaux dirigés contre des zones spécifiques et capables d’empêcher le développement de cellules cancéreuses. [...] C’est un traitement très efficace mais très couteux.

En oncologie, il y a eu beaucoup de progrès grâce au séquençage des génomes. Nous sommes maintenant capables d’identifier des mutations associées à des cancers comme celui du sein ou de la prostate. Avec ces connaissances, nous pouvons développer des traitements personnalisés.

Evidemment, je ne suis pas contre le progrès, mais ça me laisse un peu perplexe. C’est un traitement pour les pays riches et nous avons beaucoup de problèmes en santé globale dans les pays en développement. Il faut pouvoir développer un traitement avec un impact plus large sur la société, mais les deux approches sont importantes.

Les thérapies géniques commencent à remplir les promesses initiales, mais cela fait plus de trente ans qu’on travaille dessus. En recherche scientifique, il faut être patient.