Pierre Lemaitre
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Pierre Lemaitre ©AFP - RAUL ARBOLEDA
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Résumé

Dans "Le Grand Monde", qui emprunte largement au polar, Pierre Lemaitre imagine le destin d’une famille à l’orée des Trente Glorieuses et raconte la France de la colonisation.

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Pierre Lemaitre (romancier, scénariste).

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Dans sa trilogie "Les Enfants du désastre", Pierre Lemaitre racontait l’entre-deux-guerres et les Années folles. Avec succès : le premier tome, "Au revoir là-haut", lui avait valu le Goncourt en 2013, et avait été adapté au cinéma.

"Le Grand monde", son dernier roman, inaugure une nouvelle saga, tournée vers les Trentes glorieuses. On y découvre le destin d’une famille dans une France confrontée à la décolonisation.

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Corruption politique, développement de la presse et de la société de consommation, mouvements sociaux… Lemaitre ancre sa fiction dans la réalité historique, jonglant avec les codes des classiques, de Maupassant à Zola, et du roman policier, de Manchette à Simenon.

En filigrane, son travail ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur le langage comme sur la morale. Lemaitre s’impose comme un auteur majeur d’une littérature populaire et exigeante.

L'après-guerre de 39-45 et la guerre d'Indochine

Alors qu' « Au revoir là-haut » avait pour scène l’après-guerre 14-18, « Le Grand Monde » se situe dans l’après-guerre de 39-45.

J’aime bien prendre les évènements de biais et de côté. La Première Guerre mondiale, je l’avais traitée dans le rétroviseur, qui me semblait être un peu l’angle mort des historiens. Il y a avait là une fenêtre narrative intéressante. Et en étudiant les Trente Glorieuses j’ai été beaucoup frappé par le fait que l’après-guerre, qui débute cette période, ne corresponde pas du tout à l’idée que l’on se fait de cette période.

La grande guerre de référence des Trente Glorieuses, c’est la guerre d’Algérie. La guerre d’Indochine est doublement oublieé, d’une part parce que la guerre d’Algérie fait obstruction, et d’autre part parce que c’est une guerre de professionnels et non pas de conscription.

Une saga familiale chorale

Dans ce roman Pierre Lemaitre nous fait suivre la famille Pelletier entre trois villes, Beyrouth, Londres et Paris. Le père, Louis, tient une entreprise de savon et les trois enfants vont tous vivre des aventures liées au contexte politique postérieur à la Libération. Cette famille est une occasion pour faire un roman choral de l’après-guerre avec un journaliste, un homme au mariage malheureux, un autre qui veut retrouver son amour légionnaire parti en Indochine…

La grande difficulté si vous voulez faire une saga familiale est d’avoir des lignes narratives qui vont suivre chaque personnage sans que ces personnages restent dans leur couloir de nage. Il est intéressant de porter chaque personnage mais aussi de ménager leurs croisements. D’autant que je veux qu’ils soient distanciés jusqu’au deux tiers du roman car ils vont ensuite être réunis par un secret de famille.

Le thème de l’arnaque dans l’affaire des piastres

On découvre des thèmes chers à Pierre Lemaitre, notamment celui de l’arnaque, des arnaqueurs et d’un rapport malhonnête ou malicieux à l’argent. Dans « Au revoir là-haut », il s’agissait de vendre des noms sur des monuments au morts, ici l’arnaque est véridique et il s’agit de l’affaire des piastres.

C’est une arnaque étatique et non pas l’œuvre de quelques filous qui se seraient glissés dans les interstices d’un système. C’est un système basé sur la piastre et le franc. À Noël 1945, le père Noël arrive et décide que la piastre, qui valait environs huit francs, en vaudra le double. Si vous envoyez des piastres en France, votre somme double, et si vous faites revenir l’argent une deuxième fois à Saigon et que vous recommencez, vous avez quadruplé votre fortune. Le capitalisme a inventé le mouvement perpétuel.

Le romancier est un prestidigitateur, il va tromper son lecteur pour le plaisir du lecteur. L’arnaque est agréable à regarder quand on n’en est pas la victime. On est séduit par quelque chose d’immorale et cette ambivalence nous réjouit toujours un peu.

On rentre dans une période où l’argent va être roi. Je ne vais pas faire un Balzac aux petits pieds mais enfin c’est quand même un des moteurs de cette époque et donc il est normal que ce soit un moteur de l’action.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Elodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation