Maggie Nelson assiste à la remise des National Book Critics Circle Awards 2016
Maggie Nelson assiste à la remise des National Book Critics Circle Awards 2016
Maggie Nelson assiste à la remise des National Book Critics Circle Awards 2016 ©AFP - ANDREW TOTH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Maggie Nelson assiste à la remise des National Book Critics Circle Awards 2016 ©AFP - ANDREW TOTH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Maggie Nelson assiste à la remise des National Book Critics Circle Awards 2016 ©AFP - ANDREW TOTH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
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Résumé

Ce matin nous parlons de la liberté et de ses pratiques avec la poétesse et essayiste américaine Maggie Nelson.

avec :

Maggie Nelson (Poètesse, essayiste).

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C’est un livre qui vient de loin, une envie d’écrire sur la liberté depuis des années. Il faut dire que le sujet n'est pas aisé : "Une partie du problème réside dans le mot, dont la signification n'a rien d'une évidence ni d'un consensus" écrit Maggie Nelson au début de son ouvrage "De la liberté - quatre chants sur le soin et la contrainte". Dans ce livre, elle interroge le rapport de notre époque à la liberté à travers quatre domaines : l'art, le sexe, la drogue et le climat.

Maggie Nelson est poétesse, essayiste, critique d'art américaine et professeur à l'université de Californie du Sud. Nous pouvons lire ses oeuvres aux Éditions du sous-sol où elle a publié notamment "Les Argonautes", "Bleuets", Jane, un meurtre" et "Une partie rouge" et prochainement "De la liberté - quatre chants sur le soin et la contrainte".

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Écrire sur les pratiques de la liberté

Écrire sur la liberté pour Maggie Nelson, c’est écrire sur le temps et au présent. C’est se défaire du futur révolutionnaire qui n’adviendra jamais et du passé idéalisé qui n’a probablement pas eu lieu en ces termes.

En tant qu’auteur, je me suis toujours méfiée de toutes ces pensées nostalgiques qui regardent vers l’arrière, vers un jardin d’Eden utopique qu’on aurait perdu, ou qui visent un futur révolutionnaire. Ce qui m’intéressait c’est que le discours sur la liberté prend toujours des accents très nobles, et présente la liberté comme toujours à venir, ce qui peut provoquer une déception pour nous qui vivons dans le présent.

Parmi toutes les références qu'elle convoque, Foucault occupe une place centrale, notamment en ce qu’il distingue libération et pratiques de la liberté.

Foucault ne rejette pas la valeur des moments de libération mais insiste sur les pratiques de la liberté. Il y a tous ces changements qui ne sont pas forcément à grande échelle mais qui permettent de rendre la vie plus vivable. Il ne s’agit pas forcément d’une grande rupture révolutionnaire.

La liberté et le care

Selon elle, écrire sur la liberté, c’est écrire sur le soin et le souci des autres. Elle regrette notamment les dégâts que cause une idée trop individualiste de la liberté et invite à distinguer la liberté de s'occuper des autres, de l'obligation de s'occuper des autres.

On entend s’élever des discours sur le soin qui apparaissent en opposition avec les libertés individuelles, comme si on opposait liberté individuelle et soin collectif. En tant que féministe, j’ai participé aux débats sur l’intérêt qu’il y aurait à féminiser, à élever le discours sur le soin. C’est une fausse opposition que d’opposer la contrainte et la liberté. Je voulais dépolariser cette opposition que je ne trouve pas productive.

Un livre en "chants"

Dans le titre de son livre, "De la liberté - quatre chants sur le soin et la contrainte", le terme de "chants" remplace l'idée de "chapitres".

J’aime les titre qui disent déjà quelque chose du projet du livre ou de son format en dehors des considérations littéraires. Je compose mon écriture en orchestrant les voix de plusieurs personnes, d’autres universitaires, d’autres penseurs, et en faisant ensuite ressortir mon son et mon argumentation qui me différencient d’eux ou qui s’accordent à eux. C’était vraiment un processus de "on appelle, on répond" donc le terme de "chants" s’appliquait bien là.

Regards sur l’actualité

Maggie Nelson partage son regard sur les évolutions qu’il y a eu depuis la période de libération sexuelle en se plaçant du côté des pratiques de la liberté.

Je suis un peu partagée. D’un côté, je trouve que des choses extraordinaires se sont produites en terme de libération sexuelle, notamment pour les femmes et les queers, mais aussi pour les hommes. Mais d’un autre côté, du moins aux États-Unis, le fait même que cette année on risque d’interdire le droit à l’avortement nous rappelle douloureusement qu’on ne fait pas toujours des progrès, qu’il y a des moments de retour en arrière et de régression.

Des lois sur l’obligation du consentement sont en préparation aux États-Unis. En tant que personne queer, je me méfie toujours du juridique. Ces lois votées, quand ça deviendra une obligation, il faudra bien regarder quels genres de sexualité on codifiera comme légales et acceptables et les formes de sexualité qui ne le seront pas.

À propos de la crise climatique, Maggie Nelson évoque le rôle que l'art peut jouer.

Personnellement, je ne pense pas que l’art puisse nous aider à penser notre avenir politique. Je pense qu’on ne peut pas l’exiger ou le penser. Il peut le faire quand on arrête de lui demander de jouer ce rôle.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Elodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation