L’Italie est-elle encore hantée par le spectre de Mussolini ?

Benito Mussolini arguant la foule
Benito Mussolini arguant la foule ©Getty - Fox Photos
Benito Mussolini arguant la foule ©Getty - Fox Photos
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Pour Antonio Scurati, "les Italiens n’en ont toujours pas fini avec le fascisme". Le 21 novembre, l'écrivain italien s'est vu décerner le prix du Livre Européen pour son roman documentaire "M, l’homme de la providence" (Les Arènes). Entretien.

Avec
  • Antonio Scurati Professeur de littérature comparée et d’écriture créative

"Les Italiens n’en ont toujours pas fini avec le fascisme" selon l’auteur Antonio Scurati. Son dernier livre revient sur la figure du dirigeant fasciste Benito Mussolini, "un fils du peuple" arrivé au pouvoir en 1922 après avoir mené "la Marche sur Rome" aux côtés de milices.

Le poids du fascisme sur la société italienne contemporaine

"C’est un roman documentaire dont l’écriture est motivée par ce besoin de rendre l’Histoire sentimentale, explique Antonio ScuratiAujourd’hui, nous sommes peu capables de regarder au-delà d’une immédiateté, d’une vision au jour le jourL’art de la politique a tendance à disparaitre puisqu’on ne pense plus sur le long terme. Mon roman est historique et très documenté car je me sentais obligé de rester fidèle aux événements historiques. Je raconte comment Mussolini installe sa dictature, comment il spolie le pays et le peuple de ses libertés civiles et politiques tout en rendant son totalitarisme séduisant aux yeux des classes modestes."

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Un homme du peuple passé du socialisme au fascisme

Dans les années 1920, les Italiens voient Mussolini comme "un semblable" : "le fascisme a frappé l’Italie et lui a fait endurer une expérience du totalitarisme mais l’a aussi, sur plusieurs aspects, séduite. Mussolini est le premier fasciste, mais il est aussi l’un des premiers populistes."

Appliquée à "un courant de pensée extrême, la politique devient quelque chose de mystique." Mussolini va alors cultiver "l’antipolitique" et "construire un nouveau monde" pour l’Italie du XXe siècle. Le dirigeant fasciste "suit les massess’imprègne de leur humeur, de leurs peurs, et sait souffler sur les braises" populistes, souligne Antonio Scurati.

Le fascisme, terreau du masculinisme et de la haine du bourgeois

Mussolini a été marié et a eu une maîtresse, utilisant les femmes pour accélérer sa carrière politique. Il n’hésitait pas à faire écrire ses discours par l’une d’elles, de religion juive et plus cultivée que lui, issu d’un petit village modeste. Son rapport aux femmes était intéressé : "Mussolini était un homme machiste, aucun doute là-dessus. La femme était pour lui un instrument de plaisir immédiat qu’il fallait consommer et abandonner pour se dédier à autre chose. Sa maîtresse l’aidait culturellement, lui présentait la haute société. Il l’a utilisée tant qu’elle était utile. Ensuite, il l’a larguée" résume Antonio Scurati.

Même si Mussolini a pris le pouvoir "grâce au financement de la grande bourgeoisie italienne, il se réfère beaucoup à « la corruption par l’argent, au bourgeois bedonnant qui ne pense qu’à son profit. Cela trouve son origine dans la période socialiste de Mussolini. Il est né dans un tout petit village, est le fils d’un forgeron révolutionnaire et monte au front de l’Histoire avec énormément de violence. Le jour où il tient du roi d’Italie l’autorisation de créer un gouvernement, il est âgé de 39 ans, c’est le plus jeune dirigeant européen de l’époque".

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