Régis Debray ©Getty - Eric Fougere
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Résumé

Les trois quarts des français meurent désormais à l’hôpital, à l’abri des regards.

avec :

Régis Debray (Philosophe et écrivain.).

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Plus d’un tiers des Français choisissent la crémation et épargnent donc à leurs proches d’avoir à fréquenter des cimetières qui se sont de toute façon éloignés des villes pour aller là où les transports en commun passent rarement. Hier veillés et célébrés, nos morts sont désormais discrètement et rapidement évacués. Tels les soldats malchanceux tombés au matin de l’armistice, ils nous gênent et nous affligent d’autant plus qu’ils manquent de peu l’immortalité que les prophètes du transhumanisme nous promettent pour demain. La mort se meurt dans l’euphorie générale, mais il faudra peut-être un jour la réhabiliter à titre posthume.

En savoir plus : La mort
5 min

Je suis de plus en plus sensible à l’amitié et de moins en moins sensible aux idées. 

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La mort concentrationnaire dépasse l’imagination. C’est l’Histoire qui vous dévore, une mort dont on est irresponsable. C’est ce qu’il y a de plus atroce car la mort il faut l’apprivoiser, la personnaliser. Je ne vois pas dans quel récit inscrire cette mort. Or aujourd’hui nous n’avons plus de grands récits. 

Le point commun de toutes les religions est de considérer que la mort n’est pas la fin. Or aujourd’hui on considère qu’il n’y a plus d’après. 

Après la mort de l’âme la science tente de trouver l’immortalité du corps, pour nous consoler. On mourrait plus jeune mais il y avait l’au-delà. Aujourd’hui on vit jusqu’à 80 ans mais on perd l’éternité : avouez que ça rétrécit. 

Le discours transhumaniste est une sorte de SAMU mental. Il n’y a plus d’espérance, on en crée de nouvelles. 

Si la biotechnologie me donne un rab de soleil je ne suis pas contre, mais je pense que la mort mérite autre chose : la reconnaissance. La mort crée une communauté de mémoire, elle regroupe les gens, les prolonge dans le temps. 

L’idée d’un mémorial pour les victimes du terrorisme est excellente. Il faut inscrire les noms des morts. Rien n’est plus terrible qu’une dépouille anonyme. 

En savoir plus : Le premier mort
27 min
Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
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Production
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
David Jacubowiez
Réalisation