Taïwan : contre la Chine, une démocratie numérique radicale

Audrey Tang, ministre du Numérique de la République de Chine, s'exprime sur scène lors de l'événement Taiwanese Innovation, New York, Septembre 2022 ©Getty
Audrey Tang, ministre du Numérique de la République de Chine, s'exprime sur scène lors de l'événement Taiwanese Innovation, New York, Septembre 2022 ©Getty
Audrey Tang, ministre du Numérique de la République de Chine, s'exprime sur scène lors de l'événement Taiwanese Innovation, New York, Septembre 2022 ©Getty
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Programmeuse, entrepreneuse, ancienne hackeuse civique, Audrey Tang est depuis 2016, ministre des Affaires numériques à Taïwan. Elle défend une vision délibérative, radicalement transparente et en open-data de la démocratie dans son pays...

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  • Audrey Tang Ministre des affaires numériques de Taïwan

À Taïwan, une nécessité de penser démocratie et digitalisation ensemble

« À Taiwan, la démocratisation et le réseau Internet sont arrivés en même temps, explique Audrey TangNous avons eu nos premières élections en 1996 et déjà toutes les campagnes avaient un système d'information sur Internet. Donc, dès le départ, dès le début de la démocratisation de Taïwan, l'imagination ne se limitait pas aux petites bandes passant à la radio ou à une façon de voter. Tous les quatre ans, il y avait quelque chose de nouveau, beaucoup plus puissant et un continuum de démocratie sur Internet. Par exemple, le budget peut se voter en direct en ligne. Il y a des consultations citoyennes tout le temps en ligne. Et ça, c'est arrivé à la fin du dernier siècle. Et puis à Taïwan, les mots sont les mêmes, c'est le même caractère chinois pour décrire la digitalisation et la démocratie. »

Internet, un outil de répression ou de démocratisation ?

« Il est évident que si l'on veut se servir de la transparence pour autre chose, on peut détourner le propos de l'Internet, constate Audrey Tang.  À Taïwan, on reste transparent. Mais dans d’autres pays, lorsqu'on parle de transparence on veut en fait que le citoyen soit parfaitement visible de l'État, et c'est de la surveillance. La technologie peut être utilisée à des fins complètement contraires. Il faut quand même faire le distinguo entre les réseaux sociaux qui servent un intérêt utile pour la société et d'autres qui visent des intérêts particuliers, estime la ministre. À Taïwan, le grand réseau social mène depuis 25 ans des campagnes qui accompagnent le système universitaire éducatif, tout en open-source, c'est-à-dire que tout le monde peut y participer. Il n'y a pas de publicité, il n'y a pas d'intérêts privés et ce n'est pas l'Etat qui contrôle quoi que ce soit. Donc sur ce réseau PTT, une gouvernance collaborative nous permet d'éviter justement le harcèlement ou la polarisation de la société. »

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Les GAFA doivent-ils définir les normes sur internet  ?

« Les gens ont recours aux GAFA et s'imaginent que les GAFA, c'est la norme, déplore Audrey Tang. Mais à Taïwan en tout cas, à partir de 2018, on s'est rendu compte que les mécanismes de fact-checking étaient contournés par des puissances extérieures qui achetaient de la publicité sur Facebook ou sur d'autres plateformes, parce qu'il y avait une norme qui était définie par les GAFA. Mais notre propre norme de transparence, nous l'avons définie. Il faut se défendre contre ces influences extérieures. C'est un peu comme les négociations commerciales. Finalement, si vous avez déjà un soutien local de la population, les agents extérieurs devront bien négocier avec vous. Et c'est ce qui s'est passé également avec la société Uber qui est devenue une banque, une société, une plateforme de taxis à Taïwan. »

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