Un an après : la société au stéthoscope. Avec Emmanuel Hirsch et Céline Lefève

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Bonheur, éthique, responsabilité, soin ou discipline... Tout a changé dans le monde de demain.

Avec
  • Céline Lefève maîtresse de conférences en philosophie, codirectrice de l'Institut La personne en médecine à l'Université de Paris.
  • Emmanuel Hirsch Professeur d'éthique médicale à la faculté de médecine de l'université Paris-Saclay

Le premier confinement c’était il y a un an. Et depuis comment allons-nous ? La crise sanitaire a posé de nouvelles questions éthiques sur notre rapport à la maladie, à la mort et à la vie entre générations. La société est-elle plus unie qu’avant ? Comment tirer les leçons de cette année inattendue ? 

Ce matin nous passons la société au stéthoscope avec le professeur d’éthique médical  Emmanuel Hirsch, qui sera rejoint par la maîtresse de conférences en philosophie à l'Université de Paris, Céline Lefève.

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Les ratés du gouvernement en un an de crise

Le premier constat un an après, c’est une perte dans la faculté de se concerter. Le deuxième constat c’est ce gouvernement solitaire où le chef de l’État décide tout et de tout. Pourtant, la société ne se réduit pas au conseil de sécurité sanitaire. Emmanuel Hirsch

Aujourd’hui il y a des figures un peu incantatoires, charismatiques, il y a une mise en scène qui s’est organisée alors qu’on aurait pu cadrer les choses dès le début, si on avait été soucieux d’une information sérieuse. Emmanuel Hirsch

On ne peut que constater cette centralisation des décisions. Cela pose le problème de la décision démocratique et collective autour des enjeux sanitaire et de soin. Céline Lefève

Un échec démocratique ?

Ce qui est en cause c’est l’administration, pas l’État. Les procédures et les protocoles sont imposés par l’administration. L’État aujourd’hui c’est une personne qui prend les décision. La loyauté, la transparence, la concertation : la vie démocratique est importante pour éviter la défiance. Emmanuel Hirsch

Un an après, on parle à nouveau du confinement. Il y a quelques jours, on nous promettait la délivrance et aujourd’hui on nous dit l’inverse de façon sinueuse. Emmanuel Hirsch

Ce que je reproche à la gouvernance c’est qu’elle n’a pas anticipé dès le départ qu’on s’installait dans le le long terme. Comment après le premier confinement a-t-on accompagné les Français ? Emmanuel Hirsch

Aujourd’hui, il faut que nous nous mobilisions et que nous fixions un projet de société à un gouvernement qui est épuisé après un an de confrontation à un virus qui déjoue les stratégies. Emmanuel Hirsch

Affronter la pandémie comme une maladie chronique

L’une des difficultés que l’on a avec le Covid-19 est de nous en saisir collectivement comme d’une maladie chronique. Il a fait irruption, a créé une rupture, une crise, et pourtant ça fait un an que ça dure. Les historiens, épidémiologistes et anthropologues disent que ça va prendre du temps pour y répondre. Je crois qu’on a du mal à comprendre que globalement et socialement on est entré dans une maladie chronique. Céline Lefève

Une maladie chronique est une expérience de vie qui nécessite l’espoir et ça se construit moralement et politiquement pour garantir que les moyens soient donnés pour le soin dans la société. Céline Lefève

Le soin est un engagement, un mouvement vers autrui, une relation d’engagement envers l’autre et cet engagement manque aujourd’hui. Céline Lefève

On a l’impression que le discours et les décisions politiques ne prennent pas en compte cette temporalité longue comme s’il s’agissait seulement d’une crise aiguë. Céline Lefève

Comment se préparer à la veille d'une troisième vague ?

Je pense qu’on n'est pas encore assez dans un projet de société. On ne comprend pas qu’il faut faire avec les difficultés qui s’imposent dans cette pandémie. Elle va s’installer durablement et demande de l’inventivité, des ressources, face aux problèmes des personnels de santé et des personnes atteintes. Céline Lefève

On n'en est pas encore à cette préparation, cette anticipation, on est encore dans la réactivité. Il faut arriver à préparer l’évitement de la catastrophe, de la saturation et du triage. Il ne s’agit pas de tout critiquer mais d’arrêter avec les logiques de l’année dernière. Céline Lefève

On n’arrive pas à faire une critique commune avec des débats toujours oppositionnels dans une société divisée. On n’a pas voulu voir qu’une crise demande de faire des choix dans un conflit de valeurs et au lieu de poser ce conflit de valeurs, grâce à la culture par exemple, au lieu de les expliciter et de choisir de manière délibérative et politiquement démocratique, on se monte les uns contre les autres. Et ça va laisser des traces durables. Céline Lefève

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