Julien Bayou de EELV, Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens de LFI assistent au lancement du Parlement de la Nupes à Paris le 30 mai 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
Julien Bayou de EELV, Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens de LFI assistent au lancement du Parlement de la Nupes à Paris le 30 mai 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
Julien Bayou de EELV, Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens de LFI assistent au lancement du Parlement de la Nupes à Paris le 30 mai 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
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Résumé

Alors que deux figures de la gauche se sont retirées après avoir été accusées de violences envers leur compagne, comment notre seuil de tolérance vis-à-vis de nos représentants évolue-t-il ?

avec :

Laurence Rossignol (Sénatrice PS de l'Oise et ancienne ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes), Geneviève Fraisse (Philosophe, Directrice de recherche émérite au CNRS).

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Prôner la cohérence entre le discours et les comportements

Laurence Rossignol, en revenant sur différentes affaires de violences sexistes et sexuelles, en l'occurrence celle concernant Adrien Quatennens qui s'est mis en retrait de la France Insoumise après la révélation de violences commises envers sa compagne, et Taha Bouhafs retiré de la course aux législatives après des comportements dénoncés auprès de la commission dédiée à la France insoumise, insiste sur la recherche de cohérence en politique. Pour la vice-présidente du Sénat, il faut qu'il y ait "une cohérence entre le dire et le faire" : "Mon but c'est que les violences faites aux femmes cessent, que le combat politique soit collectif, que les hommes et les femmes le mènent, et que nous ne fassions pas la "grande purge" mais que nous soyons cohérents avec ce que nous proposons aux Français."

Sur la question de la position de la gauche politique par rapport à l'enjeu de la lutte contre les violences faites aux femmes, Geneviève Fraisse explique que " si la gauche est la plus en alerte, c'est parce qu'elle est la plus consciente que c'est de l'égalité dont il s'agit tandis qu'à droite, au fond, on peut faire une hiérarchie ; (...) tandis que la gauche va penser le "pour toutes" et c'est ce qui la rend d'autant plus fragilisée par ce qui lui arrive, y compris aujourd'hui."

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Écrire un code de déontologie

La membre du Parti Socialiste, Laurence Rossignol, insiste sur la nécessité d'écrire un code de déontologie dans la mesure où il faut un cadre commun pour définir ce qui est "acceptable et ce qui ne l'est pas" en s'appuyant notamment sur des associations : "J'appelle tout le monde à ce qu'on rédige un code de déontologie. (...) Je propose que nous rassemblions les partis qui ont inscrit dans leur charte et leur déclaration de principes (...) qu'ils sont des partis féministes. Ceux qui ne sont pas féministes, on verra s'ils veulent venir."

Questionnement sur la place du privé en politique

Pour la philosophe Geneviève Fraisse, la prise de parole des femmes avec le mouvement #MeToo est une rupture historique, mais qui a encore du mal à faire son chemin : "Ce n'est pas seulement une parole qu'on a libérée ; les femmes ont pris la parole. [Mais] et la libération de l'écoute ? C'est ironique de ma part de dire cela. Et pourquoi ils n'écoutent pas ? Ils ont pensé que c'était de l'ordre du privé. Aujourd'hui, on est en train de comprendre que le privé est politique."

"Une partie de ce qui a été longtemps considéré comme relevant de la sphère privée, (...) on a pendant des années minoré les questions de viol, on a renvoyé les questions de violences conjugales au foyer. (...) Dire que le privé est politique, c'est dire que ces questions doivent être traitées politiquement. Elles n'intéressent pas seulement les individus mis en cause mais le fonctionnement global de notre société" relève la vice-présidente du Sénat Laurence Rossignol pour compléter sur l'articulation entre le privé et la politique.

Sur la pensée féministe

Laurence Rossignol explique que "la pensée féministe est une pensée philosophique, et n'est pas simplement une somme d'émotions et d'indignations. Et c'est très important de le dire en ce moment, car nous sommes à un moment où le mouvement féministe (...) doit se penser en harmonie et en lien avec le reste des pensées qui sont celles de notre espace démocratique républicain." Geneviève Fraisse rappelle que le féminisme, c'est "la pensée du "pour toutes", la pensée de l'égalité".