Françoise Barré-Sinoussi a reçu le prix Nobel de médecine en 2008 pour sa découverte du VIH.
Françoise Barré-Sinoussi a reçu le prix Nobel de médecine en 2008 pour sa découverte du VIH.
Françoise Barré-Sinoussi a reçu le prix Nobel de médecine en 2008 pour sa découverte du VIH. ©Maxppp - LUCAS DOLEGA/EFE/Newscom/MaxPPP
Françoise Barré-Sinoussi a reçu le prix Nobel de médecine en 2008 pour sa découverte du VIH. ©Maxppp - LUCAS DOLEGA/EFE/Newscom/MaxPPP
Françoise Barré-Sinoussi a reçu le prix Nobel de médecine en 2008 pour sa découverte du VIH. ©Maxppp - LUCAS DOLEGA/EFE/Newscom/MaxPPP
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Résumé

Françoise Barré-Sinoussi est plus que la co-découvreuse du VIH, qui lui a valu le prix Nobel de médecine en 2008. Si Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, l'a choisie, c'est aussi pour tout ce que le rapport entre patients et médecins d'aujourd'hui doit à sa pratique.

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C'est un Panthéon d’anticipation que propose Nicolas Martin, producteur de la Méthode scientifique : Françoise Barré-Sinoussi, co-découvreuse du VIH, découverte pour laquelle elle a gagné le prix Nobel de médecine en 2008 - encore bien en vie aujourd'hui.

Pourquoi ce choix ? Premièrement, une femme au Panthéon, c'est rare. Deuxièmement, une scientifique, c'est encore plus rare. Et troisièmement, dans un contexte de pandémie, il est important de rappeler le travail essentiel fait sur le VIH, il y a maintenant 40 ans, et avec des moyens autrement plus réduits que ceux dont nous disposons aujourd'hui contre le Covid-19.

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Quand le président de la République disait, il y a un peu plus d'un an, que le Covid-19 était la pire crise sanitaire que le monde moderne ait connu, rappelons-nous que le VIH tuait 100% des personnes infectées ou quasiment, là où le taux de létalité du Covid-19 est autour de 0,5%.

Les conditions de la découverte

À l'époque, souvenez-vous, tout le monde faisait fausse route. On parlait de "cancer gay", les travaux sur les rétrovirus étaient rares, car on pensait qu'il s'agissait effectivement d'une maladie d'origine cancéreuse. À l'institut Pasteur, au sein de l'équipe de Jean-Claude Chermann, Françoise Barré-Sinoussi travaille, elle, sur les rétrovirus, mais en lien avec les cancers chez la souris.

Il y a bien sûr le génie de la découverte, quand tout le monde cherchait ailleurs ; comme toujours, il y a la petite part de chance, de hasard, inhérente à la recherche, qui conduit à l’identification du rétrovirus devenu le VIH-1 ; et la publication, le 20 mai 1983, dans la revue Science, de sa découverte, qui vaudra à Françoise Barré-Sinoussi le prix Nobel de médecine en 2008, avec Luc Montagnier.

Jean-Claude Chermann, Francoise Barré-Sinoussi, et Luc Montagnier à l'Institut Pasteur.
Jean-Claude Chermann, Francoise Barré-Sinoussi, et Luc Montagnier à l'Institut Pasteur.
© Getty - Michel Philippot

"Elle contribue donc à changer radicalement le rapport entre les soignants et les soignés"

Françoise Barré-Sinoussi ne s’est pas contentée de découvrir et d’identifier le VIH. Elle comprend très vite que face à cette épidémie nouvelle, touchant des parias de la société des années 80 (homosexuels, toxicos, prostituées…), la recherche et les progrès de la science ne peuvent se faire sans les patients. Et c'est une véritable révolution, car auparavant, les patients étaient considérés comme des ignorants face aux professeurs de médecine, qui eux sont les sachants.

Avec Françoise Barré-Sinoussi, et toute une nouvelle génération de jeunes chercheuses et chercheurs, les patients sont intégrés dans les protocoles de soins. Bien avant l'époque pré-Internet, ils deviennent des patients sachants en se renseignant et échangeant des informations, échanges qui s'étendent jusqu'aux États-Unis. Ils deviennent indispensables dans l’avancée de la recherche sur la maladie : c’est cette bascule qui change tout. Françoise Barré-Sinoussi deviendra d'ailleurs la présidente de l’association AIDES en 1987. Elle contribue donc à changer radicalement le rapport entre les soignants et les soignés.

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Et c’est cette même démarche humaniste qui va la conduire à s’impliquer de toutes ses forces dans l’accès au soin pour les populations délaissées et oubliées sur le continent africain, notamment au Gabon.

Ce lien avec les patients, cet humanisme forcené au moment où de nombreux médecins refusaient de travailler, par peur ou par détestation, avec les patients atteints du Sida, exclus, minoritaires, délaissés : c’est ce visage humaniste de la médecine qu’incarne Françoise Barré-Sinoussi. Et qui a changé, profondément, et jusqu’à aujourd’hui, le visage de la médecine moderne.

On lui souhaite évidemment la plus grande longévité, mais soyez sûr qu’elle a sa place aux côtés des grandes femmes et des grands hommes de la nation.

Nicolas Martin est producteur de La Méthode scientifique.

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