Léon Blum (1872-1950), chef du gouvernement sous le Front Populaire (1936-1937)
Léon Blum (1872-1950), chef du gouvernement sous le Front Populaire (1936-1937)
Léon Blum (1872-1950), chef du gouvernement sous le Front Populaire (1936-1937) ©Getty - Bettmann
Léon Blum (1872-1950), chef du gouvernement sous le Front Populaire (1936-1937) ©Getty - Bettmann
Léon Blum (1872-1950), chef du gouvernement sous le Front Populaire (1936-1937) ©Getty - Bettmann
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Résumé

C'est Léon Blum que Jean-Noël Jeanneney, producteur de Concordance des temps, a choisi de faire entrer au Panthéon parce que le chef du gouvernement sous le Front Populaire y a sa place - et pour des raisons qui dépassent largement notre actualité.

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Étant donné l’état de la gauche, qui est actuellement, au moins à court terme, un peu préoccupant pour elle, c’est le moins qu’on puisse dire, il me paraît bienvenu de redonner de l’éclat à de grandes figures qui l’ont illustrée depuis les débuts de la Troisième République. J’aurais pu songer à Léon Gambetta, mais son cœur est déjà au Panthéon, à Jean Jaurès, mais ses cendres y ont été transportées en 1924, au temps du Cartel des gauches, ou encore à Georges Clemenceau mais tout son être s’y serait refusé, et par conséquent il n’était pas question de le trahir post mortem de pareille façon. Donc, Léon Blum, oui, Léon Blum et je vais vous dire pourquoi je pense qu’il a sa place dans ce haut lieu de la nation - pour des raisons qui évidemment dépassent largement notre actualité.

Un homme de haute culture

Je pourrai insister sur sa vaste culture, qui s’est nourrie à toutes les sources de notre Occident, cette culture sans laquelle à vrai dire on ne voit guère dans l’Histoire de grande carrière d’homme d’État. Il en a irrigué, pendant un demi-siècle, son œuvre profuse de journaliste. Il en a prodigué la richesse au profit de ses auditoires populaires, sans jactance mais sans complaisance, en visant haut, toujours, pour honorer et pour servir.

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Bien sûr, et je vous rassure, je ne fais pas de Léon Blum un saint de vitrail et on peut facilement répertorier, avec le confort de la distance rétrospective, divers moments où son discernement a été pris en défaut, avec des conséquences sur son efficacité.

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Intelligence, courage et fidélité

Mais je voudrais souligner deux traits qui expliquent pourquoi la République doit, je pense, l’accueillir dans son temple. Je parle de courage et je parle de fidélité.

Le courage, oui, il en a fallu beaucoup à ce bourgeois qui était confortablement installé dans le meilleur de la vie intellectuelle et artistique de son temps pour se jeter dans l’arène politique. Le jeune normalien membre du Conseil d’État, un lieu bien défendu contre les émotions du monde, le critique théâtral qui adorait cette activité, cet homme heureux dans sa vie protégée a choisi de quitter celle-ci en prenant tous les risques. Il savait bien qu’il affronterait -et ce fut vrai dès son action lors de l’affaire Dreyfus- les assauts de l’antisémitisme hideux. C’est le même homme, un homme libre, qui a publié avant 1914 un petit livre où il suggérait, quitte à faire scandale, que la femme connaisse avant son mariage, comme il disait, « sa vie de garçon ». C’est le même homme, qui devenu leader dans son camp, après la Grande guerre, a géré vaillamment le schisme du socialisme français, en gardant la « vieille maison », selon sa formule, après le départ des communistes. C’est le même homme qui a tenu bon contre la haine de l’Action française -jusqu’à être presque lynché par les sectateurs de celle-ci, en février 1936, boulevard Saint-Germain, et ce jour-là il a incarné, à son corps défendant, la République indéfectible. C’est le même homme qui a gardé, pendant cinq ans, sa pleine dignité dans les geôles où l’ignominie de Vichy l’avait relégué avant de le livrer à Hitler.

Honorer une haute idée de la République : laïque, généreuse et universelle

Après le courage, la fidélité. Toute sa vie Léon Blum a été fidèle à Jean Jaurès, son maître assassiné. Il a été fidèle à la mission qu’il attribuait au socialisme français, en concrétisant en 1936, à la tête du gouvernement, des progrès sociaux qui restent lumineux dans la mémoire du monde ouvrier et de la gauche française et, je l’espère, bien au-delà : les congés payés, les conventions collectives, les quarante heures... Et cela survenant dans un climat international qui obligeait la France à un réarmement coûteux. Il a été fidèle à la défense des libertés fondamentales contre toutes les subversions. Et c’est ainsi qu’en somme, parmi les tumultes d’une période d’orages, il a été fidèle à une haute idée de la République laïque, généreuse et de rayonnement universel. Donc, oui, Léon Blum au Panthéon !

Références