L'historien Marc Bloch a connu les deux guerres mondiales : comme combattant, puis résistant.
L'historien Marc Bloch a connu les deux guerres mondiales : comme combattant, puis résistant.
L'historien Marc Bloch a connu les deux guerres mondiales : comme combattant, puis résistant. ©Getty - Archive
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Résumé

C'est l'historien Marc Bloch que Xavier Mauduit, producteur du "Cours de l'histoire" sur France Culture, verrait bien rentrer au Panthéon.

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Open Panthéon : qui panthéoniser ? Je n’avais pas mesuré la complexité de la question avant de me la poser, car c’est une existence entière qui est scrutée et pas seulement un engagement. Qui placer au Panthéon ? Pourquoi pas l’historien Marc Bloch. Il s’agit d’un destin, celui d’un double ancien combattant : il a servi pendant la Première Guerre mondiale (Croix de guerre et Légion d’honneur) puis pendant la Seconde. Pourtant, être ancien combattant ne suffit pas pour entrer au Panthéon.

Avec Marc Bloch, il y a une adhésion évidente à la France, à la République et ses valeurs. Par son histoire familiale déjà : il est né en 1886 à Lyon, fils de Français alsaciens qui ont fait le choix de la France, à l’issue de la guerre contre l’Allemagne en 1870-1871. Normalien, agrégé, docteur en histoire – auteur d’un ouvrage de référence, Les Rois thaumaturges -, ce formidable médiéviste renouvelle la science historique quand il fonde l’École des Annales, avec Lucien Febvre. Pourtant, être un excellent historien ne suffit pas pour entrer au Panthéon.

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"La réflexion sur l’histoire, et surtout sur son utilisation, est au cœur du propos de Marc Bloch"

À réécouter : Marc Bloch : "Je ne saurais déraciner mon cœur"

Mobilisé à sa demande en 1940, Marc Bloch assiste à la "drôle de guerre" et à cette Étrange défaite, titre d’un ouvrage qu’il écrit dans la France occupée. Il est juif, au moment où de nombreux Français et de nombreuses Françaises le découvre quand l’étoile jaune leur est imposée. Dans L’Étrange défaite, Marc Bloch a cette phrase sublime : "Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite." En vertu du statut des Juifs, adopté par le maréchal Pétain dès octobre 1940, il est exclu de la fonction publique. Il a déjà compris que le régime de Pétain ne cherche pas à sauver des Juifs, ni étrangers, ni français. Il rédige alors Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien. Chaque jour, dans Le Cours de l’histoire sur France Culture, il est possible d’écouter "Le Pourquoi du comment", la chronique de l’historien Gérard Noiriel. La première chronique de la série - ce n’est pas un hasard - est consacrée à Marc Bloch, avec le titre : "Pourquoi faut-il défendre le "métier" d'historien ?" La réflexion sur l’histoire et surtout sur son utilisation est au cœur du propos de Marc Bloch, face à ses contemporains qui utilisent l’histoire pour soutenir leurs idées, voire leur idéologie. Lui, en historien, étudie le passé pour comprendre le présent. Pourtant, être un pertinent penseur suffit-il pour entrer au Panthéon ?

À réécouter : Pourquoi faut-il défendre le "métier" d'historien ?

Pendant la guerre, Marc Bloch fait le choix de la Résistance dont il devient un des chefs dans la région de Lyon. Arrêté, torturé par Klaus Barbie, il est fusillé en 1944. En 2006, la proposition de faire entrer Marc Bloch au Panthéon avait suscité des discussions : sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les débats étaient vifs sur l’utilisation politique de l’histoire.

Par définition, l’histoire est sans cesse réécrite, c’est d’ailleurs le principe de cette discipline, mais selon des méthodes précises et réfléchies. L’histoire est une science qui provoque parfois de virulents échanges, mais elle n’est pas une opinion, elle n’est pas une accumulation de contre-vérités qui arrangent une carrière, une posture.

En réalité, Marc Bloch est déjà au Panthéon, celui des historiens, des historiennes, à la mémoire de ceux, de celles, qui ont fait et qui font ce que nous sommes, la Patrie reconnaissante !