Dit reprise, quand reviendras-tu ? Les incertitudes sont trop grandes pour le savoir. Mais les économistes qui font des prévisions ont tout de même publié leurs estimations cette semaine avec beaucoup d’hypothèses à la clef
Dit reprise, quand reviendras-tu ? Les incertitudes sont trop grandes pour le savoir. Mais les économistes qui font des prévisions ont tout de même publié leurs estimations cette semaine avec beaucoup d’hypothèses à la clef
Dit reprise, quand reviendras-tu ? Les incertitudes sont trop grandes pour le savoir. Mais les économistes qui font des prévisions ont tout de même publié leurs estimations cette semaine avec beaucoup d’hypothèses à la clef ©Getty - DNY59
Dit reprise, quand reviendras-tu ? Les incertitudes sont trop grandes pour le savoir. Mais les économistes qui font des prévisions ont tout de même publié leurs estimations cette semaine avec beaucoup d’hypothèses à la clef ©Getty - DNY59
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Résumé

Il n’y a plus de doute : 2020 sera pire que 1929. Banque de France, Trésor, OCDE, Fed : toutes les prévisions le confirment. La fin de la crise serait pour quand ? Trop tôt pour le dire. La crise, pour qui sera-t-elle la pire ? Ça, on le sait. Revue des prévisions publiées cette semaine, entre hypothèses, risques et certitudes.

En savoir plus

Jamais les prévisions n'ont été aussi incertaines. Tous ceux et celles qui en ont présentées cette semaine ont exposé leurs doutes sur leur propres chiffres, de l’économiste en chef de l’OCDE, Laurence Boone, à Jerome Powel, le patron de la Fed en passant par les économistes de la Banque de France ou du Trésor. 

La seule certitude sur la croissance économique est désormais celle-ci. 

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C’est un choc qui n’a de comparaison qu’avec la grande récession de 1929.              
Bruno Le Maire, le 10 juin 2020, lors de la présentation du troisième budget correctif à l’Assemblée nationale

La crise de 1929 sera même dépassée. 2020 sera pire, dans l’ampleur de la récession qui vient, mais aussi parce qu’aucun pays du monde n’est épargné. 

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- OCDE

Absolument tous les pays vont connaitre un ralentissement de leur économie en 2020, et ça, c’est du jamais vu. 1929 et même 2009 furent plus limités géographiquement. 

En 2009, la chute du PIB mondial avait été de 0,1%. Les pays émergents ou en développement n'avaient pas connu de récession.
En 2009, la chute du PIB mondial avait été de 0,1%. Les pays émergents ou en développement n'avaient pas connu de récession.
- FMI

Quelles que soient les sources, et les méthodes, le monde ne va pas créer de richesse, telles que mesurées par le Produit Intérieur brut cette année. 

6% de récession prévoit l’OCDE au mieux en 2020, 7,6% au pire. En 2009, le PIB mondial n’avait chuté "que" de 0,1%. 

La France est avec l’Espagne, l’Italie, le Royaume Uni et la République Tchèque dans le peloton de tête, et risque une perte d’activité à deux chiffres : -11% dans le meilleur des cas, -14% dans le pire. 

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© Visactu - Visactu

Or ce pire, il dépend de ce que les prévisionnistes ne savent pas modéliser, ni anticiper : le retour du coronavirus. Cette irruption d’une donnée sanitaire dans les équations des économistes est inédite, certains parlent d’incertitude radicale. D’où les deux chiffres donnés par l’OCDE pour ses prévisions. 

Scénario optimiste : l’épidémie reste sous contrôle. Scénario pessimiste, il y a une seconde vague. 

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Dans le meilleur des cas, c’est fin 2021 voire mi 2022 que l’activité mondiale retrouverait le niveau qu’elle avait avant le coronavirus. 

Le patron de la banque centrale américaine est sur l’option 2022, et sa prudence a eu l’effet d’un électrochoc sur des marchés financiers galvanisés jusqu’alors par les milliards de dollars déversés par les banques centrales depuis la mi mars. 

A lire/ écouter : Banque centrale qui sauve, Banque centrale qui nuit

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Jérome Powell n’a pas parlé de seconde vague, même si dans certains Etats américains comme la Floride, la Georgie, le Texas et la Californie, les cas de Covid-19 repartent à la hausse, mais il a évoqué la deuxième incertitude majeure actuelle des économistes, à savoir, nous, nos comportements, et nos habitudes nouvelles de vie sous covid. 

Nous n’avons pas d’expertise à la Fed dans les pandémies, ou les coronavirus. On parle à des experts, mais même s’il n’y a pas un retour de la pandémie au niveau national, juste quelques remontées locales peuvent avoir un effet sur la confiance des gens, et leur propension à voyager, aller au restaurant, tout ce qui implique de se retrouver à plusieurs donc.. ça ne serait pas une évolution favorable. Je n’en dis pas plus. Jerome Powel, président de la Fed, lors de sa conférence de presse le 10 juin 2020.

Le lendemain de ces déclarations, toutes les bourses ont chuté. Les indices américains, jusque-là insensibles à l’augmentation exponentielle du nombre de chômeurs (22 millions en 8 semaines) ont été stoppé dans leur élan. 

A lire / écouter : Etats-Unis : l'économie au défi du chômage de masse

Les marchés européens aussi ont repris peur. Et le Président américain Donald Trump a cru bon de rassurer ses compatriotes en twittant : La réserve fédérale se trompe si souvent. Nous aurons un très bon troisième trimestre, un excellent quatrième, 2021 sera l’une de nos meilleures années ». 

La Réserve fédérale se trompe si souvent. Je vois aussi les chiffres et je fais beaucoup mieux qu'eux. Nous aurons un très bon troisième trimestre, un excellent quatrième trimestre et l'une de nos meilleures années en 2021. Nous aurons également bientôt un vaccin / thérapeutique / traitement. C’est mon opinion. REGARDEZ! Donald Trump, via Twitter.

Quand tout est aussi incertain, tout peut être prédit, mais rares sont les prévisionnistes qui anticipent une courbe en V. La courbe en V, c’est celle qui prévoit un retour de la croissance aussi fort que sa chute.

Courbe en V, U, W, L, ou même VL ou WL… nous le saurons dans quelques années, quand les courbes ne dessineront plus des prévisions, mais la réalité. Ici un article qui détaille ce que veulent dire ces lettres appliquées à des chiffres

Ce qu’il y a de commun à Donald Trump et toutes les prévisions publiées ces derniers temps, même les plus noires, c’est qu’elles anticipent qu’un jour, prochain, on aura trouvé une solution contre la Covid-19. Un vaccin ou un traitement. 

Ce serait mi 2021 a tablé la Banque de France pour ses prévisions de moyen terme. L’Ocde a elle découpé le temps en phase. 

  • Phase 1 : confinement, 
  • Phase 2 : redémarrage de l’activité tout en limitant les risques de seconde vague. 
  • Phase 3 : la vie comme avant, possible uniquement s’il y a un vaccin, un traitement ou que le virus est éradiqué. 

Mais pour moment, on n’en est donc pas là. 

Pour le moment, on est en phase 2. Or si cette phase est incertaine, ce n’est pas seulement pour des raisons sanitaires, c’est aussi parce que jamais on a connu ce type de choc. En mai 68 aussi, l’économie s’était arrêtée brutalement, mais bien moins longtemps, et pas à l’échelle mondiale. 

Une page blanche...

1929 n’est pas non plus le bon modèle, l’origine de la crise étant très différente et 2009 peut éclairer sur les conséquences sociales d’un ralentissement économique planétaire, mais les frontières n’étaient pas alors fermées, les restrictions aux exportations légions, et les tensions géopolitiques aussi fréquentes et imprévisibles. 

La page est presque blanche, et les économistes doivent donc extrapoler leur raisonnement sans filet. 

L’une de leur plus grande incertitude, c’est encore nous; preuve que l’économie est bien faite de chair humaine. Même si nos comportements ont été modélisés depuis longtemps dans des équations, que valent ces équations dans un monde post-covid ? 

Pour la France, la question cruciale, c’est que font faire les ménages qui ont épargné plus de 110 milliards d’euros pendant le confinement ? Vont-ils la dépenser ? La garder ? "110 milliards d’épargne forcée, on n’a jamais vu ça de notre vivant", constate effaré l'un des ces prévisionnistes. 

Si les Français attendent qu’on ait trouvé un vaccin pour reprendre leurs habitudes de consommation, la croissance en 2021 pourrait être de 7%, estime la Banque de France, mais s’ils le font plus tôt, fin décembre, la croissance pourrait être de 9%. Deux points d’écart, et à la clef, des milliards de dettes en plus ou en moins, et des centaines de milliers de chômeurs, en plus ou en moins. 

Dans l'hypothèse où le virus ne revient pas, l'avenir de notre économie dépend donc en partie de nous, mais nous, comment décidons-nous ? 

Il y aura 800 000 suppressions d’emplois d’ici quelques mois, a affirmé Bruno Le Maire cette semaine à l’assemblée nationale. Quel peut être l’effet d’une telle déclaration ? Nous pousser dans les magasins ou nous pousser à garder nos sous de côté au cas où ?? 

La prévision la plus sombre peut facilement devenir une prophétie auto réalisatrice. C'est pourquoi l'exercice n'est pas sans danger. 

A lire : Consommation : "Le Covid-19 accentue des clivages qui laissent présager des troubles sociaux à venir"

... mais quelques certitudes cependant

Il y a aussi des fois où la prévision n’est pas entourée d’incertitude, et peut guider l’action publique. 

C’est ce qu’a cherché à faire l’Ocde en alertant sur plusieurs risques. 

Les jeunes vont être touchés de façon disproportionnée, parce qu’ils travaillent souvent dans la restauration, les loisirs, l’accueil du public, et que ces secteurs sont les plus affectés. Plus largement, c’est tous ceux et celles qui n’ont pas encore eu accès à un travail de qualité qui souffriront le plus. Ce qui peut engendrer des tensions sociales. Il ne faut pas que cette crise laisse des cicatrices aux jeunes pour leur vie entière. Laurence Boone, l’économiste en chef de l’OCDE.

Or pour le moment, la jeunesse n’a pas vraiment bénéficié des largesses consenties depuis que « nous sommes en guerre ». Il n’y avait quasiment rien pour elle dans le deuxième projet de loi de finance rectificatif, et il y a peu dans le troisième : un milliard d’euros en comptant les mesures pour les enfants. 

L’Organisation Internationale du Travail s’alarme aussi dans ses rapports récents, pour les 267 millions de jeunes de 15-24 ans, soit un cinquième des jeunes dans le monde qui étaient déjà non scolarisés, sans emploi ni formation avant la covid-19. Et le FMI tient des graphiques détaillés, sur les mouvements sociaux dans certaines parties du monde… et la courbe elle est exponentiellement ascendante. 

Index de soulèvement sociaux au Liban, Soudan, Moyen Orient, Afrique du nord, Afghanistan et Pakistan
Index de soulèvement sociaux au Liban, Soudan, Moyen Orient, Afrique du nord, Afghanistan et Pakistan
- FMI

Si les soulèvements de la jeunesse du printemps 2011 ont en partie pris racine dans la crise de 2008, pas besoin d’être un prévisionniste patenté pour deviner à quoi pourraient ressembler les années 20 qui sont devant nous. 

A lire / écouter : Argentine, Brésil, Liban, Iran… quand la crise du Covid-19 s’ajoute à la crise

La vidéo de la musique que l'on entend à la fin de la bulle parlée. 

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Marie Viennot
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