Le ciblage des aides se limite aujourd'hui au chèque énergie qui doit couter 1,8 Mds, contre 45 Mds pour le bouclier tarifaire (non ciblé).
Le ciblage des aides se limite aujourd'hui au chèque énergie qui doit couter 1,8 Mds, contre 45 Mds pour le bouclier tarifaire (non ciblé). ©Maxppp - NICOLAS VALLAURI
Le ciblage des aides se limite aujourd'hui au chèque énergie qui doit couter 1,8 Mds, contre 45 Mds pour le bouclier tarifaire (non ciblé). ©Maxppp - NICOLAS VALLAURI
Le ciblage des aides se limite aujourd'hui au chèque énergie qui doit couter 1,8 Mds, contre 45 Mds pour le bouclier tarifaire (non ciblé). ©Maxppp - NICOLAS VALLAURI
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Les mesures pour protéger les Français de l'inflation des prix de l'énergie sont ciblées, promet l'exécutif depuis cet été. Or dans les faits, ce ciblage intervient à la marge, ce que n'assume pas le pouvoir en préconisant régulièrement l'inverse de ce qu'il prévoit de faire.

Du ministre des Finances au Président de la République, en passant par le rapporteur du Budget, l'accord est parfait, les mots identiques, cibler les aides énergétiques est une nécessité.

"Tout le monde doit comprendre que ce ciblage c'est une manière d'être le plus juste possible et c'est une manière d'utiliser le mieux possible l'argent public". Jean-René Cazeneuve, député Renaissance, rapporteur du Budget interviewé le 19 septembre après son intervention à l'Ajef, l'association des journalistes économiques et financiers.

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Le problème, c'est que ce ciblage plus on en parle, moins on le fait

Lors de son interview du 14 juillet, Emmanuel Macron annonce la fin des aides générales contre la hausse des prix de l'énergie.

"On va devoir progressivement, je le dis très nettement, cibler les choses. Ce n'est pas possible que l'Etat prenne la totalité des conséquences pour tout le monde". Emmanuel Macron, le 14 juillet 2022.

Avant lui début juillet, Elizabeth Borne, lors des rencontres économiques d'Aix en Provence avait aussi voulu prévenir de ce prochain changement. Dans son paquet pouvoir d'achat, le gouvernement avait alors prévu qu'en septembre, les aides à la pompe seraient ciblées vers les ménages modestes ayant besoin de leur véhicule pour travailler.

" Une usine à gaz", dirent les Républicains, qui monnayèrent leurs votes (ou leur abstention) au parlement en échange de l'annulation de cette indemnité carburant pour les travailleurs. Exit donc le ciblage, aide à la pompe pour tous, SUV compris, jusqu'à la fin de l'année.

Le 5 septembre, Emmanuel Macron prévient à nouveau les Français, ce non-ciblage ne peut plus durer, à l'entendre c'est quasi un non-sens.

"Vous pouvez gagner 4 ou 5 smic, vous avez les mécanismes qui sont payés par le contribuable à la pompe. Est-ce que c'est une bonne politique ? C'est la plus simple, c'était une mesure d'urgence, ce n’est pas la plus intelligente, donc on va devoir recibler". Emmanuel Macron, le 5 septembre.

Recibler sans avoir vraiment ciblé au préalable....

10 jours plus tard, la Première Ministre annonce au côté du Ministre des Finances et de la Ministre de l'Energie, la poursuite du bouclier tarifaire. Le carburant n'est plus évoqué...

En revanche, la hausse des prix du gaz et de l'électricité va être plafonnée à 15% en 2023, l'Etat prenant la vraie hausse des prix à sa charge. Coût de cette protection : 45 milliards d'euros.

Une mesure générale donc, sans aucun ciblage (autre que celui des Français restés au Tarif réglementé ou des offres indexées sur lui). Est-on passé à un quoi qu'il en coûte anti-inflation ? Demande la presse à Bruno Le Maire, qui répond.

"Le quoiqu'il en coûte ne ferait que jeter de l'essence sur l'incendie, nous voulons des mesures ciblées pour éteindre l'incendie inflationniste. Les mesures que vient d'annoncer la Première ministre sont des mesures ciblées !" Bruno Le Maire, le 14 septembre.

Mesures ciblées : en parler toujours, le faire, jamais, la ficelle serait un peu grosse, alors ce ciblage, l'exécutif l'a bien prévu, à la marge il s'appelle chèque énergie.

"Cette aide concernera les 12 millions de foyers les plus modestes, soit 4 foyers sur 10, et sont montant sera de 100 ou 200 euros (sur l'année) selon le revenu". Élizabeth Borne, Première ministre, le 14 septembre 2022.

Premier problème, la Cour des comptes explique en 140 pages dans un rapport remis en février dernier, que souvent, le chèque énergie rate sa cible... à savoir les ménages pour qui la dépense énergétique laisse un trop faible reste à vivre.

Deuxième problème, flagrant, ce chèque énergie pèse 1 milliard 800 millions d'euros, comparé à 45 milliards de boucliers tarifaire pour tous, cela fait donc 20 fois plus d'argent pour le non-ciblage.

A écouter (reportage + page Web) : La lutte au quotidien des associations contre la précarité énergétique

Troisième problème, l'effet concret sur le portefeuille des Français. Tous les économistes le disent, y compris ceux qui conseillent le gouvernement, ne pas cibler le bouclier tarifaire, c'est distribuer plus d'argent aux plus riches, car ce sont eux qui consomment le plus d'énergie. C'est vrai pour l'essence mais aussi pour le gaz et l'électricité.

Selon Astères, un cabinet d'étude, quand l'Etat dépensera 100 euros pour plafonner le prix du gaz et de l'électricité, il distribuera 7 euros aux 10 % les plus pauvres, et 14 euros aux 10% les plus riches. Deux fois plus.

Graphique tiré de l'étude d'Astères publiée au lendemain de la conférence de presse du 14 septembre
Graphique tiré de l'étude d'Astères publiée au lendemain de la conférence de presse du 14 septembre
- Astères

"Ainsi, les sommes les plus importantes sont allouées aux mesures les moins ciblées, le bouclier tarifaire concernant l’ensemble des ménages. Or, les ménages les plus aisés sont aussi ceux consommant le plus d’électricité et de gaz, ils sont donc, en nombre d’euros dépensés par l’Etat, les premiers bénéficiaires de cette mesure". Sylvain Bersinger, économiste chez Asterès. Ici une interview de Sylvain Bersinger, dans laquelle il tenait déjà ses propos au printemps.

Sans être nommément ciblé par l'exécutif, les ménages les plus riches sont donc ceux dont la facture énergétique restera factuellement la plus subventionnée par sa politique (telle qu'elle a pour le moment été présentée en amont de la présentation officielle, lundi 26 septembre en conseil des ministres du Projet de loi de finances 2023).

Le bouclier tarifaire peut-il être ciblé ?

Mais pourquoi ne pas avoir ciblé le bouclier tarifaire ? Bercy répond qu'il aurait alors fallu donner aux énergéticiens (EDF Engie Total et tous les fournisseurs alternatifs) les feuilles d'impôts des Français.

Contrainte technique doublée d'un argument économique : subventionner l'électricité et le gaz pour tous, c'est tirer l'inflation générale des prix vers le bas, et c'est bon pour les finances publiques. Ce qui s'entend. La chronique ci-dessous détaille ce sujet.

A lire / écouter : Budget 2023 : combien ça va couter... l'inflation

Mais n'est-ce pas contre productif, quand on appelle en même temps à moins consommer du gaz et d'électricité ? Bercy répond que 15 % d'augmentation, c'est assez dissuasif.

On aurait pu aussi plafonner la hausse à 30 %, encore plus dissuasif, et consacrer 20 milliards d'euros à un chèque énergie élargi, fait remarquer un expert du secteur.

Question d'arbitrage... et de choix politique, dont l'exécutif devra se justifier devant l'assemblée lors de la présentation de son projet de loi de finances 2023.

S'il invoque encore le ciblage de ses mesures énergétiques, il y aura tout lieu de s'interroger sur la cible dont il parle quand il dit "ceux qui en ont le plus besoin".

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