Parmi les services rendus par la Nature, le loisir et la beauté. Pour les forêts françaises, ces "services" ont été estimé à 10 milliards d’euros par an.
Parmi les services rendus par la Nature, le loisir et la beauté. Pour les forêts françaises, ces "services" ont été estimé à 10 milliards d’euros par an.
Parmi les services rendus par la Nature, le loisir et la beauté. Pour les forêts françaises, ces "services" ont été estimé à 10 milliards d’euros par an. ©Maxppp - AURELIEN BREAU
Parmi les services rendus par la Nature, le loisir et la beauté. Pour les forêts françaises, ces "services" ont été estimé à 10 milliards d’euros par an. ©Maxppp - AURELIEN BREAU
Parmi les services rendus par la Nature, le loisir et la beauté. Pour les forêts françaises, ces "services" ont été estimé à 10 milliards d’euros par an. ©Maxppp - AURELIEN BREAU
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Résumé

Depuis 1992, des économistes cherchent à évaluer les services "éco-systémiques" rendus par la Nature. Objectif : inciter décideurs politiques et économiques à agir pour préserver la bio-diversité. Eclairage sur les écueils et les pour et contre de cette quantification.

En savoir plus

Nous sommes en 1992, à la fin du sommet de la terre de Rio. Ce sommet fut le premier à déclarer la planète en état d'urgence écologique.

À la fin, Severn Suzuki, 12 ans, prend la parole, et secoue l'assistance avec des mots du même acabit que ceux prononcés régulièrement par Greta Thunberg.

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"Bonjour, je suis Severn Suzuki, je m'exprime au nom d'Eco, l'organisation des enfants pour l'environnement." (voir un lien vers la vidéo ici, et le compte rendu de ce discours, ici.)

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"J’ai peur d’aller au soleil dehors maintenant à cause du trou dans la couche d’ozone. J’ai peur de respirer l’air car je ne sais pas quelle substance chimique il contient. J’avais l’habitude d’aller pêcher à Vancouver, mon lieu de naissance, avec mon père, il y a juste quelques années en arrière jusqu’à ce qu’on trouve un poisson atteint du cancer Et désormais nous entendons parler d’animaux et de plantes qui s’éteignent tous les jours, perdus à jamais. Dans ma vie, j’ai rêvé de voir de grands troupeaux sauvages, des jungles, des forêts tropicales pleines d’oiseaux et de papillons. Mais aujourd’hui je me demande si ces forêts existeront toujours pour que mes enfants puissent les voir. Vous préoccupiez-vous de ces choses lorsque vous aviez mon âge ? Sommes-nous seulement dans vos listes de priorités ?

Mon père dit : 'tu es ce que tu fais, pas ce que tu dis'. Ce que vous faites me fait pleurer la nuit. Vous continuez à nous dire que vous nous aimez. Mais je vous mets au défi, s’il vous plaît, Faites que vos actions reflètent vos mots. Merci."

Severn Suzuki, 1992

En 1992, c'est la perte de la biodiversité, la disparition des espèces, de la couche d'ozone, qui préoccupe la jeune canadienne. Au même moment, la science économique se met en branle pour évaluer les services rendus par la nature. Le sommet de Rio lui donne le mandat de traduire en chiffre les dons offerts par la nature.

4 types de services sont répertoriés :

  • les services d'approvisionnement en ressource : eau, matière première, nourriture, médecin
  • les services de régulation de la biosphère, notamment l'atténuation du changement climatique par les arbres, les sols, les océans
  • les services socio-culturels, autrement dit l'usage que les humains font de la nature pour le sport, les ballades, la contemplation
  • et enfin les services de support, typiquement, celui d'être l'habitat de toutes les espèces.

Immédiatement, cette approche fut critiquée pour être utilitariste, et anthropocentrique ( centrée sur l'humain). Elle l'est, reconnait un économiste de l'environnement qui la défend néanmoins, car cette évaluation dit-il est un objet de médiation qui permet aux écologues de parler aux politiques.

"Les économistes et biologistes qui ont participé à cette démarche reconnaissent qu’elle manque parfois de rigueur, et qu’elle est critiquable pour de nombreuses raisons, mais ce qu’ils disent, c’est ceci : Imaginez-vous une réunion d'arbitrage entre le maintien d'une forêt, et la construction d'un centre commercial. Les promoteurs du projet donneront des chiffres de création d'emplois, de croissance d'activité... si en face, l'écologue consulté n'a aucun chiffre à donner en faveur de la préservation de la forêt, il ne sera pas écouté. Alain Karsenty, économiste au CIRAD, et auteur de Paiement pour les Services Ecosystémiques dans les Pays en Développement : compenser ou récompenser ?"

Alors combien nous donne la Nature ?

Un chiffre existe depuis 2011 : 125 000 milliards de dollars annuel. Dit autrement, chaque année, la Nature produirait l'équivalent de 125 000 milliards de dollars de richesse gratuite. Le chiffre peut paraître énorme, mais cela représentait à son évaluation seulement une fois et demi le Produit Intérieur Brut mondial.

Le conditionnel est de mise, car pour trouver ce chiffre, il a fallu définir des centaines d'hypothèses, d'équivalence, de méthodes... et agréger des estimations qui toutes ont leur failles.

Pour cette raison, des économistes du Trésor, une des directions de Bercy, appellent à considérer les valeurs agrégées avec précaution.

Ils dressent un état des lieux plutôt facile à lire et récent des évaluations économiques des services rendus par la biodiversité.

Trois approches existent actuellement.

L'approche par les coûts, c'est la plus simple, consiste à évaluer combien couterait le service rendu par la nature s'il était assuré par l'homme. Exemple, s'il n'y a plus d'abeille, et qu'on doit payer des gens pour transférer le pollen des fleurs aux arbres fruitiers, combien cela couterait ? On est loin de la fiction, en Chine, des "hommes-abeilles" pollinisent à la main les vergers depuis déjà 8 ans.

L'approche par la production n'est pas complexe non plus, imaginons qu'on rase une forêt, sa valeur, c'est celle du bois qui aurait été vendu. Quid du carbone qu'elle aurait capté ? On peut l’évaluer, tout comme le plaisir que des promeneurs auront de s’y balader.

On utilise pour cela l'Approche par les préférences qui "permet de définir une valeur à partir des préférences révélées par les comportements des agents, ou celles qu'ils déclarent". Mais cette fois, la méthode est plus contestable, car elle s'appuie sur le concept de consentement à payer. Concrètement, on administre un questionnaire dans lequel on demande combien les gens seraient prêts à payer pour ce service. Mais tout dépend de qui on interroge...

"L'approche par préférences déclarées, bien que parfois incontournables pour évaluer des services, souffre toutefois de nombreux biais. En effet, les agents peuvent être amenés à surestimer un service en raison du caractère hypothétique de l'enquête, ou tout simplement répondre de façon erronée par manque d'information. Il existe également des biais liés à la représentativité des échantillons testés, à leurs motivations ou à la façon de construire les questionnaires." Direction général du Trésor dans Évaluations économiques des services rendus par la biodiversité

Certaines approches sont donc plus robustes que d'autres, mais n’est parfaite aucune parfaite, surtout quand il faut évaluer les bienfaits immatériels apportés par la nature.

10 milliards d'euros, c'est le montant que les Français seraient au global prêt.es à payer chaque année pour se rendre en forêt, mais la méthode pour trouver ce chiffre est l'une des plus discutable. Que dire de la probabilité de trouver dans une forêt tropicale la molécule qui pourrait un jour guérir le cancer, probabilité qui a bel et bien été discutée au niveau mondial pour mesurer la valeur de ces forêts.

Selon l'hypothèse que l'on prend, on peut faire varier les chiffres de 1 à 100... alors à quoi bon ces évaluations qui mobilisent beaucoup de temps de cerveau d'économistes disponibles ?

Les avis sont partagés, les plus critiques vilipendent ces évaluations qui contribuent selon eux à donner une valeur marchande à la Nature sans rien régler, c'est un fait, la biodiversité est en danger. D'autres estiment que mesurer le niveau de dépendance des humains aux services rendus par la Nature permet de chiffrer le coût de l'inaction et d'alerter les acteurs publics et économiques.

Ci-dessous, quelques rapports à ce sujet :

Biodiversité moins médiatique que le climat

Depuis le sommet de Rio il y a 30 ans, le discours de Severn Suzuki a été remixé de nombreuses fois (ici le lien vers le remix qu'on entend dans la bulle) . Mais force est de constater que la biodiversité a été jusqu’à dernièrement éclipsée par le climat dans l’agenda politique international.

Peut-être justement parce qu'on ne peut résumer son apport et son déclin à quelques chiffres : degrés en plus, millions de tonnes de CO2 envoyés dans l'atmosphère.

4 min

Tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, chiffrer les dons de la Nature ne fera pas le changement. Et la biodiversité, contrairement au climat, n'a pas encore trouvé sa nouvelle égérie.

4 min

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L'équipe

Marie Viennot
Production