La pandémie fait exploser les inégalités ©AFP -  Nicolas Tucat
La pandémie fait exploser les inégalités ©AFP - Nicolas Tucat
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Résumé

Alors que débute aujourd’hui un nouveau confinement, paraît une importante étude de l'Ined sur les conséquences du premier confinement. Et sur l’explosion des inégalités.

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Si la crise sanitaire et sociale nous concerne tous, elle ne touche pas tout le monde de la même manière. Cela dépend de sa situation géographique, de la taille de son logement, de son âge et de son genre, de son niveau de diplômes, de ses revenus, de son métier. En résumé et autrement dit de sa place, matérielle et sociale.

Et non seulement cette pandémie sonne comme un rappel des places de chacun. Mais elle pourrait en plus limiter les possibilités d’en changer, en ralentissant durablement les trajectoires socio-professionnelles. C’est ce que vient rappeler une importante recherche de l’Institut national des études démographiques, l’Ined, menée sur le premier confinement. Il y a un an. Et le résultat est clair : c’est une "explosion des inégalités". Pour reprendre le titre de l’ouvrage paru cette semaine aux éditions de l'Aube, autour de ce travail mené par une équipe d’une vingtaine de chercheurs de diverses disciplines (sous la direction des sociologues Anne Lambert et Joanie Cayouette-Remblière).

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Au-delà des seuls écarts des revenus et de patrimoines, cette étude a la particularité de faire le lien entre les différentes dimensions de l’existence : logement, emploi, travail, structure familiale. Et de montrer l’imbrication des difficultés rencontrées.

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Les femmes ont davantage arrêté de travailler

En matière d’emploi, sans surprise, les plus touchés sont les jeunes, les moins diplômés et les femmes. Sans surprise, car cette crise, comme la plupart du temps, aggrave les situations et les inégalités socio-économiques préexistantes. Chez les 18-25 ans, le taux d’emploi a été divisé par deux pendant le premier confinement. Alors que la baisse est d’un tiers pour les autres classes d’âge. Les moins diplômés sont également plus touchés, car ce sont ceux qui occupent le plus les contrats précaires. Les femmes occupent pourtant davantage que les hommes des emplois télétravaillables. Ne serait-ce que parce qu’elles sont plus souvent employées dans les services. Pourtant, elles se sont davantage arrêtées de travailler que les hommes , quel qu’en soit le motif - chômage partiel, perte d’emploi ou autorisation d’absence pour garder les enfants.  

Par ailleurs, même quand elles travaillaient, les femmes ont davantage pris en charge les tâches domestiques et les enfants. Face à la hausse massive des tâches à accomplir, tout le monde en a fait davantage certes, mais cela n’a pas rééquilibré les choses. En générale, la répartition s’est faite dans la suite des routines préexistantes. Globalement ce sont donc les femmes qui ont le plus absorbé ces nouvelles tâches.  

Un bureau à soi

La place, c’est aussi celle très matérielle dont on dispose - pour cohabiter, faire les devoirs, travailler. Les conditions de travail à domicile dépendent de la taille des logement - c’est plus faciles pour les personnes des classes supérieures, plus favorisées ou pour celles vivant dans les campagnes ou petites unités urbaines, elles disposent en général de plus grandes surfaces.

Mais au-delà, cela dépend aussi des places attribuées à chaque membre de la famille dans le  logement.

Et là, le confinement a confirmé que les femmes se voient moins attribuer un espace pour travailler. C’est particulièrement vrai  pour les cadres.  Parmi eux, un homme sur deux avait un bureau, ou en tout cas une pièce dédiée au travail. Alors que ce n’est le cas que pour 29% des femmes cadres. Le plus souvent, elles doivent travailler dans une pièce partagée comme la cuisine ou le salon. 

Ce que montre bien cette recherche, c’est d’une part la manière dont les effets du confinement s’inscrivent dans une longue histoire des inégalités. Mais aussi les effets durables. Et les conséquences possibles  pour les plus jeunes, ralentis voire carrément stoppés dans leur entrée sur le marché du travail et leur capacité à acquérir l’autonomie. Ainsi que pour les femmes, dont la progression de carrière a pu être davantage entravée. Sans compter que les crises précédentes ont montré que les mesures prises par les entreprises en temps de crise, comme les licenciements ou les temps partiel touchent davantage les femmes, à compétences égales

On peut en tout cas faire l’hypothèse d’un ralentissement durable des trajectoires. Même après la crise. 

“M_a pandémie dégrade davantage la situation des moins dotés qui sont aussi les moins protégés par le système de protection sociale_”. Leur situation pourrait se dégrader de manière continue et exponentielle d’un confinement à l’autre”, rappellent les chercheurs de l'Ined. Ce qu’il s’agit de voir, c’est l“intensité de la régression sociale”.