L'avant dernière page du programme d’Emmanuel Macron en 2017 - M.Viennot
L'avant dernière page du programme d’Emmanuel Macron en 2017 - M.Viennot
L'avant dernière page du programme d’Emmanuel Macron en 2017 - M.Viennot
Publicité
Résumé

En 2017, le candidat Emmanuel Macron promettait de financer les baisses d’impôt par des économies de dépense. Promesse tenue pour les baisses d'impôt, ce qui creuse la dette (113% du PIB désormais) et ce n’est pas (que) la faute du covid.

En savoir plus

Nous avons une dette publique qui est de 16 points supérieure à ce qu’elle était avant la crise  et qui ne donne pas de signe de diminution. Pierre Moscovici, Président de la Cour des Comptes. 

A l'heure de remettre son rapport annuel, entièrement consacré au Covid, la Cour des comptes alerte, une nouvelle fois sur la dette française. Son niveau et sa dynamique ascendante ou pour reprendre les mots feutrés de Pierre Moscovici  "qui ne donne pas de signe de diminution".  

Publicité

Emmanuel Macron avait fait campagne en 2017 sur son sérieux et son sens des responsabilités, a-t-il bien géré les comptes pendant ces 5 années ?  

En temps normal, il n'est déjà pas simple de répondre à cette question, mais avec la crise du covid c'est pire que tout.  

Alors avançons avec méthode. Voyons d'abord le niveau de dette, son stock.   

Ce n'est pas la première fois qu'une crise percute un quinquennat. En 2012, crise financière oblige, Nicolas Sarkozy avait laissé la France avec 600 milliards d'euros de dette en plus. Là, Emmanuel Macron devrait faire plus.  

Quand il a pris les commandes, au troisième trimestre 2017, la dette des administrations publiques, c'est à dire l'Etat, la sécurité sociale, les administrations locales, c'était 2300 milliards d'euros.  

Fin 2021 on s'approche des 3000 milliards. 700 de plus. (L'Insee doit publier la dette du quatrième trimestre 2021 en mars prochain).  

Terrible bilan, mais impossible de l'attribuer entièrement au Président sortant. Avec le "Quoi qu'il en coûte", les milliards ont valsé. A bon escient pour l'essentiel, selon la Cour des Comptes quelques défauts de contrôles et de fléchages mis à part. 

Depuis cet automne aussi les milliards sont de sortis: 11 milliards d'euros de dépense en plus pour les ministères, 10 milliards de mesures diverses pour le pouvoir d’achat, les policiers, Marseille, les jeunes..; ce qui donne l'impression que le gouvernement peut avoir tendance à charger l'addition sachant qu'elle sera de toutes façons salée.    

Ce que la candidate des Républicains Valérie Pécresse traduit par ces mots crus  : "Ce qu'il faut dire, c'est qu'Emmanuel Macron a cramé la caisse".  

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

"Cramer la caisse" vs "asseoir les bases de la reprise"  

Pour faire le bilan, hors crise du covid, d'Emmanuel Macron, il faudrait pouvoir mettre les milliards du "quoi qu'il en coûte" de côté.  La Cour des comptes le fait pour les dépenses. Mais il manque les moindres recettes fiscales et sociales liées à la récession de 2020.  

Le quoi qu'il en coute en tableau, mais sans l'effet "baisse des recettes"
Le quoi qu'il en coute en tableau, mais sans l'effet "baisse des recettes"
- Cour des Comptes

Néanmoins, cela permet de faire le tri entre dépenses d'urgence, de soutien, de relance. Il est alors possible d'additionner les dépenses qui ne relèvent pas de ces programmes, ce qui permet de dire au moins de combien les dépenses hors covid ont augmenté.  

En novembre dernier, le Président de la commission des finances de l'Assemblée, le Républicain Eric Woerth avait d'ailleurs calculé "cette euphorie dépensière", pour reprendre ses mots.   

Entre 2020 et 2022 avec une augmentation de 100 milliards d'euros de la dépense hors crise, le gouvernement aura conduit une politique d'augmentation de la dépense plus forte que pendant tout le quinquennat Hollande. Eric Woerth, Président de la commission des finances.  

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

100 milliards de dépenses en plus, hors crise, est-ce cela le bilan ? Gilles Carrez, autre député Républicain de la Commission des finances dit 50 milliards.   

Interrogé à ce sujet lors de la présentation de son rapport, la Cour des comptes répond, "c'est compliqué", et promet un bilan plus détaillé en... juin. 

Appelé à se justifier, Bercy explique (dans sa réponse à la Cour des Comptes) "avoir mobilisé les finances publiques pour asseoir la reprise sur des bases solides". Autrement dit, ce qui n'est pas officiellement dépense de crise, l'est quand même un peu. Ce qui se défend, voilà pourquoi rien n'est simple.  

Quant à Eric Woerth, il a depuis rejoint en Marche. Une prise de taille qui prive l'opposition d'un expert très bien documenté et pendant 5 années critiques au sujet du  bilan financier du quinquennat. 

Suite à ce changement de parti, les députés de la commission des finances lui ont demandé de quitté la Présidence de cette commission (qui doit revenir à un membre de l'opposition), mais Eric Woerth a refusé. Toute la scène, les remarques des députés, leur départ de la commission, et l'impavidité d'Eric Woerth ici. 

Doublement en trois ans du déficit structurel 

Pas facile donc d'y voir clair. Il y a cependant une autre façon de faire le bilan de ce quinquennat, via le déficit structurel. 

NB : Attention, le déficit structurel n'est pas un calcul simple et il y a parfois même des divergences à ce sujet. Pour aller plus loin, deux éclairages distincts : ici par The Other Economy, et ici par Fipeco.  

Dans son contrôle des déficits publics, la Commission européenne oblige à distinguer le déficit conjoncturel, lié à des aléas de la conjoncture, (une croissance plus faible qu’anticipée, des dépenses urgentes et imprévues, typiquement la crise covid), ET le déficit structurel, qui lui sera amené à se répéter chaque année, si rien n'est fait.  Plus il est élevé, plus la dette augmentera mécaniquement. 

Le déficit structurel, c'est le leg du gouvernement, la dynamique dans laquelle il laisse les finances publiques.  Or, aujourd'hui, le déficit structurel culmine à 5% du PIB, deux fois plus qu’il y a trois ans.   

La raison ? Effet ciseau. Depuis 5 ans, l’exécutif a bien tenu sa promesse de baisser les impôts : sur les sociétés, le capital, la production, il a supprimé la taxe d’habitation, et il a EN MÊME TEMPS augmenté des dépenses pérennes, structurelles, comme la revalorisation des soignants, 10 milliards par an, sans prévoir de recettes en face. 

Entre 2019 et 2022, le solde structurel se serait ainsi dégradé de 2,5 points sous l’effet combiné des baisses d’impôts mises en œuvre et des nouvelles dépenses pérennes. 

En effet, aux baisses d’impôts décidées avant la crise mais qui ont eu des effets sur 2020-2022 (baisse du taux d’IS, suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales notamment), se sont ajoutées celles décidées dans le cadre du plan de relance, principalement la baisse des impôts de production pour plus de 10 Md€. 

La dégradation du solde structurel traduit également l’effet des nouvelles dépenses pérennes, dont la principale est la mesure de revalorisation des personnels de santé et médico-sociaux dans le cadre du « Ségur de la santé », qui s’élèverait à 10Md€ en régime permanent, soit 0,4 point de PIB en 2022. Cour des Comptes, page 42.  

Laisser le déficit structurel filer, c'est un choix délibéré (dont il est notamment dans cette ancienne chronique : Où "trouver du fric pour l'hôpital public" ? ).  

Ainsi se creusent les dettes, ainsi se créent les trous. Ainsi peut aussi s'estimer le "sérieux, et la responsabilité budgétaire" de ce quinquennat.  

Réussir à baisser les impôts, mais pas les dépenses, c’est somme toute assez banal comme bilan pour une Présidence. Doubler la vitesse à laquelle se creusent les trous, c'est plus exceptionnel.   

Addendum : J'ai passé plus de 20 heures à rédiger cette chronique (c'est un record !)  et j'ai conscience qu'elle n'est ni parfaite, ni complète. Jamais je ne me suis pris autant la tête car je ne pouvais pas parler de tout en 4 minutes, et qu'à trop préciser certaines choses je risquais de tout compliquer. Je n'ai pas évoqué notamment l'évolution tendancielle des dépenses (qui est aussi un facteur d'augmentation du stock de dette en un quinquennat), pas parlé de l'effet de l'inflation sur les recettes et dépenses... Il existe 6 versions de cette chronique. Malgré ces difficultés, il me semblait nécessaire et utile de tenter ce bilan. C'est un premier travail, il pourra être complété quand l'Insee donnera les chiffres de l'années 2021.Merci pour votre lecture et mansuétude. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Références

L'équipe

Marie Viennot
Production