Le cours du carbone fut longtemps bas faute d'ambition : en 2008, l’UE prévoyait de réduire ses émissions de C02 de 20% en 2020, l’objectif sera atteint en 2013
Le cours du carbone fut longtemps bas faute d'ambition : en 2008, l’UE prévoyait de réduire ses émissions de C02 de 20% en 2020, l’objectif sera atteint en 2013 ©Maxppp - Jean-Luc Flémal
Le cours du carbone fut longtemps bas faute d'ambition : en 2008, l’UE prévoyait de réduire ses émissions de C02 de 20% en 2020, l’objectif sera atteint en 2013 ©Maxppp - Jean-Luc Flémal
Le cours du carbone fut longtemps bas faute d'ambition : en 2008, l’UE prévoyait de réduire ses émissions de C02 de 20% en 2020, l’objectif sera atteint en 2013 ©Maxppp - Jean-Luc Flémal
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Il n’y a pas que l’énergie qui augmente, le cours de la tonne de carbone a atteint cette semaine son plus haut niveau depuis 16 ans que l’UE a créé ce marché des droits à polluer. Polluer revient donc plus cher. Une bonne nouvelle ou une belle fa(blablabla)ble de plus ?

Reconstruire en mieux, économie verte, zéro émission en 2050, neutralité climat… que du blablabla pour Greta Thunberg. Des mots…  qui n’ont conduit à aucune action.  

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Au moment où l’activiste suédoise prononçait ce discours au sommet des jeunes sur le climat à Milan, le carbone atteignait un prix record sur le marché européen.  

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65 euros la tonne, du jamais vu depuis 16 ans que ce marché a été créée dans l’Union Européenne.   

Sur ce marché, on n’échange pas réellement des tonnes de carbone, mais des droits à polluer. Et ce n’est pas un marché, c’est un système d’échange de quotas d’émission. SEQE, c'est l'acronyme, marché carbone pour simplifier.  

Le SEQUE est aux industriels (12 000 installations, représentant 40% des émissions européenne), ce que la taxe carbone est aux particuliers. Un moyen de rendre tout ce qui est carboné plus cher, pour les pousser à changer de comportement.  

Une taxe, c’est un pourcentage, facile à comprendre.  Le SEQUE, c’est plus compliqué. 

Les industriels ne payent que s’ils dépassent un quota d’émission de Co2 que leur alloue chaque année l’Union Européenne. S’ils sont en dessous, ils peuvent stocker leurs quotas pour les années suivantes, ou les vendre sur le marché.  

Le problème, c'est que jusqu'à aujourd'hui les plafonds fixés par Bruxelles manquait d'ambition, et qu'en plus, elle distribuait en parallèle des quotas gratuits dans de très grande quantité aux industriels.   

La surabondance de permis de polluer gratuit tira les prix du carbone vers le bas (entre 5 et 25 euros sur les 10 dernières années, parfois même proche de 0), peu incitatif, et même contreproductif selon des ONG, mais aussi des économistes en faveur du marché carbone, jusqu'à la cour des comptes européenne, pour qui ce système a, je la cite, " ralenti la décarbonation" et même encore  " L'allocation de quotas à titre gratuit a favorisé les déplacements en avion au détriment du transport ferroviaire".  

Explication du système de marché carbone européen et des quotas gratuits dans les phases 3 et 4 (censées corriger les défaut des 1 et 2...)
Explication du système de marché carbone européen et des quotas gratuits dans les phases 3 et 4 (censées corriger les défaut des 1 et 2...)
- Cour des comptes européenne

De 2005 à 2012 (c'est-à-dire au cours des deux premières phases du SEQE-UE), les quotas avaient presque tous été alloués à titre gratuit. Chaque année, la quantité de quotas alloués était plus élevée que celle nécessaire pour couvrir les émissions réelles, notamment lorsque la récession économique postérieure à 2008 a commencé, ce qui a donné lieu à une augmentation des soldes de quotas (voir figure 7) détenus par les exploitants. Cette situation a conduit à un effondrement du prix des quotas (voir figure 6). Dès lors, les exploitants étaient moins incités à réduire les émissions. Cour des comptes européennes.   

La commission européenne ne reconnait pas ces ratés, mais elle a au cours des différentes phase corrigé certains biais et promet de le faire par la suite (notamment pour les quotas gratuits à l'aviation). 

Aujourd'hui que la tonne de carbone s'approche des niveaux jugés pertinents par les économistes du climat partisan de ce système, à savoir " Entre 40 et 80 dollars par tonne de carbone en 2020, et entre 50 et 100 dollars en 2030 ", selon Nicholas Stern.    

A 60 euros la tonne, le marché carbone européen serait à un moment charnière... Le début d’un cercle vertueux et peut être le début de la fin du business as usual, et des bla bla bla.  

Les mots de l'UE ont eu un impact... sur le marché du carbone  

Ironiquement, ce qui explique la hausse des cours, c’est justement en partie ce que Greta Thunberg qualifie de blablabla, à savoir, l’engagement de l’Union Européenne à réduire ses émissions de 55% d’ici 2030.  Ces mots ont eu un impact sur le marché alors que la stratégie n'a pas été encore mise en oeuvre. 

Plus d’ambition climatique, ce sera des plafonds d’émission plus bas, donc les quotas vont se raréfier, se renchérir, il faut en acheter avant que ça ne soit trop cher. Voilà pourquoi les prix grimpent et ne peuvent que grimper prédisent les analystes.  

Alors si polluer va couter de plus en plus cher, peut-on enfin se réjouir ?   

Dire oui serait malheureusement trop simple.   

Car cette envolée de la tonne de carbone a aussi des effets collatéraux dommageables.  Elle renchérit le prix du gaz, ce qui tombe mal, aiguise l’appétit des spéculateurs purement financiers ( encore marginaux sur ce marché), et cerise sur le gâteau, elle accroit les revenus des pollueurs.   

Car ceux qui avaient encore des quotas gratuits en stock, peuvent les vendre au plus cher, ceux qui en ont acheté à des prix dérisoires, notamment au moment du confinement quand les cours se sont effondrés, idem.  

Pour les industriels, le SEQE, contrairement à une taxe ne coûte pas forcément, il peut rapporter, c'est aussi une forme de subvention. Discutable, mais après tout si ça leur permet de financer l'innovation pour limiter leur pollution. C'est vertueux.  

Ce qui l'est moins, c'est qu'il devient encore plus inaudible qu'avant de remettre en question ce système, qui reste, en dépit des critiques passées et présentes, la pierre angulaire de la stratégie climatique européenne du green new deal, ou fit for 55, paré pour 55, le nouveau nom donné par la commission à ses propositions pour réduire les émissions de 55% en 2030.  

Un slogan, fit for 55, un outil, le SEQE, et le marché... peut-on confier à ce trio le soin d'orienter la stratégie de décarbonation de l'industrie européenne ? Cela mériterait un débat, mais vue la complexité du sujet, on risque d'en rester aux habituels...

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