Après la pandémie et l'inflation, voilà qu'une nouvelle crise menace, crise déjà vécue par la zone euro il y a 10 ans et nommée crise des dettes publiques .
Après la pandémie et l'inflation, voilà qu'une nouvelle crise menace, crise déjà vécue par la zone euro il y a 10 ans et nommée crise des dettes publiques . ©Maxppp - Boris Roessler
Après la pandémie et l'inflation, voilà qu'une nouvelle crise menace, crise déjà vécue par la zone euro il y a 10 ans et nommée crise des dettes publiques . ©Maxppp - Boris Roessler
Après la pandémie et l'inflation, voilà qu'une nouvelle crise menace, crise déjà vécue par la zone euro il y a 10 ans et nommée crise des dettes publiques . ©Maxppp - Boris Roessler
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Réunion en urgence de la Banque Centrale Européenne cette semaine au sujet du risque de fragmentation de la zone euro. De quoi s'agit-il ? D'un phénomène connu en 2010 sous le nom de crise de la zone euro, crise suivie de la crise grecque. Cette fois ce serait plus grave.

" Que ferez vous au sujet de la fragmentation ? Du risque de fragmentation ? J'ai une autre question, Mme Lagarde sur la fragmentation". Conférence de presse à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, le 9 juin.

Extrait de quelques questions posées à l'issue de la réunion de la Banque Centrale Européenne du 9 juin à sa présidente, Christine Lagarde.

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La fragmentation de la zone euro, c'est la nouvelle menace qui plane sur la monnaie unique, en plus de toutes les autres.

Fragmenter, diviser, fractionner, morceler... on pourrait dire diverger aussi.

D'ailleurs on dit régulièrement, et c'est vrai, que les économies de la zone euro sont depuis sa création de plus en plus divergentes, qu'un écart de plus en plus grand sépare les pays, en gros du Nord, peu endettés et vertueux sur le plan budgétaire, et les pays du Sud, France et Belgique compris, dont la dette représente plus de 100% de leur PIB. Ici les chiffres d'Eurostat.

La dette publique des Etats de la zone euro rapportée à leur Produit Intérieur Brut.
La dette publique des Etats de la zone euro rapportée à leur Produit Intérieur Brut.
- Eurostat

La fragmentation c'est la même idée, mais c'est plus spécifiquement utilisé pour la finance. Et aujourd'hui quand les journalistes ou la BCE l'utilisent, c'est pour parler de l'écart grandissant des conditions auxquelles les Etats de la zone euro financent leur dette sur les marchés. Dans le jargon financier on parle de spread.

Plus cet écart se creuse, plus l'inquiétude grandit, car plane alors la menace qu'un pays n'arrive plus à financer sa dette, sauf à des taux prohibitifs, ce qui mettrait tous les autres pays de l'union monétaire en danger.

Parler de fragmentation, plutôt que de risque d'éclatement, c'est une manière de calmer les esprits.

Comme d'autres, je me suis interrogée sur l'origine de ce mot, et après une rapide recherche avec l'aide de Twitter, le texte le plus ancien qui mentionne ce terme date de 2013, lors d'une conférence de Vitor Constancio, alors vice Président de la BCE.

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La zone euro a déjà connu ce phénomène. Juste après la crise financière de 2008, les investisseurs sont devenus plus regardants et au lieu de prêter à tous les pays de la zone euro comme s'ils étaient l'Allemagne, ils ont analysé plus scrupuleusement les finances publiques des Etats.

Les marchés financiers ont alors trouvé un acronyme sympathique pour désigner les pays risqués : PIGS. PIGS comme cochons, PIGS pour Portugal, Irlande, Grèce Espagne. Le Guardian en a même fait une chanson intitulée : The Euro Crisis song.

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La crise de la zone euro, dite aussi crise des dettes publiques européennes aura occupé les institutions européennes, la commission, le conseil, la BCE, et même le FMI de 2010 à 2015.

Les PIGS durent effectivement recevoir l'assistance des autres membres de la zone euro, qui se dota de nouveaux instruments pour éviter que les difficultés de financement vécu par ces pays ne se propagent aux autres.

Mais ce qui sauva réellement la zone euro, ce fut cette phrase prononcée par Mario Draghi, alors président de la BCE en 2012.

" Dans le cadre de son mandat, la BCE fera tout ce qu'il faut pour préserver l'euro, et croyez moi ce sera suffisant" Mario Draghi, le 27 juillet 2015 .

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A lire/ écouter pour mieux comprendre l'effet de cette phrase, billet économique de 2016.  BCE : le Draghi Put ne rassure plus les marchés

"Whatever it takes", tout ce qu'il faut, cette phrase inspira le fameux "Quoi qu'il en coute", du début de la pandémie.
"Whatever it takes", cette phrase sauva l'euro car les marchés financiers spéculaient alors sur son éclatement et par ces mots Mario Draghi leur dit en substance : "Cessez de parier contre l'euro, parce que la BCE est là, et que sa puissance est infinie comparée à la vôtre".

Contre la fragmentation des années 2010, le Whatever it takes

La BCE eut ensuite l'occasion de le prouver puisqu'elle se mis dès 2015 à acheter la dette des Etats de la zone euro, ce qui conduisit à une baisse inédite des taux jusqu'à aujourd'hui.

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Inflation oblige, c'est cette politique de rachat de dette qui prend fin cette année, et c'est pour cela que la menace de fragmentation ressurgit, avec comme principale inquiétude, l'Italie (que gouverne aujourd'hui, ironie de l'histoire, Mario Draghi).

Depuis huit mois, l'écart entre le taux auquel elle emprunte diverge de celui de l'Allemagne, encore plus depuis 10 jours.
Le Monde titre un article récent : En Italie, le grand retour de la peur du spread.

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Voilà pourquoi la Banque centrale européenne s'est réunie en urgence mercredi 15 juin. Une réunion pour montrer que la BCE est vigilante, même si elle n'a rien annoncée de plus que ce qu'avait répondu Christine Lagarde le 9 juin aux questions des journalistes.

"Dans le cadre de notre mandat, nous sommes déterminés à éviter le risque de fragmentation dans la zone euro". Christine Lagarde, présidente de la BCE, le 9 juin 2022.

Un quasi copié collé de la phrase de Mario Draghi, avec à la place du "Whatever it Takes", la promesse de nouveaux instruments sans doute pas faciles à élaborer, du fait des divergences de vue entre les gouverneurs des banques centrales, et de risques juridiques réels.

" La fragmentation est un phénomène spéculatif, autoréalisateur et qui s'autoalimente, a expliqué lors de son discours à la Sorbonne le 14 juin 2022 Isabel Schnabel, l'économiste allemande membre du directoire de la BCE, mais le conseil des gouverneurs de la BCE est divisée sur les réponses à apporter, c'est sans doute pour ça que rien de nouveau n'a été annoncé à l'issue de la réunion d'urgence du 15 juin. Le PEPP (Programme d'achat spécial pandémie) fait l'objet d'un recours juridique qui n'a toujours pas été abouti. Plus que jamais la BCE marche sur des œufs ". Eric Dor, professeur à l'IESEG.

La politique de rachat d'actif menée par la BCE depuis 2015, et amplifiée depuis la pandémie fait l'objet de recours juridique permanent de la part de la Cour constitutionnelle allemande, la cour de Karlsruhe, qui considère que cette politique non conventionnelle revient pour la BCE à financer la dette des Etats de la zone euro, ce qui est interdit par les traités.
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A lire / écouter : Bulle économique du 9 mai 2020 : Cour de Karlsruhe contre BCE : un combat politique plus que monétaire**

Ces risques juridiques sont néanmoins inférieurs à celui de voir l'Italie devenir la Grèce des années 2020.

Cette semaine, la Grèce est justement en train de sortir de 10 années de surveillance renforcée.

A lire (article de 2015) : Tout comprendre sur la dette grecque en six étapes

Sauf que la Grèce représentait moins de 2% de la richesse produite dans la zone euro quand elle a failli en sortir en 2015, l'Italie c'est 10 fois plus, c'est la troisième économie de l'UE, et sa dette dépasse les 2700 milliards d'euros. La Grèce c'était 312 milliards.

Si les PIGS refont leur apparition, il vaudrait mieux que le I ne désigne pas cette fois l'Italie, car le sauvetage serait alors bien plus complexe et hasardeux.