La revendication "un salaire égal" émaille les manifestations pour les droits des femmes depuis des années. Ici, le 8 mars 2017 à Miami.
La revendication "un salaire égal" émaille les manifestations pour les droits des femmes depuis des années. Ici, le 8 mars 2017 à Miami. ©Getty - JOE RAEDLE
La revendication "un salaire égal" émaille les manifestations pour les droits des femmes depuis des années. Ici, le 8 mars 2017 à Miami. ©Getty - JOE RAEDLE
La revendication "un salaire égal" émaille les manifestations pour les droits des femmes depuis des années. Ici, le 8 mars 2017 à Miami. ©Getty - JOE RAEDLE
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L'égalité de rémunération entre homme et femme a depuis l'an dernier sa journée mondiale. L'occasion de rappeler que ce combat est loin d'être fini, et d'expliquer pourquoi les multiples lois en vigueur ne changent pas la donne.

1983… quand sort le tube de Cyndy Lauper "Girl wanna have fun" (les filles veulent s'amuser) l’écart salarial entre homme et femme pour un travail à temps complet en France est de 37%.. en 2017, dernier chiffre diffusé par l'Insee, 16%.  (Pour un éclairage sur les différents chiffres qui circulent pour mesurer cet écart, précisions à la fin de l'article).  

En 40 ans, il y a eu des progrès, mais depuis 2010 l'écart se réduit tellement lentement, qu'il faudra plus de 1000 ans pour parvenir à l'égalité salariale en France affirme une étude de la Confédération Européenne des syndicats. 

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Pour l'Union européenne le chiffre tombe à 84 ans, il remonte à 250 ans au niveau mondial.  

Manifestations, lois, sujet prioritaire du quinquennat, grèves, journée mondiale, rien n'y fait, toujours perdure cet écart, injustifiable à défaut d'être inexplicable.   

Ce qui explique ces différences est connu :  

  • les femmes sont plus à temps partiel que les hommes, sans l'avoir choisi -
  • elles occupent traditionnellement des emplois sous payés : assistance à domicile, aide soignante, infirmière, caissière... tous ces métiers relabellisés Premier de corvée depuis la crise du covid, sont aussi les moins bien rémunérés 
  • être mère n'aide pas, alors que les hommes c'est l'inverse, du coup l'écart de salaire entre une femme et un homme ayant chacun trois enfants dépasse les ... tenez vous bien 47%.  - 
  • il y a le fameux plafond de verre pour les cadres,  
  • celles qui le traversent et grimpent dans la hiérarchie sont moins dotées en prime, du coup, à travail égal, les femmes cadres gagnent 20% de moins que les hommes.  

A l'appui de sa campagne pour cette deuxième journée mondiale de l'égalité de rémunération, l'ONU appelle à ce que cesse je la cite, "le plus grand vol de l'histoire".   

Dans les rues de New York, une femme, un homme, proposent le même service aux passants: leur cirer les pompes... si l'homme est choisi, le prix est d'un dollar, si c'est la femme 77 cents... 23 de moins, comme l'écart au niveau mondial.       

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Dans cet exemple, le travail est exactement le même, les compétences aussi, les deux acteurs disent avoir fait la même école de cirage de chaussures....   

Mais la réalité est bien plus complexe, car les hommes et les femmes n'occupent pas le même type de travail.   

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- Insee
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- Insee

A travail de VALEUR égale, salaire égal

" A travail égal salaire égal" , ce principe écrit dans la loi française pour la première fois en 1972 est, contrairement à ce qu'on lit parfois, dépassé. 

En 1983, il a été remplacé par cet autre principe : "à  travail de valeur égale, salaire égal".   

La loi de 1983 précise et modifie les dispositions législatives de 1972 et de 1975 en supprimant la notion de “motif légitime” d’une quelconque discrimination et en définissant la notion de “valeur égale”. Droits des femmes : où en est l’égalité professionnelle ? Service-public.fr

Cette différence sémantique introduite par la loi Roudy change tout.   

Elle permet de tenir compte des différences de professions occupées par les hommes et les femmes, et donne un cadre de comparaison. Valeur égale, cela veut dire que le travail en question exige " un niveau comparable de connaissance consacrée par un titre, un diplôme ou une pratique professionnelle, un niveau comparable de responsabilités, et de charges physiques ou nerveuses ".   

L'idée, ce n'est pas de comparer le salaire d'une infirmière à celui d'un infirmier, mais d'une infirmière, à un technicien recruté en bac +3 dans un autre secteur, l'électronique ou l'informatique par exemple.    

Mais cela va plus loin. Ce principe en tête : " A travail de valeur égale, salaire égal ", des questions stimulantes et occultées se posent, comme : pourquoi des responsabilités auprès de personnes malades ou fragiles n'auraient pas la même valeur que les responsabilités budgétaires ou financières ?   

La chercheuse Rachel Silvera mène ce travail de comparaison des métiers féminins et masculins depuis des années, elle espérait que la crise du covid permette de redéfinir les hiérarchies, que la prise de conscience que les premiers de corvées sont surtout des premières.... reconnecterait utilité sociale et salaire (voir ici : Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune, chiche ! ). 

Mais on en est encore loin... Infirmières, et aide soignantes (mais pas partout), ont vu leur salaire augmenter avec le Ségur de la santé mais dans l'éducation nationale, les enseignants non débutants, dont 68% d'enseignantes, ont eu des augmentations insignifiantes. Les caissières, et autre deuxième ligne comme les nomme le gouvernement, une prime au bon vouloir de leur employeur.  Jeudi 16 septembre, le Ministre de la santé a annoncé des primes et une augmentation salariale de 100 euros par mois pour les sages femmes, mais le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes, ces augmentations ne répondent toujours pas "aux enjeux de la profession". (Réaction à écouter dans ce journal de 12h30). 

Des inégalités grandissantes en haut de l'échelle

En haut de l'échelle, les discriminations de salaire envers les femmes ne sont pas moins grandes, au contraire. Une femme cadre gagne 20% de moins qu'un collègue, et là on parle à poste équivalent, c'est 16% chez les ouvriers, 8% pour les employés.   

Cinéma, Musique, Sport...   

C'est toujours la même histoire, les femmes gagnent toujours moins pour le même travail, s'indigne la star du football, l'américaine Megan Rapinoe.  

Depuis deux ans, les joueuses américaines ont lancé un procès contre leur fédération pour être autant payées que les joueurs (par ailleurs beaucoup moins performants...).   

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Et cette semaine, elles ont obtenu gain de cause.     

Une goutte d'eau dans un océan d'inertie, ... d'où le constat de Cindy Lauper, encore elle, lors de la remise des MTV Award cette semaine, les filles veulent toujours du fun, mais aussi des funds... des sous, et l'égalité des salaires.   Entre autres ! 

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Le point sur les chiffres 

Selon les derniers chiffres publiés par l'Insee, en 2017, l'écart de rémunération entre homme et femme en France était de 16% pour un même volume d'heures travaillées. 

Est-ce pour un même travail ? Non. A poste de travail équivalent l'écart n'est plus que de 9%, on lit parfois aussi 5%. Et si on prend l'ensemble des salaires masculins, et que l'on compare à l'ensemble des salaires féminins, quelque soit le nombre d'heures travaillées, on trouve le chiffre de 25%.

Alors, 16, 25, 9% ou 5% ? Lequel de ces chiffres est le plus pertinent ? On pourrait aussi citer le chiffre de l'OCDE toujours pour la France, 12%, celui d'Eurostat, 16.5%, ou celui de la Confédération Européenne des Syndicats 15.6%.

En fait, communiquer sur l'un ou l'autre, conduit à occulter ou au contraire reconnaître les inégalités structurelles entre homme et femme.

Si on retient 9 ou 5% d'écart, on ne tient pas compte du fait que rarement hommes et femmes occupent les même emplois,  que les emplois féminins (aide à domicile, aide soignante, professeurs des écoles, infirmières, caissières) sont traditionnellement sous payés.

Si on retient 16%, c'est à dire l'écart pour un même volume d'heure de travail, on occulte le fait que plus d'un million de femmes subissent le temps partiel qui leur est imposé.

25%, c'est le chiffre que retiennent syndicat et associations féministes. Le gouvernement lui même le cite à l'appui de sa loi de 2018 sur l'égalité professionnelle. Mais il donne aussi le chiffre de 9%. 

Si mesurer peut être un levier d'action, la multiplicité des chiffres sur l'écart de rémunération homme/femme n'aide manifestement pas à les réduire. 

Faire la transparence sur ces écarts, c'est ce que projette une directive proposée par la Commission Européenne, mais là encore, le débat fait rage sur qui fera les calculs, avec quelle méthode, et qui aura accès à cette transparence.

L'équipe

Marie Viennot
Marie Viennot
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