Emmanuel Faber lorsqu'il était encore PDG de Danone, en 2018
Emmanuel Faber lorsqu'il était encore PDG de Danone, en 2018
Emmanuel Faber lorsqu'il était encore PDG de Danone, en 2018 ©Maxppp - Thomas Padilla
Emmanuel Faber lorsqu'il était encore PDG de Danone, en 2018 ©Maxppp - Thomas Padilla
Emmanuel Faber lorsqu'il était encore PDG de Danone, en 2018 ©Maxppp - Thomas Padilla
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Résumé

La Bulle économique revient sur le cas Danone et l'éviction de son PDG charismatique, Emmanuel Faber, par les actionnaires. Danone était devenue une entreprise à mission il y a un moins d'un an. Il y a fort à parier que ce n'est plus sa priorité désormais.

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Est ce un coup fatal porté au statut d'entreprise à mission ? Peut on à la fois contenter les actionnaires et respecter l’environnement ? Faire des bénéfices, ou mener la transition écologique, faut-il choisir ? Qui doit contenter une entreprise : la société ou ses actionnaires ?  Autant de questions posées par le cas Danone, cette entreprise fleuron de l'agro-industrie française, et même mondiale, première de sa taille à adopter le statut d'entreprise à mission, soit le top niveau de l'entreprise socialement et environnementalement responsable.  Et pourtant en l'espace de trois mois, elle a vu son PDG contraint de partir sous la pression d'abord de fonds activistes, puis d'actionnaires plus importants.

Un PDG iconique : Emmanuel Faber, personnalité charismatique, pionnier de l'entrepreneuriat social et excellent communicant.  Ci-dessous son discours en 2016 aux diplômés d'HEC, discours dans lequel il convoquait la mémoire de son frère schizophrène décédé, et disait préférer toujours l'homme à l'argent. 

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L'adoption du statut d'"entreprise à mission" pour Danone, c'est lui. Sa chute, qui s'est jouée en l'espace de trois mois dans le secret des conseils d'administrations et sous la pression des actionnaires mécontent de sa gouvernance et de ses résultats financiers, pose des questions essentielles sur la responsabilité des entreprises cotées dans la transition écologique.

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On repense à cette phrase d'Emmanuel Faber lorsque son Conseil d'Administration a voté -à l'époque à plus de 99%- l'adoption du statut d'entreprise à mission : « Vous avez déboulonné Friedman ». Friedman qui expliquait en substance que la principale responsabilité sociale de l'entreprise était celle du profit.  

Une phrase qui lui revient aujourd'hui en pleine figure. Mais avant cela la réalité était déjà venue frapper à la porte de Danone : 5 mois après la conversion du géant agro-alimentaire en entreprise à mission et afin de « retrouver la confiance des actionnaires », Emmanuel Faber annonçait un plan de licenciement de 2 000 personnes, dont 400 en France.

Simple discours, instrument marketing ? Evidemment Danone en devenant une entreprise à mission et en le faisant savoir, devenait une entreprise encore plus populaire (et ça n'est jamais mauvais pour les ventes). Mais à quoi bon changer de statut juridique, se donner des engagements et des conditions à remplir, se doter de mécanismes de contrôle et de gouvernance, bref à quoi bon devenir une entreprise effectivement responsable si à la moindre crise économique, on ressort les vieux outils, à savoir les plans sociaux censés rassurer les actionnaires ?  

Le cas de Danone est emblématique, mais il est également particulier : notamment de par la dispersion de son capital entre les mains d'actionnaires éclatés et multiples. Et c'est justement cette dispersion qui a permis l'arrivée dans le capital de Danone d'un petit fonds activiste, Bluebell Capital Partners qui a racheté quelques actions afin de lui permettre de rentrer au capital. Suivi bientôt par un autre fonds du genre, Artisan Partners. Mais quand le qualificatif « activiste » est accolé au nom « fonds » ça n'est jamais très bon signe. Un fonds activiste c'est quoi ? Ci dessous une petite vidéo réalisée par le site du journal Les Echos, qui l'explique très bien

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Ces fonds particuliers repèrent des sociétés dont ils estiment qu'elles ont une trop faible rentabilité. Ils en intègrent le capital en achetant une participation minime. Puis font campagne auprès d'actionnaires plus importants, auprès des administrateurs de la société en question, auprès de la presse économique si besoin. Une campagne qui porte ses fruits généralement, puisque bientôt la direction se voit contrainte de changer sa stratégie et d'augmenter la rentabilité. Le fonds activiste gagne de l'argent, puis s'en va. Ces fonds activistes ciblent depuis quelque temps, beaucoup plus les entreprises à mission que les autres. Et c'est ce qui s'est passé, en résumé mais sans caricaturer, chez Danone.

Ce qui nous ramène à la question de départ : y'a t il incompatibilité de fond entre être une entreprise cotée, et être une entreprise responsable ?

Oui pensent certains. C'est le cas notamment de Gunter Pauli, industriel belge, inspirateur du concept de l'économie bleue, une économie circulaire appliquée à l’industrie. Pour lui ce n'est pas des entreprise du CAC 40 que viendra la transition, du moins pas tant qu'on aura pas remplacé le concept de dividendes par celui de plus value des ressources. "Les fonds d'investissement ne sont intéressés que par l'argent" estime t-il, à partir de là difficile d'espérer quoique ce soit d'entreprises qui en comptent à leur capital. 

Ce qu'il faudrait aujourd'hui, estiment de plus en plus d'économistes, c'est pouvoir changer la comptabilité des entreprises en y intégrant des indicateurs de performance durable : une comptabilité environnementale et sociale en quelque sorte, qui puisse être appréciée au même niveau que  les EBE, taux de croissance du chiffre d'affaire ou marge brute, bref les indicateurs traditionnels financiers. Un travail est mené en ce sens, certes assez discrètement, par Bercy et le secrétariat d’État à l'Economie Sociale et Solidaire. Autre chantier, celui du contrôle de l'actionnariat : il faudrait qu'il puisse prouver ses bonnes intentions avant de se voir octroyer un pouvoir de vote susceptible de changer les orientations d'une entreprise. Pourquoi pas également encourager plus efficacement l'actionnariat salarié et lui donner une vraie place dans les décisions stratégiques ? Autant de pistes qui ne restent, pour l'instant, que des pistes.