Rénovation : le bilan enchanté et trompeur du gouvernement

MaPrimeRénov’ concerne principalement des changements de chauffage (72 %) et accessoirement un renforcement de l’isolation (26 %). Cour des Comptes
MaPrimeRénov’ concerne principalement des changements de chauffage (72 %) et accessoirement un renforcement de l’isolation (26 %). Cour des Comptes ©Maxppp - Gérard Houin
MaPrimeRénov’ concerne principalement des changements de chauffage (72 %) et accessoirement un renforcement de l’isolation (26 %). Cour des Comptes ©Maxppp - Gérard Houin
MaPrimeRénov’ concerne principalement des changements de chauffage (72 %) et accessoirement un renforcement de l’isolation (26 %). Cour des Comptes ©Maxppp - Gérard Houin
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En finir avec les passoires thermiques en 10 ans, c'était l'objectif que s'était fixé le gouvernement en 2017. Bilan à mi parcours : il faudrait 100 ans pour y arriver au rythme actuel des rénovations réelles. 

Théâtre de la bastille fin octobre, on joue la Flute enchantée. Un jeune homme fait soudainement irruption sur la scène.

Il porte un tea-shirt blanc avec marqué : "Dernière rénovation.fr" " et "We have 879 days lefts". II nous reste 879 jours. Evacué au bout de quelques minutes, le jeune homme passera 20 heures en garde à vue.

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A lire : [La flute enchantée interrompue par un militant écologiste](« La Flûte enchantée » interrompue par un militant écologiste : « Notre but premier était d’interpeller ») : "Notre but premier était d'interpeller"

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Comme lui d'autres activistes du collectif Dernière rénovation ont interrompu ces derniers mois un match à Roland Garros, le Tour de France, bloqué partout en France et quasi chaque semaines des routes, le périphériques, ou encore ce jeudi 1er décembre un pont au sud de Paris.

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Le chiffre sur le teashirt, c'est le décompte des jours qu'il reste avant 2025, date à laquelle il faudrait avoir inversé la tendance selon le GIEC pour que le monde reste vivable.

La Bulle économique
4 min

La tendance actuelle elle est à l'augmentation régulière des émissions de gaz à effet de serre, et comme le bâtiment est responsable d'un tiers de ces émissions, ces militants disent vouloir mettre la pression via ses actions sur le gouvernement pour qu'il accélère la rénovation.

Ce chantier il est en cours. Il a démarré il y a plus de 10 ans, avec le Grenelle de l'environnement. Ce fut même le premier chantier relancé par Nicolas Hulot début juillet 2017 quand il est devenu ministre de la transition écologique et solidaire.
L'objectif fixé par le Plan Climat du gouvernement c'était d'en finir avec les passoires thermiques en 10 ans.

Nous sommes aujourd'hui à mi parcours, l'occasion donc de faire un bilan !

Par passoires thermiques, on entend les logements classés en F ou G par les diagnostic de performance énergétique (DPE). Cela concerne 17% du parc immobilier en France, soit 5 millions 200 000 résidences principales.

Pour en avoir fini d'ici 5 ans, cela fait donc 1 million de logements à rénover par an. Est-ce le chemin que l'on prend ?
Cela dépend comment on compte, ce qu'on compte et ce que l'on met derrière le mot rénovation.

1,5 millions 160 000 ou 2500 rénovations ?

Sur France Info fin novembre, le Ministre du logement Olivier Klein donne d'ailleurs trois chiffres quand il est interpellé sur les chiffres de la rénovation. "En réalité c'est 160 000 logements qui ont eu ce gain énergétique, c'est 2500 qui on touché le bonus, mais en tout c'est 1,5 millions de chantiers", explique-t-il.

160 000, 2500 ou 1 million 500 000 ... l'écart n'est pas mince, alors de quoi parle t-on ?

160 000 c'est sur trois ans le nombre de rénovation complète : la toiture, les murs, les fenêtres le bâti en somme, pour le dire clairement la vraie rénovation.

2500 c'est le nombre de logements qui en 2021 ont gagné deux étiquettes (passer de F à D par exemple) et sont sortis officiellement de l'état de passoires thermiques, sur les 660 000 financés par Ma prim Renov.

Un million 500 000, c'est le nombre de dossiers Ma Prim Renov sur trois ans, depuis 2020 que ce dispositif existe.

Un million 5, c'est bien sûr le chiffre que le gouvernement voudrait que l'on retienne. "1,5 millions de chantiers insiste Olivier Klein à chacune de ses interviews, c'est l'équivalent de la consommation énergétique de la ville de Lyon".

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Impressionnant ! mais totalement théorique, ce gain calculé par l' Observatoire national de la rénovation énergétique (vers laquelle me renvoie le Ministère mais sans me fournir le lien de l'étude) s'appuie sur des calculs de performance jamais vérifié sur le terrain s'étranglent ceux qui travaillent depuis longtemps sur la rénovation.

"Que tel matériaux fasse économiser tant d'énergie, telle nouvelle chaudière tant, cela dépend des déclarations pas toujours juste des fabricants, de la pose, du bâtiment, de son usage etc.. Ces calculs théoriques n'ont aucun sens. Il y a quelques temps l'Ademe avait cherché à évaluer l'écart entre les gains énergétiques réels liés aux travaux des Certificats d'Energie, et leur conclusion c'était que le gain réel était de 46% inférieur à l'estimation théorique" explique Danyel Dubreuil, coordinateur de l'initiative " Rénovons ! " au CLER - réseau pour la transition énergétique.

Parler d'un million 500 000 chantiers est également trompeur, car Ma Prim Renov finance dans deux cas sur trois un changement de système de chauffage, et aucune vérification n'est menée à postériori du gain énergétique, comme l'a relevé l a Cour des Comptes.

Passer d'une cuve à fioul à une pompe à chaleur électrique, c'est bon pour les objectifs climatiques (et la croissance...), mais si on n'isole pas les murs ou le toit, cela ne change pas grand chose à la facture énergétique des habitants.... et cela peut même accroitre les difficultés des ménages modestes.

"C'est très grave, on sait que l'électricité va être de plus en plus chère, convertir à l'électrique sans avoir réduit le besoin d'énergie en isolant peut créer des problèmes majeurs pour ceux qui ne pourront plus payer leur facture", poursuit Danyel Dubreuil. D'autres professionnels du secteur s'alarment aussi à ce sujet.

A écouter, magazine d'une heure, avec reportage, et débat entre Alain Grandjean et Danyel Dubreuil : Sortir de la précarité énergétique : un combat !

Le chiffre à retenir, c'est donc plutôt 57 117 rénovations globales réalisées, soit le chiffre des rénovations globales financées par l'Agence nationale de l'Amélioration de l'Habitat en 2021. Ce qui ferait environ 160 000 rénovations sur trois ans... pour retomber sur le chiffre diffusé par le ministère. Rapide calcul : il reste 5,2 millions de passoires, au rythme actuel, ce n'est pas 5 ans qu'il faudra pour les éliminer, mais 100 ans.

Grand Reportage
58 min

Les chiffres enchantés de l'exécutif

"Nous partageons l'objectif d'inciter un nombre croissance de propriétaire à s'engager dans un schéma de rénovation complète", reconnait le Ministère du Logement, mais quand on lui demande pourquoi le gouvernement a annulé les 12 milliards d'euros qu'avaient voté les députés pour la rénovation, il répond que cela aurait un effet inflationniste sur le prix des travaux car la filière du bâtiment n'est pas prête.

Or, ce qui limite le nombre de rénovations globales, c'est d'abord et avant tout le reste à charge, bien trop élevé pour quiconque et surtout les ménages modestes. De multiples études le disent (ainsi que le Grand reportage ci-dessus)

Pourquoi ne pas déplafonner les aides pour réduire le reste à charge ? Pourquoi ne pas mieux financer les associations qui aujourd'hui aident les particuliers à naviguer dans le maquis des aides, des devis, et des divers chantiers à mener quand il s'agit d'une rénovation complète. L'accompagnement, c'est le parent pauvre des aides à la rénovation, et c'est pourtant clef pour que les ménages modestes s'engagent dans de longs et profonds travaux.

Trois milliards et demi d'euros pour la rénovation prévu en 2023, (dont les trois quart pour Ma prim Renov qui ne finance qu'à la marge, les vraies rénovations), est-ce bien à la hauteur des enjeux climatiques et sociaux quand 12 millions de ménages sont dans la précarité énergétique ?

Oui, il y a bien des raisons d'interpeller le gouvernement sur son bilan rénovation, même si cela interrompt pour quelques minutes son bilan enchanté et la flute du même nom.

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