Jose Manuel Campa a été auditionné par le Comité Economique et Monétaire du Parlement Européen qui lui a donné sa pré-approbation avant le vote en plénière.   ©Maxppp - Olivier Hoslet
Jose Manuel Campa a été auditionné par le Comité Economique et Monétaire du Parlement Européen qui lui a donné sa pré-approbation avant le vote en plénière. ©Maxppp - Olivier Hoslet
Jose Manuel Campa a été auditionné par le Comité Economique et Monétaire du Parlement Européen qui lui a donné sa pré-approbation avant le vote en plénière. ©Maxppp - Olivier Hoslet
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Résumé

L'Autorité Bancaire Européenne accueillera bientôt Jose Manuel Campa à sa tête, le lobbyiste en chef de la banque Santander. Un scandale ? Non, un symptôme. Un danger ? Non, le lobby bancaire a déjà la main sur la régulation.

En savoir plus

Août 2017, Bruno Le Maire, le ministre des Finances français présente la candidature de Paris pour héberger l'autorité bancaire européenne qui doit, Brexit oblige, partir de Londres.   Voir la vidéo ici. 

A lire / écouter : Paris, place financière la plus attractive du monde 

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Paris sera choisi deux mois après cette vidéo. Cocorico ! L'autorité bancaire européenne va bientôt ouvrir ses portes à la Défense, avec à sa tête un tout nouveau président dont la nomination fait beaucoup jazzer, car il arrive directement de la banque Santander.   

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Santander est l'une des plus grosses banques espagnoles, c'est une banque systémique. Cela veut dire que si elle a un problème, ses actionnaires et ses salariés ne seront pas les seuls à en avoir, mais tout le secteur financier et au delà encore. C'est une banque Too Big Too fail comme on dit, trop grosse pour faire faillite.   

Depuis la faillite de Lehman Brothers, tout le monde comprend ce concept de la banque que le contribuable doit sauver du naufrage pour ne pas lui même être emporté.   

L'autorité bancaire européenne a justement été créée après la crise financière, en 2010, pour assurer je cite, une régulation et une supervision de grande qualité, effective et consistante. L'Autorité bancaire européenne ne légifère pas (c'est le parlement qui le fait, sous proposition de la commission), mais elle est chargée de rendre la législation votée applicable, un peu comme si elle rédigeait les décrets d'application, et de surveiller son effectivité.  Elle gère aussi les stress-tests, qui permettent de vérifier que les plus grandes banques européennes peuvent supporter des chocs (de croissance, de baisse de la valeur des actifs financiers etc...)

C'est donc assez stratégique.  Pendant 8 ans, cette autorité a été dirigé par un italien pur produit de l'administration publique. Son mandat venant à expiration, une offre d'emploi a été publié.   

  • Type de contrat : temporaire. 5 ans renouvelable. 
  • Salaire 16 000 euros par mois. 
  • Critère de sélection : grande expertise de la régulation bancaire au niveau national. 
  • Connaissance excellente des institutions européennes et de la politique. 
  • Date d'entrée en fonction 1er avril 2019.    

Ce n'est pas Bruxelles qui l'a choisi

Le processus de sélection est passée, et c'est donc José Manuel Campa, un espagnol, qui est sorti du lot.    

Ce n'est pas la Commission Européenne qui l'a choisi, mais les Etats, via leur superviseurs nationaux, banque de France, d'Allemagne etc...  Ici la liste des superviseurs qui participent au "board" de l'ABE.   

Le parlement européen doit entériner sa nomination à la mi mars, mais ce devrait être une formalité, car le comité économique du parlement l'a auditionné cette semaine et a donné son accord.   

Universitaire de formation, secrétaire d'état à l'économie de 2009 à 2011, une période où le secteur bancaire espagnol était proche de l'effondrement, José Manuel Campa est actuellement responsable mondial des affaires réglementaires de la banque Santander, en clair, lobbyiste en chef auprès des autorités de régulation du monde entier. Il connait certainement tous les sujets de régulations actuels.   

Mais n'y aurait-il pas comme un léger conflit d'intérêt ?

Peut-on passer directement ainsi du privé au public, pour traiter exactement des mêmes questions, dans un domaine aussi sensible que la régulation bancaire, quand bien même on respecte la politique des conflits d'intérêts de l'ABE ? 

La réponse est oui, et sans aucun bémol. Quand on passe du public au privé, les règles européennes obligent à, ce qu'on appelle une "cooling of period", en bon français un temps de carence; mais pas quand on fait le chemin inverse. 

Les portes tournantes vont dans les 2 sens mais le rétropantouflage n'est pas encadré. Pas plus en Europe qu'en France, où François Villeroy de Galhau est passé tout naturellement de directeur délégué de la BNP Paribas (grosse banque systémique française) à gouverneur de la banque de France.  Il est loin d'être le seul en Europe. 

Ça ne changera rien...

Des exemples d'aller retour public en privé, on en trouve des milliers pour la finance. Car la finance est complexe, de plus en plus, et qu'il se pense qu'avoir travaillé dans le privé permet d'avoir l'expertise pour comprendre quoi réguler.    

Mais réguler dans quel sens ? Pour que le marché soit plus fluide, plus efficace ? Ou qu'il soit plus sûr ? 

L'intérêt des banques n'est pas celui du public. Les banques ont intérêt à faire des profitsn, profits qu'elles font essentiellement sur les marchés financiers, pas dans la banque de détail. Le public a intérêt à ce qu'il n'y ait pas d'autres crises financières.   

Ces régulateurs venus du privé pensent faire le bien. Ils ne se rendent pas compte que leurs logiques sont celles du milieu privé d'où ils sortent. Laurence Scialom, professeur de finance, membre de Finance Watch.

Quelqu'un qui sort du privé peut-il changer de logiciel et penser l'intérêt général avant l'efficacité du marché ? Pour la finance, la question a été beaucoup étudié, (ici, et ici,) et les recherches disent que les régulateurs qui viennent du privé, ont plus tendance à déréguler.  

Do past employment characteristics of central bank governors affect financial regulation? To answer this question, we construct a new data set based on curriculum vitae of all central bank governors around the world in 1970–2011. We interpret work experiences as indicators of preferences toward deregulation. Over the average duration in office (5.6 years), a governor with financial sector experience is associated with three times more deregulation than a governor without experience in finance. Résumé du rapport How Do Central Bank Governors Matter? 

Alors faut-il trembler? Non, même pas.    

L'arrivée de José Manuel Campa à la tête de l'autorité bancaire européenne ne changera rien, le lobby bancaire est déjà présent à chaque étape du processus législatif, et la déréglementation est de nouveau à l'agenda. Benoit Lallemand, secrétaire général de Finance Watch.

Il n'y a donc rien de neuf et de scandaleux dans ce nouvel aller retour public privé, c'est juste symptomatique.... D'ailleurs personne n'a encore saisi la médiatrice européenne chargée de l'éthique alors qu'il y a 20 mois le départ de l'ancien commissaire européen Barroso avait suscité un certain émoi... ce qui n'avait d'ailleurs rien changé. Et les portes de continuer à tourner...

Marie Viennot

La vidéo dont on entend la chanson dans la bulle parlée

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