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Résumé

Le couple croissance-décroissance serait-il aujourd’hui plus pertinent que le dualisme droite-gauche ?

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Les ambiguïtés des politiques de l'énergie

Il existe à Paris un grand immeuble, affreux, recouvert de carrelage orange, on dirait une salle de bain des années 70, ou en barbecue en brique réfractaires. Etrangement il s’agit de l’ancien siège du PCF, avant celui de Niemeyer. Et il y avait dessus l’autre jour une grande publicité contre la libéralisation du secteur de l’électricité, avec un enfant et un slogan assez agressif, du genre : « comment vous lui expliquerez plus tard que vous avez privatisé l’électricité ». Mais le problème de cette affiche, c’était surtout qu’on arrivait pas du tout à lire, en bas, qui en était à l’origine. Cela aurait tout aussi bien pu être la CGT, le lieu y prêtait, que le parti souverainiste d’un Montebourg ou d’un Asselineau. En soi, elle était là, l’information : dans le caractère politiquement indécidable de cette image. Je me suis alors souvenu des travaux de l’historien François Jarrige sur les rapports entre énergie et politique — et de cet enthousiasme, contre-intuitif, des anarchistes de la fin du 19e pour le courant électrique, qu’ils jouaient contre le monopole du charbon.

Le couple croissance-décroissance, on l’a beaucoup répété, serait aujourd’hui plus pertinent que le dualisme droite-gauche.

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L'énergie noire de la politique

Les pro-nucléaires sont en tout cas devenus l’une des communautés les plus actives sur les réseaux — une communauté plutôt transpartisane, tandis que la mouvance zadiste, qu’on serait tenté de leur opposer, est aussi transpartisane, à sa matière : traditionaliste, dans sa défense des terroirs, et progressiste, dans sa défense du commun et de l’autodétermination. 

Mais ce qui est encore plus fascinant, c’est l’apparition, autour de Fessenhein, du mythe de la centrale martyre  — et on se demande si on ne verra pas, in fine, l’apparition de deux ZAD simultnanée dans l’est de la France, l’une à Bure, contre le site d’enfouissement des déchets radioactifs, et l’autre à Fessenheim contre la fermeture de la centrale

Un jour, des pro-nuke lecteurs de Kropotkine envahiront peut-être le Larzac pour y assembler des réacteurs artisanaux, tandis que des groupuscules anti-industriels feront sauter des barrages ou bruleront des éoliennes. 

C’est dans ce clivage, un peu paradoxal et que j’exagère à dessein, qu’est apparu Jean-Marc Jancovici — le seul intellectuel qui arrive à parler encore aux deux camps.

Avec une thèse, célèbre, radicale : celle des esclaves équivalent-pétrole : l’énergie presque gratuite du pétrole aurait démultiplié nos forces — nous vivons, grâce au pétrole, dans un environnement qui tient du harem oriental et du palais romain.

Et comme Marx utilisait la grande propriété latifundiaire comme un élément clé de sa démonstration, Jancovici jette ses esclaves-équivalents pétroles à l’assaut du marxisme, dont il triomphe facilement : quelle lutte des classe, quelle plus-value, quel capital ? Rien de tout cela. Du pétrole, seulement du pétrole, dans le moteur de l’histoire. Pas de luttes sociales, seulement des progrès dans les procédés d’extraction. 

Mais un peu de dialectique, encore, car la martingale, avec le réchauffement climatique, s’est rapidement épuisée. 

Et c’est ainsi que le nucléaire, deux ex machina facile, apparait, en lieu et place de la révolution, comme la seule manière de sauver nos acquis sociaux — en attendant le Grand Soir de la fusion : Pierre Mesmer et Kropotkine enfin réconciliés.
Reste l’épineuse question des déchets — pas ceux de Bure, évidemment, ceux-là on arrivera toujours à les gérer. Je veux parler des déchets au sens métaphysique, entre péché originel et contre-productivité industrielle. Imaginer un problème régler, c’est l’enfouir dangereusement au niveau anthropologique. 

Nous sommes clairement ici face à un utopie qui règlerait tout — tout, sauf la question politique : on a la belle affiche, mais on n’a toujours pas compris ni à qui elle profite, ni ce qu’elle promeut vraiment.

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