Michel Houellebecq  ©AFP - BORIS ROESSLER / DPA / dpa Picture-Alliance
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Résumé

"Sérotonine" est un grand roman, un texte qui nous met les larmes aux yeux et nous fait hurler de rire avec, à la fin des fins, même, la possibilité d’une joie retrouvée.

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Je voudrais évoquer le nouveau Houellebecq, le livre s’intitule Sérotonine, il paraît demain chez Flammarion, et il y a une chance pour qu’on puisse lire ce roman comme tel, puisque pour le moment, et c’est tant mieux, son auteur se tait. Une fois n’est pas coutume, Michel Houellebecq n’a pas cédé à cette manie de l’entretien qui est l’une des grandes pathologies de la presse contemporaine, laquelle tend à réduire chaque texte à un pur prétexte, pour interroger l’auteur sur telle ou telle actualité. Jusqu’ici, donc, Houellebecq est parvenu à laisser son roman vivre sa vie de roman, sans la parasiter par les « provocations » (calculées) et les « dérapages » (maîtrisés) qui en ont si souvent biaisé la réception.

Il faut s’en réjouir, d’autant plus que Sérotonine est un grand roman, un texte qui nous met les larmes aux yeux et nous fait hurler de rire avec, à la fin des fins, même, la possibilité d’une joie retrouvée. Bon, vous me direz, ça commence mal, le livre raconte le cheminement d’un homme, ingénieur agronome, vers la totale déchéance, et bien sûr les familiers de Houellebecq y retrouveront sa sombre vision du monde, celle d’un Occident déserté par l’espoir et le désir. Mais en même temps, Sérotonine laisse entrevoir la possibilité d'un amour authentique, un élan auquel Houellebecq rend justice en des scènes d'une poignante simplicité. Nul happy end, ici, aucune niaiserie non plus, simplement l'idée qu’au milieu de l’universel avilissement, reste quelque chose comme l’horizon, fragile, du bonheur.

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Le congé donné à l'idéologie

Et le plus exaltant, c'est que cette tendre visée coïncide avec une démonstration de force – du point de vue littéraire. Car avec Sérotonine Houellebecq manifeste, plus que jamais, sa stupéfiante virtuosité, sa capacité à sonder les diverses nappes de langage dans lesquelles nous barbotons collectivement ; un livre où il démontre aussi sa supériorité technique, son art de jongler avec les styles d’écriture, entre méditation apocalyptique et ironie salvatrice, et cette oscillation permanente empêche le texte de se refermer sur une forme, une idée. Et autant son précédent livre, Soumission, cédait aux délices un peu rigides du roman à thèse, jusqu’à vouloir dominer ses lecteurs, leur forcer la main, autant Sérotonine leur restitue une vraie liberté. 

50 min

Phénoménologie de la fellation

Ce congé donné à l'idéologie marque le plein retour de Houellebecq à une littérature dont il célèbre les pouvoirs d’affranchissement. Par-delà l’écriture grise et mesquine que d’aucuns lui reprochent, ce nouveau roman fait rayonner l’ardente générosité d’un auteur qui comprend et aime sincèrement ses lecteurs.

A la lecture de ce roman, du reste, on repense à tous les passages, très obsédants, où Houellebecq tient à décrire le « dévouement » d'une femme qui caresse un homme (il y a chez lui une véritable phénoménologie de la fellation), et on songe que c'est lui désormais, dans sa façon de se donner à nous, lecteurs, qui « s'acquitte de sa tâche avec compétence », qui s’occupe si bien de nous et mérite pour cela, oui, toute notre « gratitude », notre « admiration ».

Références

L'équipe

Jean Birnbaum
Production