Un message Facebook sur le groupe "Acte 5 : Macron démission" met en doute l'origine terroriste de l'attaque qui a eu lieu mardi 11 décembre 2018 à Strasbourg. Capture d'écran
Un message Facebook sur le groupe "Acte 5 : Macron démission" met en doute l'origine terroriste de l'attaque qui a eu lieu mardi 11 décembre 2018 à Strasbourg. Capture d'écran
Un message Facebook sur le groupe "Acte 5 : Macron démission" met en doute l'origine terroriste de l'attaque qui a eu lieu mardi 11 décembre 2018 à Strasbourg. Capture d'écran
Un message Facebook sur le groupe "Acte 5 : Macron démission" met en doute l'origine terroriste de l'attaque qui a eu lieu mardi 11 décembre 2018 à Strasbourg. Capture d'écran
Un message Facebook sur le groupe "Acte 5 : Macron démission" met en doute l'origine terroriste de l'attaque qui a eu lieu mardi 11 décembre 2018 à Strasbourg. Capture d'écran
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Résumé

"Comme par hasard".Très vite après l'attaque perpétrée à Strasbourg hier, les théories complotistes ont surgi sur les réseaux sociaux. Théories fantaisistes relayées par certains "gilets jaunes" mais qui sont le symptôme d'une pulsion profondément égocentrique qui touche toutes les couches sociales.

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Mardi, à peine avait-on appris que Strasbourg était ensanglantée que déjà fleurissaient les divagations conspirationnistes. En particulier, certains comptes Facebook associés aux "gilets jaunes" ont été envahis par des messages qui disaient, en substance : comme par hasard, cet attentat survient quelques jours avant "l’acte V" de notre révolution, c’est quand même une curieuse coïncidence, ça arrange bien Macron, il fait diversion, bref, bizarre, comme c’est bizarre.

Le complotisme n'est pas réservé aux classes populaires

Alors, immédiatement, çà et là, on a commencé à se gausser de ces "gilets jaunes" si perméables aux affabulations paranoïdes, mais en vérité, ce type de complotisme n’est en rien réservé aux classes populaires, dans sa structure il est porté par une pulsion que l’on retrouve chez de nombreux intellectuels radical chic et très installés, et c’est une pulsion profondément égocentrique.

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Tout conspirationniste est d’abord un grand narcisse

Car tout conspirationniste est d’abord un grand narcisse qui se croit au centre du monde. Pour prendre un célèbre exemple, ceux qui ont affirmé que les attentats du 11 septembre 2001 avaient été orchestrés par les États-Unis n’ont fait que pousser jusqu’à la caricature l’ethnocentrisme honteux qui travaille beaucoup d’intellectuels à prétention rebelle, ethnocentrisme selon lequel toute violence ne peut venir, en dernière instance, que de l’Occident. On connaît la chanson, entonnée de générations en générations par des esprits qui se disent « tiers-mondistes » mais qui en réalité ne laissent aucune place à un quelconque « tiers », persuadés qu’ils sont que l’Occident est seul au monde, qu’il n’y a pas d’autre, que tout revient au même, autrement dit à eux.

En savoir plus : Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société

Si bien que les autres, quand ils existent pour de bon, sont obligés de se rappeler régulièrement à leur mémoire, et une part du combat djihadiste, nous y revoilà, consiste, paradoxalement, à lutter contre cet ethnocentrisme occidental. Je me souviens d’un article du site Conspiracy Watch citant un texte où les djihadistes fustigeaient le discours complotiste qui les prive de leurs faits d’armes en les décrivant comme des pantins de l’Occident. Revendiquant fièrement sa filiation avec Al Qaida, l’Etat islamique s’indignait, je cite : « L’attaque a eu lieu contre l’Amérique, et les théoriciens du complot prétendent que c’est l’Amérique elle-même qui l’a exécutée ! ».

Les grands narcisses du complotisme

De la même manière, à chaque fois que la France est la cible d’un attentat, les grands narcisses du complotisme répètent que c’est la France elle-même qui l’a mis en scène. Or, si ce délire égocentrique est rarement dénoncé par les intellectuels qui voient rouge, certains gilets jaunes, eux, le  dénoncent déjà clairement. Comme l’ont noté mes camarades de la rubrique Pixels, sur lemonde.fr, un "gilet jaune" nommé Michaël, membre du groupe Facebook de Druligen, en Alsace, s’est adressé à ses camarades qui voient la main de Macron derrière l’attentat de Strasbourg, en disant  :  « Alors, avec tout le respect pour tout le monde, faut arrêter les conneries, les gilets jaunes ne sont pas non plus le centre du monde ». Voilà, petite leçon de modestie d’un gilet jaune à ceux qui franchissent la ligne… jaune. 

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L'équipe

Jean Birnbaum
Production