Portrait d'Anaïs Nin en 1966
Portrait d'Anaïs Nin en 1966
Portrait d'Anaïs Nin en 1966 ©Getty - Fred Stein Archive/Archive Photos
Portrait d'Anaïs Nin en 1966 ©Getty - Fred Stein Archive/Archive Photos
Portrait d'Anaïs Nin en 1966 ©Getty - Fred Stein Archive/Archive Photos
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Résumé

Ce dernier épisode consacré à Anaïs Nin retrace l’histoire qui la lia à la psychanalyse et explore l’érotisme au féminin, de son Journal aux écrits de Catherine Millet et Virginie Despentes.

avec :

Bernard Chouvier (professeur de psychopathologie et de psychologie clinique à l'université Lumière - Lyon 2, il a déjà publié chez Dunod Cinq cas cliniques en psychopathologie de l'enfant (2008)), Stéphanie Genand (Professeur à l'Université de Bourgogne, spécialiste de la littérature du XVIII° siècle, présidente de la société des études Staëliennes), Alexandra Destais (enseignante à l'Université de Caen Normandie, autrice de l’essai "Eros au féminin" (Klincksieck)).

En savoir plus

En 1932, Anaïs Nin débute la rédaction d’un Journal scindé en deux. D’un côté le cahier vert, chargé d’attester la part socialement convenable de son existence, de l’autre le cahier rouge, réservé à la confidence des multiples expériences sexuelles qu’elle souhaite vivre « dans le cadre paisible et sécurisant du mariage ». Avec l’écrivain Henry Miller, elle s’approchera de cet idéal, se repaîtra d’un excès de sexe, d’amour et de langage, nourriture aussitôt engloutie par ce qu’elle nomme son « ver solitaire affectif ». En quête de soulagement, elle se tourne alors vers le psychanalyste René Allendy, avec qui elle ne tarde pas à entamer une liaison. C’est le début d’une tumultueuse histoire entre Anaïs Nin et la psychanalyse. 

Matthieu Garrigou-Lagrange s’entretient aujourd’hui de ce sujet avec Bernard Chouvier, auteur des articles La création en couple : noyau pervers et scénarios narcissiques : Anaïs Nin et Henry Miller et La psychanalyse au risque d’Anaïs Nin.

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Anaïs Nin concevait sa sexualité sur le mode de la mystique. Après sa liaison avec Allendy, elle dira que les analystes se prennent pour des "hommes-dieux" et qu'elle préfère encore aller voir Dieu lui-même, c'est-à-dire son père. (Bernard Chouvier)

Dans son Journal, Anaïs Nin raconte en des termes précis l'inceste que son père lui a fait subir lorsqu'elle avait entre dix et onze ans. Une fois adulte, le passage à l'acte traduit son besoin de passer de l'inceste subi à l'inceste agi, comme si cela pouvait lui permettre de dépasser le trauma initial de l'enfance. C'est elle qui initie l'acte, et elle qui y mettra fin. C'est une manière de rejouer la scène en étant cette fois dominatrice. (Bernard Chouvier)

En milieu d’émission, Stéphanie Genand, professeure à l’Université de Bourgogne et spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle, nous propose une chronique en lien avec Anaïs Nin sur le thème suivant : « L’écriture a-t-elle un genre ? » En seconde partie, Alexandra Destais, doctoresse en littérature, revient en notre compagnie sur son essai Eros au féminin : d’Histoire d’O à Cinquante nuances de Grey  (Klincksieck, 2014).

Peut-on dire de l’érotisme qu’il s’agit d’un terme galvaudé, dépouillé de la dimension que lui conférèrent autrefois les Histoire d’O ou L’Amant de Lady Chatterley ? Comment définir l’érotisme d’Anaïs Nin, au regard de celles qui lui feront suite : Catherine Millet, nourrie comme elle par D.H. Lawrence et autrice de La vie sexuelle de Catherine M., Despentes, qui sut mettre en scène la violence féminine dans Baise-moi ? Ne faudrait-il pas enfin proposer une autre lecture de l’éros au féminin, à rebours de ce « continent noir de la sexualité » qu’en fit Freud ? Alexandra Destais évoque avec nous L’art de jouir de Michel Onfray et le Traité des caresses du docteur Leleu, où l’érotique féminine se trouve traitée non plus comme une pâle réplique de l’érotique masculine, mais comme un monde à part entière.

Il y a chez Anaïs Nin la peur d'être assujettie par l'autre, dont elle admire la vitalité animale par ailleurs. Cela nous renvoie à Simone de Beauvoir, qui expliquait comment l'émancipation des femmes se heurte à la dépendance amoureuse, qu'elles ont été conditionnées à éprouver. À l'aube des années 50, on observe l'émergence d'un nouveau territoire, qui se démarque d'une érographie faite par et pour les hommes. L'idéalisation qui portait sur l'amour est alors transférée sur le sexe. (Alexandra Destais)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)