Portrait de Visconti
Portrait de Visconti ©Getty - Evening Standard
Portrait de Visconti ©Getty - Evening Standard
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À l’occasion de ce quatrième volet dédié à Visconti, La compagnie des œuvres explore ses liens avec Proust et se penche sur le thème de la décadence dans sa filmographie.

Avec

Les éléments communs aux œuvres de Visconti et Proust sont légion, au point que Gilles Deleuze en dressa l’inventaire : enfance mythifiée, décomposition de l’aristocratie, peinture d’une Europe au bord du gouffre… Si Visconti échoua à porter l’œuvre proustienne à l’écran, l’ensemble de ses films n’en constitue-t-il pas une lecture à part entière ? 

Pour cette première partie dédiée aux rapports entre les œuvres des deux artistes, Matthieu Garrigou-Lagrange reçoit Florence Colombani, journaliste, écrivaine, cinéaste et autrice de Proust-Visconti. Histoire d’une affinité élective (Philippe Rey, 2006). 

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C'est un monde commun que partagent Proust et Visconti, d'autant plus que ce dernier, issu d'une des plus prestigieuses familles aristocratiques italiennes, connaît intimement le monde décrit dans La recherche. Visconti est du côté des Guermantes. Il a grandit à l'ombre d'une cathédrale que ses ancêtres avaient fait construire. Il y a un blason de la famille Visconti, une mythologie, un sentiment de la grandeur de l'histoire qui l'accompagnent et qu'il retrouve dans cette société des Guermantes. Au-delà de cette connivence sociale, il y a aussi un langage des âmes, quelque chose de beaucoup plus profond à l'œuvre entre Proust et lui. Visconti, lui aussi homosexuel, hanté par la douleur d'une vie amoureuse où la réciprocité n'est pas la chose la plus répandue, connaît ce monde de Sodome et Gomorrhe, ce destin fondalement tragique des personnes proustiens. Il y a aussi l'amour de l'art. Ce que décrit Proust avec ses personnages d'artistes est quelque chose que Visconti connaît profondément dans son rapport à des œuvres musicales, picturales, littéraires. (Florence Colombani) 

Faisant suite à la chronique de Nathalie Froloff, professeure en classes préparatoires au lycée Louis le Grand à Paris, Pascal Binétruy, docteur ès lettres et critique de cinéma à la revue Positif, vient nous entretenir des premiers pas de Visconti dans le milieu du cinéma, ainsi que du thème de la décadence dans son œuvre. 

Ce thème fait figure d’accusation aux yeux de certains, qui voient dans l’âme de l’un comme de l’autre un mal, une dégénérescence, surtout dans les films historiques de Visconti. 

La décadence est un acheminement vers la ruine. C'est inexorable. Il y a là quelque chose de maladif. Visconti le rappelait. _« Ce qui m'a toujours intéressé, dit-il, c'est l'examen d'une société malade. Je suis témoin d'une société en pleine décadence. Mes films racontent la décomposition d'une famille. J'évoque leur histoire comme je chanterais un requiem. » _eSes personnages vivent à une époque où les artistes se sont réfugiés dans l'esthétique, pour fuir ce que d'Annunzio appelait la boue démocratique. Une époque grossière, vulgaire pour ces esthètes qui est celle succédant à la société industrielle. (Pascal Binétruy)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

L'équipe

Matthieu Garrigou-Lagrange
Matthieu Garrigou-Lagrange
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Didier Pinaud
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Laurence Jennepin
Collaboration