L’éthique est-elle aussi une affaire de logique ?

Ali Benmakhlouf à l’Institut Français du Maroc de Casablanca pour l'enregistrement de l'émission "Les nouveaux chemins de la connaissance" en 2014.
Ali Benmakhlouf à l’Institut Français du Maroc de Casablanca pour l'enregistrement de l'émission "Les nouveaux chemins de la connaissance" en 2014. ©Radio France - MW
Ali Benmakhlouf à l’Institut Français du Maroc de Casablanca pour l'enregistrement de l'émission "Les nouveaux chemins de la connaissance" en 2014. ©Radio France - MW
Ali Benmakhlouf à l’Institut Français du Maroc de Casablanca pour l'enregistrement de l'émission "Les nouveaux chemins de la connaissance" en 2014. ©Radio France - MW
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"Nous sommes embourbés par nos manières de dire tant que nous n’avons pas pris le soin de reconnaître les opacités de nos références, notre parler oblique, notre façon de confondre souvent ce que nous pratiquons et ce que nous mentionnons..." Ali Benmakhlouf, La force des raisons.

Avec
  • Ali Benmakhlouf professeur de philosophie à l'université Paris Est Créteil et membre senior de l'Institut universitaire de France, membre titulaire de l’Académie Nationale de Pharmacie

La logique a la réputation d’être froide, rigoureuse, objective, formelle, bref, presque inhumaine. L’éthique, elle, semble être tout le contraire : difficile à formaliser une bonne fois pour toute, mal définie, subjective, en partie culturelle, parfois illogique, soucieuse d’humanité et de l’humanité. 

On ne voit donc pas bien ce que la logique pourrait apporter à l’éthique. Comment, même, ces deux ordres de pensée pourraient se parler.

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Reste que, sous la pression des avancées de la médecine et des techniques médicales, l’éthique doit aujourd’hui relever un défi que la juriste Mireille Delmas-Marty a ainsi défini : trouver un juste milieu, un milieu juste, entre les deux pôles suivants, qui sont à éviter :

- Premier pôle à éviter : « Interdire toute intervention biologique d’origine humaine au motif que la nature sait mieux que nous ce qui est conforme au bien ». C’est l’idée, en somme, que tout ce qui est contraire à la nature serait nécessairement inhumain.

- Second pôle à éviter, qui est l’inverse du premier : « Considérer que tout ce qui est possible doit être permis ; c’est l’idée que les innovations biotechnologiques sont inévitables et qu’il serait vain de s’y opposer ».

Autrement dit, conclut Mireille Delmas-Marty, « il reste à trouver le critère qui relie l’hominisation (et le souci de survie de l’espèce) à l’humanisation (et au respect de la dignité humaine) ».

Est-il bien certain qu’en la matière, c’est-à-dire pour trouver ce critère, la logique ne pourrait pas nous être un peu utile ? Par exemple en nous aidant à nous défaire de certaines « crampes mentales » ?

Ali Benmakhlouf, agrégé de philosophie, professeur à l’université Paris-Est Créteil, membre de l'Institut Universitaire de France, auteur de La force des raisons : logique et médecine (Fayard, 2018).

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