Gérard Mourou - © École polytechnique – J.Barande
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Résumé

"Même si l’humanité a dû souvent et longtemps se passer du savoir comme de l’art, il reste que l’un et l’autre sont essentiels à ce que nous considérons être « l’humain ». Il n’existe personne qui soit totalement dépourvu de savoir, et il n’existe personne qui soit totalement dépourvu d’art." Brecht

avec :

Gérard Mourou (physicien, professeur émérite à l’Ecole polytechnique, prix Nobel de physique 2018).

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On entend parfois dire que « la physique est belle ». Bien sûr qu’elle l’est, en un sens. Il ne faut toutefois rien exagérer : rares sont les étudiants qui, la découvrant, s’effondrent en sanglots à la suite d’un spasme de réplétion esthétique qu’aurait provoqué en eux telle ou telle équation fondamentale, telle ou telle découverte marquante. Reconnaissons plutôt, humblement, que la beauté de la science provoque des émotions, certes sincères, mais en règle générale contrôlées.

Bien sûr, cela n’empêche pas que la science agisse comme une source d’inspiration pour les artistes, ni que cette influence soit réciproque. Des jeux de miroirs, des résonances, des clins d’œil, organisent une sorte de connivence dialectique entre ces deux polarités de l’esprit humain. 

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Il faut dire que les scientifiques et les artistes partent du même refuge, qui est la condition humaine, avec ses pulsions créatrices. Est-à-dire qu’ils visent-ils le même sommet ? Le croire relèverait d’une nostalgie naïve. Mais c’est justement parce que la science et l’art ont des ambitions séparées qu’il est intéressant d’examiner leur rapport, en partant du constat établi par Berthold Brecht dans L’Achat du cuivre, un texte écrit en 1945 : « Les gens qui ne comprennent rien à l’art ni à la science croient que ce sont là deux choses immensément différentes, dont ils ignorent tout. Ils s’imaginent rendre un service à la science en lui permettant d’être sans imagination, et ils croient faire progresser l’art en empêchant quiconque d’en attendre de l’intelligence. Il se peut que tel homme ait un don particulier pour une discipline particulière, mais il n’est pas d’autant plus doué dans cette discipline qu’il est plus incapable dans toutes les autres. Même si l’humanité a dû souvent et longtemps se passer du savoir comme de l’art, il reste que l’un et l’autre sont essentiels à ce que nous considérons être « l’humain ». Il n’existe personne qui soit totalement dépourvu de savoir, et il n’existe personne qui soit totalement dépourvu d’art. »

Dans notre conversation d’aujourd’hui, nous allons voir ce qu’il en est des liens entre science et art à propos de la lumière : les physiciens manipulent la lumière de mille manières, ils tentent d’en comprendre la nature, tandis que les peintres, ainsi que les photographes, jouent avec elle. 

Invité : Gérard Mourou, physicien, prix Nobel de physique 2018, codirecteur de l’ouvrage L’impressionnisme entre art et science.

Références

L'équipe

Etienne Klein
Etienne Klein
Etienne Klein
Production
Thierry Beauchamp
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation