Quel monde nous prépare la Silicon Valley ?

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Mihaïl Roco et William Bainbridge sont deux scientifiques connus pour être les auteurs d’un rapport célèbre [1] destiné aux décideurs politiques et publié en 2002 aux Etats-Unis. Un rapport très enthousiaste à propos des nanosciences qu’ils présentent comme une « révolution pour notre civilisation » et qu’ils déclinent en de multiples promesses tout à fait mirobolantes : les nanosciences permettront « une compréhension exhaustive de la structure et du comportement de la matière depuis l’échelle nanométrique jusqu’au système le plus complexe découvert à ce jour, le cerveau humain », et elles auront la capacité « d’unifier les sciences et les techniques, d’assurer le bien-être matériel et spirituel universel, l’interaction pacifique et mutuellement profitable entre les humains et les machines intelligentes, la disparition complète des obstacles à la communication généralisée, en particulier ceux qui résultent de la diversité des langues, l’accès à des sources d’énergie inépuisables ou encore la fin des soucis liés à la dégradation de l’environnement ». En clair, ils nous promettent comme étant certains une connaissance vraie et définitive de l’univers, le bonheur à jamais, la paix dans le monde et l’harmonie entre les hommes. Autrement dit, le Salut avec un grand S.

Ce plaidoyer – qui peut paraître naïf et ridicule- a joué un rôle très important dans la promotion institutionnelle et symbolique des nanosciences. Mais en les associant directement à un projet métaphysique grandiloquent (et non pas seulement à un projet technologique), Rocco et Bainbridge ont sans doute construit le piège dans lequel les nanosciences se trouvent désormais prises : on met désormais celles-ci sous le feu intense de questions qui les dépassent largement, notamment des questions éthiques. Que se passe-t-il donc du côté de la Silicon Valley ?

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