Marguerite Yourcenar en novembre 1968, elle vient de recevoir le prix Femina pour "L'oeuvre au noir"
Marguerite Yourcenar en novembre 1968, elle vient de recevoir le prix Femina pour "L'oeuvre au noir" ©Getty - Keystone - Gamma-Rapho
Marguerite Yourcenar en novembre 1968, elle vient de recevoir le prix Femina pour "L'oeuvre au noir" ©Getty - Keystone - Gamma-Rapho
Marguerite Yourcenar en novembre 1968, elle vient de recevoir le prix Femina pour "L'oeuvre au noir" ©Getty - Keystone - Gamma-Rapho
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Aujourd'hui, découvrez "L’Œuvre au noir", de Marguerite Yourcenar, qui obtint le prix Femina à l’unanimité. Plongez dans l'un des sommets du roman historique en plein cœur de l'Europe, au moment de la fracture protestante.

Avec

L’Œuvre au noir c’est, dans le travail alchimique, et avant "l’œuvre au blanc" et "l’œuvre au rouge", la partie la plus difficile, celle de la transformation de soi. L’œuvre au noir, c’est l’histoire du médecin alchimiste Zénon Ligre, né en février 1510 à Bruges, l’histoire de sa vie, de ses voyages, de son retour à la ville de Bruges et de ce qui l’amènera à la réclusion et à la transformation définitive, séparation du pur et de l’impur. L’Œuvre au noir est un des sommets du roman historique, mais aussi du roman philosophique, un roman du savoir, des savoirs et une description unique de l’Europe au moment de la fracture protestante, un roman humaniste, comme si une gravure de Dürer prenait soudain vie sous nos yeux.

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La figure romanesque de Zénon, un aventurier qui se déprend de ces certitudes

Anne-Yvonne Julien évoque l'ouverture du roman et cette opposition entre Zénon Ligre, aventurier du savoir et Henri-Maximilien Ligre, aventurier du pouvoir. Le récit de L'Œuvre au noir se déroule au XVIe siècle, c'est un roman à histoire avec une trame historique. Bruno Blanckeman décrit la singularité de l'écriture de Marguerite Yourcenar et cette "volonté d'expérimentation absolue". Anne-Yvonne Julien analyse : "c'est un texte qui raconte la manière dont on est en rupture de ban ; il y a tout cet appareil historique qui vient quelque peu alourdir la trame romanesque. Ce n'est que dans un deuxième temps, qu'on s'aperçoit qu'au fond, on nous raconte une déconstruction".
Anne-Yvonne Julien aborde le soubassement autobiographique du roman et la jonction entre l'intérêt pour la généalogie familiale de l'écrivaine et son goût pour le romanesque. L'universitaire précise le travail de la romancière : "Marguerite Yourcenar pense que le langage n'est pas toujours un langage direct, il peut être oblique. (...) On peut dire et faire en même temps. L'alchimiste, en faisant ces expériences transforme et le monde et lui-même ; et cette idée d'une transformation par des gestes qui s'inscrivent dans le réel, cela la fascine et je crois que c'est aussi une métaphore de la littérature et de sa puissance".

Extrait

"Henri-Maximilien Ligre poursuivait par petites étapes sa route vers Paris. Des querelles opposant le Roi à l'Empereur, il ignorait tout. Il savait seulement que la paix vieille de quelques mois s'effilochait déjà comme un vêtement trop longtemps porté. Ce n'était un secret pour personne que François de Valois continuait à guigner le Milanais comme un amant malchanceux sa belle ; on tenait de bonne source qu'il travaillait sans bruit à équiper et à rassembler sur les frontières du duc de Savoie une armée toute neuve, chargée d'aller ramasser à Pavie ses éperons perdus."

Saint Anthony par le peintre et graveur Albrecht Dürer, 1512
Saint Anthony par le peintre et graveur Albrecht Dürer, 1512
© Getty - Duncan1890

Générique

Archive diffusée

  • Marguerite Yourcenar au micro de Roger Vigny à l’occasion de parution de L'oeuvre au noir en 1968, deux extraits

Lecture par Delphine Cogniard

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La Compagnie des oeuvres
58 min

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