Istanbul, le quartier Beyoglu au premier plan ; en arrière-plan : le pont du Bosphore et Üsküdar. - Josep Renalias
Istanbul, le quartier Beyoglu au premier plan ; en arrière-plan : le pont du Bosphore et Üsküdar. - Josep Renalias
Istanbul, le quartier Beyoglu au premier plan ; en arrière-plan : le pont du Bosphore et Üsküdar. - Josep Renalias
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Résumé

Sixième étape de cette navigation littéraire : Istanbul à travers le roman d’Elif Shafak, "10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange", un portrait de la ville au féminin grâce auquel on découvre une cité pleine d'espoirs et de désespoirs, peuplée de fantômes et d’âmes perdues.

avec :

Kerenn Elkaïm (Journaliste littéraire), Timour Muhidine (Ecrivain et traducteur).

En savoir plus

Elif Shafak (Şafak en turc) est née en 1971 à Strasbourg de parents turcs. Elle écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. 10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange est un récit sur l'Istanbul des années 1970, et sur les maisons closes des quartiers de Karaköy et de Tophane, dans lequel la romancière réussit le tour de force de mêler à un rythme haletant les péripéties d'un groupe de prostituées et de livrer un message politique extrêmement fort sur le destin social réservé à ces femmes marginales, et plus largement aux exclus.

Elle s’appelait Leila. "Tequila Leila", c’était ainsi que la connaissaient ses amis et ses clients. Tequila Leila, c’était le nom qu’on lui donnait chez elle et au travail, dans cette maison couleur bois de rose au fond d’un cul-de-sac pavé près du front de mer, nichée entre une église et une synagogue, entre les boutiques de lampes et les kebabs – la rue qui abritait les bordels les plus anciens d’Istanbul.            

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Elif Shafak

Pour évoquer 10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange, Mathias Enard s'entretient avec Kerenn Elkaïm, critique littéraire à Livres Hebdo, et avec Timour Muhiddine, spécialiste de littérature turque et éditeur.

Kerenn Elkaïm considère 10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange comme le roman le plus drôle et délirant d'Elif Shafak, avec un côté très cinématographique à la Pedro Almodovar, tout en ne dissimulant rien de la violence sournoise qui s’abat sur les femmes.

Elif Şafak nous entraîne dans une Istanbul qui n’est pas du tout touristique, dans ses quartiers mal famés. En adoptant cette nouvelle identité de Tequila Leila, le personnage de Leila va se prostituer - on retrouve ici le motif de la marginalité, fil de rouge de toute l'œuvre de Şafak. Elle insiste sur le sentiment de sororité qui lie ces femmes, rejetées par la société, qui essaient de survivre ensemble, de former une petite famille pour s’en sortir. Quand on rencontre Elif Şafak, elle dit qu’elle perçoit Istanbul comme une femme, colorée, voluptueuse.          

Kerenn Elkaïm

De 10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange, Timour Muhiddine retient pour sa part la violence de l'exclusion sociale et le caractère impitoyable qu'Elif Shafak prête à la capitale turque :

Si ses quatre premiers romans ont été écrits en turc, Elif Shafak a depuis fait le choix d’écrire en anglais. Depuis la tentative de coup d’Etat en 2016, elle vit en Angleterre et a pris des positions assez fermes contre le gouvernement actuel. Mais elle a su magnifiquement reconstituer la ville à distance. Sa vision d'Istanbul est celle d'un ville destructrice, dévorante, à la beauté factice. Un monstre qui rejette même les morts dont elle ne veut pas à ses marches, dans des cimetières au bord de la mer Noire. A Istanbul, tout est abracadabrant, rien n’est complètement inimaginable. La ville est comme une toupie folle, qui opère ses mutations à une vitesse incroyable.

Istanbul (Turquie), quartier Tarlbasi.
Istanbul (Turquie), quartier Tarlbasi.
© Getty - Izzet Keribar
  • Textes lus par Peggy Martineau
  • Prise de son : Bernard Laniel
  • Archive diffusée : Pierre Guyotat à Istanbul, au micro de Colette Fellous (Carnet nomade, France Culture, 2001)
  • Musiques diffusées : Sezen Aksu Ben de yoluma giderim et Jordi Savall Üsküdar, in Mare Nostrum (2012)

Bibliographie (en français)

  • 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange (traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet), Flammarion, 2020
  • Trois filles d'Eve (traduit par Dominique Goy-Blanquet), Flammarion, 2018
  • L’Architecte du Sultan (traduit par Dominique Goy-Blanquet), Flammarion, 2015
  • Crime d’honneur (trad. de l'anglais par Dominique Letellier), Phébus, 2013
  • Soufi mon amour (trad. Dominique Letellier), Phébus, 2010
  • Lait noir (trad. Valérie Gay-Aksoy), Phébus, 2009
  • Bonbon Palace (trad. Valérie Gay-Aksoy), Phébus, 2008
  • La Bâtarde d'Istanbul (trad. de l'anglais par Aline Azoulay), préface d'Amin Maalouf, Phébus, 2007

Bibliographie complète

Références

L'équipe

Mathias Enard
Mathias Enard
Mathias Énard
Production
Claire Poinsignon
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation