Mosquito (João Nunes Monteiro)
Mosquito (João Nunes Monteiro)
Mosquito (João Nunes Monteiro) - Alfama Films
Mosquito (João Nunes Monteiro) - Alfama Films
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Résumé

Lucile Commeaux, productrice adjointe de La Dispute, François Angelier, producteur de Mauvais genre et Antoine Guillot, producteur de Plan large, débattent du film Mosquito du cinéaste portugais João Nuno Pinto, visible sur grand écran dans toutes les salles de cinéma.

En savoir plus

Lucile Commeaux, productrice adjointe de La Dispute, invite deux critiques pour discuter l'actualité culturelle dans une émission au format poche "faite maison". Au programme : cinéma, spectacle, série, opéra, bande-dessinée, etc... le tout accessible en ligne depuis chez soi. En quinze minutes : un sujet et un débat, pour une Dispute maison.

Aujourd'hui à notre sommaire, et à l'occasion de la réouverture des cinémas : Mosquito du cinéaste portugais João Nuno Pinto, inspiré par l’histoire de son grand-père en Afrique pendant la première guerre mondiale. Le film est à voir en salles.

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Rêvant de grandes aventures et de défendre sa patrie, un jeune homme portugais s’enrôle dans l’armée durant la Première Guerre Mondiale. Il est envoyé au front au Mozambique, en Afrique.

Des références cinématographiques et littéraires à foison

François Angelier : "C'est un film qui est référentiel à mort, si j'ose dire. On peut penser en littérature au Jules Verne africain, celui de Cinq semaines en ballon ou celui de l'aventure de trois Russes et trois Anglais en Afrique australe, avec ces Occidentaux qui sont lâchés dans la terre africaine avec une totale perte de repères, de plans et qui errent un petit peu à la faveur des événements et des rencontres. Il y a aussi à la dimension « conradienne », avec le côté film initiatique, ce jeune troufion portugais engagé dans la coloniale et pris de patriotisme et de dévouement national, et qui se retrouve comme un crétin, totalement perdu avec son fusil qui ne lui sert à rien et qui est soumis au poids de l'environnement, à la sensualité lourde, écrasante de la nature africaine. Et puis, il y a aussi un petit peu, l'idée que l'on va vers un but, qu'il y a une sorte de but qui n'est pas forcément celui qu'on cherche. Ça compose un ensemble, je dirais symbolique, assez assez fort, cela dit sur le plan du cinéma, c'est vrai que c'est quelque chose que l'on connaît bien."

Antoine Guillot : "Le contexte est original, et c'est vrai que la guerre de 1914 en Afrique, on l'a très peu vue ; on l'a vue dans African Queen de John Huston, voit dans La victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud. Je crois que c'est à peu près tout sur ce qui se passe vraiment en Afrique à ce moment-là. C'est vrai que pour le reste, il y a un sentiment de déjà vu qui est énorme avec le côté Apocalypse Now , et on voit l'horreur qu'éprouve le malheureux héros de ce film. Le traitement immersif de ce film, c'est-à-dire que tout est filmé avec des longues focales qui sont dépolies sur les côtés, donc tout est flou autour, et on n'a que l'expérience sensorielle du héros, on est immergé dans sa peau. C'est quelque chose qui se pratique beaucoup dans le cinéma depuis une dizaine, une vingtaine d'années. Le plus grand exemple, c'est Le Fils de Saul de Laszlo Nemes, mais on peut penser aussi à des cinéastes sud américains comme Lisandro Alonso ou Carlos Reygadas. Et puis, la grande référence à mon avis de ce film c'est Gerry de Gus Van Sant, avec l'errance qui nous désoriente où on ne sait plus du tout quelle est la temporalité, où tout se mélange, où il y a des hallucinations. Ça c'est quand même déjà beaucoup vu, même si c'est bien fait."

Immersion totale dans la peau de João Nunes Monteiro

Lucile Commeaux : "Malgré le fait qu'on reconnaît beaucoup la manière dont la caméra filme et que l'on voit cette espèce de quête mystique qui est la seule motivation du personnage, je me suis laissée attraper par le début – qui est peut-être le meilleur moment du film – et notamment par la scène de bateau quand les soldats n'ont pas encore accosté, puisqu'il y a en effet des effets de flash-back, où on les voit dans la cale chanter du fado, se préparer dans la beuverie et dans les encouragement pseudo psychologiques à la guerre en Afrique. J'ai trouvé ces scènes très belles. J'ai aussi été attrapée par le jeune acteur qui s'appelle João Nunes Monteiro et qui, pour le coup, n'a pas un physique à jouer dans ce type de film. C'est vraiment un freluquet, il a l'air d'avoir 12 ans et son corps est filmé comme un corps de danseur et pas comme un corps en contexte de guerre. J'ai beaucoup regardé la manière de filmer ce corps-là."

Antoine Guillot : "Je pense que le film aurait peut-être été beaucoup plus passionnant si, par exemple, le jeune soldat n'était pas sorti de la cale du bateau, et qu'on eût vécu tout ce qui se passait dans la savane comme une espèce de rêve hallucinatoire, de fantasmes, de désirs, ou alors en adoptant le point de vue des gens, qui voient ce personnage plutôt que de nous mettre dans sa peau. Parce qu'au bout du compte, ça devient une énième version de la sauvagerie à laquelle on ne comprend absolument rien. On est clairement sommé de nous mettre dans la peau de ce garçon et je le trouve tellement agaçant avec sa gueule ébahie en permanence que je me raccroche à tout autre personnage qui apparaît, même le colon anachorète fou. J'ai besoin de regard extérieur sur cette histoire et il me semble que, de ce fait, l'étrangeté de cette Afrique mystique où des lions apparaissent dans la nuit est très ringard. D'une certaine manière, on n'a plus envie d'avoir ce genre d'histoires, on a quand même une autre vision de l'Afrique, et en tout cas on a besoin d'une autre vision. J'aimerais beaucoup voir le contrechamp de ce film, c'est-à-dire voir ce village de femmes africaines dont on sent bien que les hommes sont soit en esclavage soit morts à la guerre, voir arriver ce freluquet à la gueule ébahie être mis en esclavage et alors là, tout d'un coup, on aurait quelque chose, il me semble, de beaucoup plus fort."

François Angelier : "Il y a une absence totale de communication entre toutes les parties de l'histoire. Le jeune homme semble un peu muré en lui-même donc ses échanges avec la hiérarchie militaire et ses amis coloniaux ne sont pas extraordinaires. Il n'y a aucun contact oral ou échange de dialogue possible avec la population africaine. Il tombe sur un Allemand, il n'est pas germanophone, et l'Allemand n'étant pas lusophone, personne ne comprend personne. C'est un film, en définitive, où on est un peu condamné à être enfermé dans sa peau puisqu'il n'y a aucun échange possible. Il n'y a pas d'échange possible avec la nature qui vous environne, il n'y a pas d'échange possible pour des raisons culturelles et linguistiques avec les populations qu'on rencontre. Visiblement, l'échange avec  la hiérarchie militaire est tout aussi problématique puisque, je ne raconte pas la fin, mais là aussi, il y a une fin de non-recevoir. Donc c'est vrai que ce sont des petites entités qui se heurtent, qui s'entrechoquent avec une histoire qui avance à ce terme et je crois que la dimension mystique est un peu plus imposée que cherchée_."_

Mosquito, de João Nuno Pinto est actuellement sorti dans toutes les salles de cinéma

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